ARTICLE V
De la construction des chaudières.
Comme nous sommes dans l'intention de nous servir de la vapeur élevée à un haut degré d'expansibilité, soit 120 livres par pouce carré , en sus de la pression de l'atmosphère , il nous faut commencer par établir des principes fixes, d'après lesquels nous puissions calculer avec exactitude la force qui doit être exercée pour faire crever nos chaudières , afin de nous mettre à même de les construire avec une solidité proportionnée à cette force, et de pouvoir travailler sans le moindre danger,
La forme circulaire est la plus résistante possible, et moins le cercle a de diamètre , plus il faut de force intérieure pour le briser. Nous ferons donc nos chaudières de forme cylindrique; leur diamètre n'excédera pas trois pieds,
CONSTR. DE MACHINES A VAPEUR. 73 et nous augmenterons leur capacité , quand cela deviendra nécessaire, en les faisant plus longues; ou Lien nous y ajouterons d'autres cylindres semblables et parallèles. Les chaudières doivent être placées dans une position presque horizontale, ayant le foyer sous une extrémité; le tuyau de chaleur qui va à la cheminée doit maintenir la chaleur en contact avec la chaudière dans toute sa longueur , afin que le feu puisse agir sur une grande surface. Cette disposition est très bonne là où le chauffage est à bon compte; mais, dans les endroits où le chauffage coûte cher, pour l'économiser nous ferons nos chaudières de deux cylindres l'un dans l'autre, celui de l'intérieur un peu au-dessous du centre de l'autre quand ils sont couchés horizontalement, afin de donner de la place pour la formation de la vapeur au-dessus de la surface de l'eau , qui doit recouvrir entièrement le cylindre intérieur. Les deux cylindres seront d'égale longueur,
et l'un et l'autre attaches aux mêmes fonds. L'espace entre les deux cylindres contiendra l'eau , et le feu sera placé dans le cylindre intérieur, et sera ainsi entouré d'eau. Cette chaudière sera posée dans une maçonnerie, et le tuyau qui se rend à la cheminée conduira la chaleur au-dessous du cylindre extérieur, et en contact avec lui pendant toute sa longueur 5 le feu agira donc sur une hien plus grande surface que dans la première construction.
Ces chaudières sont faites de la meilleure tôle de fer, fortement clouée. Les fonds peuvent être faits de fonte douce , pourvu toutefois que le contact immédiat du feu avec ces fonds ne puisse pas avoir lieu. La fonte est sujette à se gercer à la chaleur ; nous ne pouvons pas , en conséquence, nous y fier lorsqu'elle est mise en contact immédiat avec le feu (i).
(1) Quelques personnes se sont élevées contre l'usage de la vapeur portée à une haute température , sous
COjSSTR. de machines A VAPEUR. 75 Pour trouver la force exercée par la vapeur , tendant à briser la chaudière, et Fépaisseur du fer nécessaire pour la contenir, supposons (comme l'expérience Fa prouvé, voy. art. xi, ci-après) qu'une barre de bon fer corroyé, d'un pouce d'équarrissage , et sans pailles, puisse supporter, sans se rompre, un poids de 68,000 à 84,000 livres, tirant dans le sens de la longueur (mais , pour ne pas nous tromper, prenons de 64,000 à 75,000 livres, pour le poids que cette
prétexte qu'elle brûlerait la garniture du piston et de la boîte aux étoupes. Mais j'ai fait bouillir de l'buiïe de graine de lin dans une chaudière de bois, en plaçant le fourneau à l'intérieur, et cela sans brûler le bois, qui ne saurait supporter une plus grande cbaleur que la garniture de chanvre. D'après la table (article xi)> l'buile de graine de lin bout à 600 degrés de cbaleur. Si l'on continue l'écbelle (article ni ) jusqu'à cette température, la vapeur de l'eau aura acquis une force élastique de 122,880 livres par pouce j ce qui démontre la futilité de pareilles objections, même en supposant que l'écbelle soit inexacte, et que l'buile de graine de lin entre eu ebullition à une température bien inférieure.
barre peut supporter) ; d'après ces données, une barre de fer d'un pouce de large et d'un dixième de pouce d'épaisseur, peut supporter, pour le moins, 6,4oo livres.