Manuel de l'histoire de la littérature grecque
Depuis plusieurs années que j'enseigne la littérature grecque à la Faculté libre de l'université de Gand, je regrettais de ne pouvoir joindre à mon cours l'histoire de cette littérature, faute d*un livre élémentaire, propre à être mis entre les mains des élèves ; quand enfin je me décidai à remplir moimôme cette lacune dans renseignement. L'histoire de la littérature grecque attend encore un ouvrage dans le genre de ceux dont deux philologues distingués de l'Allemagne MM. Bernhardy et Bahr ont doté récemment l'histoire de la littérature latine. Je trouvais donc l'occasion d essayer de servir la science en même temps que j'aurais satisfait à un besoin de renseignement. Mais, outre qu'un pareil travail était bien supérieur à mes forces et que l'exécution en fût devenue peut-être impossible dans ce pays , par le manque de subsides littéraires, j'aurais dû avoir devant moi plusieurs années à y consacrer. Pouvais-je dès-lors songer à l'entreprendre, incertain que j'étais et que je suis toujours, si de gré ou de force , je n'abandonnerai pas bientôt la carrière de l'enseignement pour suivre celle du barreau. Il me restait en conséquence à me traîner dans la vieille ornière et à publier une compilation, c'est-à-dire , un livre élémentaire fait en grande partie à l'aide d'autres
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livres de la même nature. Mais, autant le premier travail m'effrayait, autant celui-ci contrariait les idées et 1rs impressions, récentes encore, que j'avais rapportées des leçons d'un des philologues les plus judicieux de l'Allemagne, M. le professeur Dissen de Gottingue. En définitif je me déterminai à donner un abrégé du grand ouvrage de Schoell, certain qu'ainsi je n'aurais à répondre ni du plan, ni de la méthode d'exposition , devant certains critiques un peu sévères d'au-delà du Rhin.
Frédéric Schoell avait publié, en 1813, une Histoire abrèyèe de la littérature grecque, en 2 vol. in-8°. Mais l'activité prodigieuse qui se manifesta alors dans les études philologiques, principalement en Allemagne , nécessita bientôt une révision de cet ouvrage. L'auteur ne se contenta pas de le revoir, il le refondit entièrement sur un plan beaucoup plus vaste et le fit paraître sous le titre A' Histoire de la littérature grecque profane, etc. Paris, 1823 — 1825, 8 vol. in 8°.
L'étendue de cet ouvrage , l'unique de ce genre pourtant que possède la littérature française, en rend l'usage incommode aux jeunes gens qui se préparent à l'étude de la littérature grecque, et son prix élevé ne le met pas non plus à la portée de toutes les autres personnes qui par état ou par goût s'occupent de ce genre d'études. Un nouveau livre restait donc un besoin pour ces deux classes de lecteurs : c'est à eux que le mien est destiné. Cependant il pourra encore, jusqu'à un certain point, servir de
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complément à l'ouvrage original, qui, publié depuis dix ans, se trouve déjà maintenant en arrière des progrès de la science.
En abrégeant Schoell , je ne me suis pas toujours astreint à le reproduire servilement. Loin de là j'ai quelquefois interverti l'ordre qu'il suit et refondu entièrement plusieurs passages. Le plus souvent, lorsque cet auteur entre dans l'exposition d'une controverse sans adopter d'avis, le cadre de mon livre m'a forcé naturellement à trancher net en faveur de l'opinion qui me paraissait la plus vraisemblable. J'ai aussi rectifié bon nombre de points d'après mes propres lectures et mis à profit les additions et corrections de l'auteur et des traducteurs, renfermées dans la traduction allemande qui a paru à Berlin , de 1828—1830, 3 vol. grand in-8°.
Quant à la partie bibliographique, je me suis borné à en faire un choix relativement aux auteurs qui ont été publiés souvent ; cependant pour ceux-là même j'ai donné une grande extension à l'indication des publications des trente dernières années. Mon but en cela a été de faire connaître dans ce pays les nombreux travaux de la philologie allemande, et de suppléer en partie à l'absence chez nous de livres spéciaux sur la bibliographie de la littérature ancienne, tels que l'Allemagne en possède dans les ouvrages de Krebs , de Schweigger, etc. La traduction allemande de Schoell est restée mon guide principal pour tout ce qui a été publié avant 1830; j'ai dû recueillir moi-même ce qui a paru depuis. Ma ta-
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clic eût été beaucoup abrégée, si j'eusse connu plutôt le Manuel de ï histoire de la liHératine i/reoque, publié en allemand par M. Petersen,à Hambourg en 1834; cet ouvrage du savant pro lesscur de Copenhague , dont les notices bibliographiques très complètes et très exactes s'étendent jusqu'au commencement de 1833 , m'a servi à compléter, à rectifier et à préciser davantage, tant les indications bibliographiques de Schoell que les miennes.
Puisse ce livre être de quelqu'utilitéj j'aurai alors atteint le but que je m'étais proposé et je me croirai dédommagé des peines et des dégoûts inséparables d'une élucubration de ce genre.
G and , en avril 1835.
Il y aura bientôt deux ans que mon Manuel est prêt à être livré à l'impression, mais des circonstances , indépendantes de ma volonté, en ont retardé la publication. Depuis ce temps la réorganisation des universités de l'État a eu lieu, ma position dans l'instruction publique a été fixée, mais j'ai du abandonner la littérature ancienne pour me charger d'autres branches de l'enseignement, et par là mon Manuel est devenu sans utilité pour moi-même : Sic vos non vobis! Néanmoins je n'ai pas négligé de me tenir au courant des publications faites jusqu'à ce jour, et d'en consigner les résultats dans mon livre, pour autant qu'ils m'étaient connus.
G and. — Novembre 1836.