DE LA REFONTE DU FER CRU DANS DES FOURNEAUX A CUVE
723. On ne peut savoir si le fer cru a été refondu d abord en contact immédiat avec les charbons ou dans des creusets. D’après le témoignage de Réaumur, on se servit en France de creusets , au commencement du siecle dernier. Ces creusets furent placés le plus souvent devant la tuyère d’un feu de maréchal, comme ceux qui servent à faire des essais. On brûlait de cette manière peu de charbon ; mais on ne pouvait liquéfier que 2 ou 3 kilog. de fer dans un de ces vaisseaux, qui , pour chauffer uniformément, ne pouvaient avoir qu’une faible capacité.
On fit usage en France, à la même époque, de petits fourneaux portatifs de 16 à 24 pouces de hauteur et de 6 à 9 pouces de diamètre. Activés par plusieurs soufflets à main , ils ne purent liquéfier que de petits morceaux de fonte stratifiés avec le charbon. Ces fourneaux faits en argile réfractaire se composaient de deux pièces principales, dont l’une déformé conique était la cuve, et l’autre le creuset, appelé aussi la poche, où la matière liquide se rassemblait: elles s’ajustaient parfaitement ensemble, leur jointure où
l’on pratiquait le trou qui donnait entrée au courant d’air, était lutée. Tous les creusets et même les vieux pots, pourvu qu’ils fussent solides et réfractaires, pouvaient servir comme poche , et la partie supérieure se construisait avec des débris de creusets, dont les pièces annulaires posées l’une sur l’autre , étaient liées ensemble avec de l’argile.
Pour fondre dans ces fourneaux , on plaçait la partie inférieure sur un châssis en fer pourvu d’une anse mobile, qu’on pouvait lever ou abattre. Après avoir placé la cuve sur le creuset, on y jetait d’abord quelques charbons incandescens ; on remplissait ensuite tout le fourneau de ce combustible, et l’on faisait agir les soufflets. A mesure que le charbon descendait, on introduisait de nouvelles charges dans la cuve, jusqu’à ce que les parois extérieures fussent rouges de feu. C’est alors seulement qu’on chargeait le métal concassé en petits fragmens. On faisait varier le poids des charges d’après l’aspect de la tuyère ; si les matières vues à travers ce trou étaient trèsblanches , on augmentait la dose de fer cru ; on la diminuait, si la couleur inclinait au rouge. La fonte se figeait quelquefois dans le creuset, et alors on avait beaucoup de peines à la remettre en fusion. Lorsqu’on s’apercevait que toute la poche était remplie, le fondeur laissait descendre les charges, enlevait la cuve, retirait les scories de la fonte, soulevait par l’anse toute la partie inférieure y compris ]e châssis, et versait le métal dans les moules.
On perfectionna ces fourneaux en composant la cuve et la pai’tie inférieure, de carcasses en fer forgé, dont les vides furent remplis avec de l’argile réfrac taire. La cuve put supporter alors un grand nombre de
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fondages , et l’on n’eut plus qu’à réparer la poche de temps à autre.
En détachant la cuve du creuset, on perdait du temps et le fourneau se refroidissait. Réaumur imagina donc pour cette raison, de ne séparer les deux parties qu’en cas de réparation. Il pratiqua dans le fourneau, à la hauteur et vis-à-vis de la tuyèi’e, un trou qu’on bouchait pendant le fondage , et qui servait à l’écoulement de la fonte lorsque le creuset se trouvait rempli. Le fourneau suspendu verticalement sur deux tourillons mobiles , placés dans des crapaudines , pouvait alors recevoir une position inclinée, pour verser toute la fonte dans les moules; avant de le renverser, on débouchait le trou de la coulée.
723. Les dimensions de ces fourneaux dits à manche ont augmenté successivement jusqu’à ce que leur hauteur ait été portée à 3 mètres. Ce sont encore les anglais qui ont perfectionné la refonte du fer cru dans ces foyers. Au lieu de les renverser, comme on l’a pratiqué long-temps en suivant le procédé de Réaumur, ils ont fini par faire le trou de la coulée au niveau de la sole , de sorte que la fonte peut s’écouler sans qu’il soit nécessaire d’incliner le foyer à l’horizon ; ce qui est un avantage incontestable : on peut se passer, de cette manière, des machines qu’il fallait employer pour manœuvrer le fourneau, et l’on n’est plus forcé d’interrompre le fondage pour procéder à la coulée. Il est vrai qu’on a donné de si grandes dimensions à ces foyers, que le creuset peut 'contenir plus de 5oo kilog. de fonte; l’interruption du travail pendant la coulée serait donc peu de chose. Mais il ne serait pas moins vrai que pour remettre le fourneau en activité , il faudrait le remplir de coin-
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bustible, ce qui occasionnerait une dépense qu’on épargne avec les fourneaux immobiles. Selon Norberg, on emploie o,33 mètres cubes de charbon de bois pour refondre ioo kilog. de fer cru; ce qui est une très- grande consommation.
Le refroidissement du foyer, suite inévitable de la cessation du fondage , doit favoriser aussi l’oxidation du fer et augmenter le déchet de la fonte dans les fourneaux mobiles.
Les moyens qu’on emploie pour suspendre et manœuvrer les fourneaux mobiles, deviennent plus compliqués et plus dispendieux à mesure qu’on en augmente les dimensions. Il est essentiel que l’axe des tourillons passe par le centre de gravité. L’enveloppe extérieure, y compris le fond, se compose d’un système de plaques en fonte dont l’ensemble a une forme arrondie comme celle d’un œuf ; c’est dans cette enveloppe creuse que l’on construit le fourneau avec des pierres réfractaires , de la même façon que le fourneau à manche qui est immobile : l’un et l’autre sont activés aussi de la même manière.
724. Le fourneau, pl. 4 , lig. 20 et 21 , repose sur des fondations A de 5 7 à 63 centimètres de hauteur, terminées ordinairement par une plaque de fonte qui est pourvue d’un rebord auquel on fixe les plaques latérales ou le cylindre C. Cette plaque de fond a une forme annulaire , étant percée au centre d’un trou dont le diamètre est égal à celui de la cuve. L’extrémité supérieure est terminée par une plaque semblable, dont le rebord sert à retenir les plaques latérales jointes aussi entre elles par des rebords i, fig. 21. Si l’enveloppe se compose de plusieurs cylindres, on les assemble de la même manière, fig. 22. Peu importe
au reste la manière de revêtir le fourneau extérieurement. On lui donne une enveloppe en fonte plutôt qu’en pierres , afin qu’il prenne moins de place dans l’usine et qu’il n’exige pas de très- profondes ni de très-larges fondations. Cette enveloppe peut donc se construire avec de vieilles plaques d’une forme quelconque , pourvu qu’on parvienne à les réunir solidement avec des crampons et des barres de fer. Si l’emplacement le permet, on construit la partie inférieure de l’enveloppe en pierres , sur lesquelles on appuie les plaques; quelquefois aussi on fait le contraire.
725. C’est dans cette enveloppe que l’on construit le fourneau avec des briques réfractaires, fig. 20 et 21. On remplit l’espace qui reste entre les briques et les parois, avec du poussier ou des cendres, pour diminuer les pertes de chaleur. La sole F , confectionnée en sable quartzeux très -pur, battu en forme de pisé, reçoit une inclinaison vers le trou de la coulée , afin que la matière liquide puisse s’écouler entièrement. La hauteur de la tuyère au-dessus de la sole est de 3g à 5 a centimètres. Le trou de la coulée a 3i centimètres de largeur sur 3g de hauteur : on lui donne de si fortes dimensions, parce qu’on est obligé de se servir de cette ouverture pour damer la sole et pour faire sortir les scories après avoir coulé la fonte. On la mure ensuite en ne laissant au point le plus bas qu’une petite ouverture circulaire, qu’on bouche avec de 1 argile.
726. La hauteur et la largeur de la cuve du fourneau dépendent de la force du vent et de la qualité du combustible. Il est probable du reste qu’il règne beaucoup d’arbitraire dans les dimensions du vide intérieur de ces foyers, à cause de la facilité avec laquelle on liquéfie le fer cru. On peut conclure de ce
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qui a été dit sur la forme des hauts fourneaux , que les cuves qui sont basses , doivent consommer plus de charbon que celles dont la hauteur est plus considérable ; parce que la fonte y est moins préparée , en arrivant au foyer de la fusion. Il est probable aussi qu’un ventre analogue à celui des hauts fourneaux, produirait un effet salutaire , sur-tout si l’on faisait usage d’un coke pesant; mais la construction de l’enveloppe deviendrait plus embarrassante. Il est aussi très-évident, qu’on doit donner aux cuves , la forme d’un tronc de cône posé sur la base , plutôt que celle d’un cylindre ou d’un cône posé sur sa troncature.
727. Les fourneaux à manche qu’on chauffe avec du charbon de bois , doivent être plus hauts que ceux dans lesquels on brûle du coke ; ce qui paraît contraire à notre théorie sur la construction des hauts fourneaux ; mais on peut s’en rendre raison par le poids de la fonte : elle déplace le charbon de bois facilement et arrive souvent froide dans la partis inférieure de la cuve, tandis que les charbons brûles bien au-dessus de la tuyère ne peuvent produire Dut leur effet. La hauteur du fourneau doit donc augmenter à mesure que la pesanteur spécifique du combustible diminue.
Les fourneaux représentés par les fig. 20 et 21 , appartiennent à la fonderie de Gleiwiti; l’un a et
l’autre a im,88 d’élévation. Si la fonte est en morceaux menus et que le coke soit de bonne qualité , la fusion s’exécute parfaitement dans le premier de ces foyers; mais , si l’on charge le fer cru en morceaux et qu’on emploie des cokes agglutinés , qui sent ordinairement très-légers, le métal déplace le combustible et la fonte devient épaisse. On a donc augmenté la hauteur du fourneau de 3r centim. , et l’on a obtenu de meil—
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leurs résultats. Il est probable qu’une plus forte augmentation produirait encore quelqu’ avantage ; mais le chargement deviendrait plus difficile, et comme on est obligé de remplir la cuve avec du charbon avant d’y mettre le feu, on pourrait perdre en grande partie le combustible économisé pendant la fusion. La hauteur de im,88 à 2m,o4 (6 à 6 1/2 p. du Rhin), nous paraît suffisante pour des fourneaux à manche activés avec du coke. Si l’on pouvait toutefois établir sans beaucoup de frais, une plate-forme de gueulard, il n’y aurait point d’inconvénient à les élever davantage.
Les fourneaux chauffés avec du charbon de bois ne devraient pas avoir moins de sept pieds de hauteur, pour que la fonte pût devenir assez liquide ; et une plus grande hauteur offre un avantage incontestable. La fig. 22 représente un fourneau de 4m,o8 d’élévation construit à St. - Pétersbourg et alimenté avec du charbon de bois. Ces fourneaux doivent être pourvus au gueulard d’une plate-forme , avec laquelle on communique à l’aide d’une rampe ou d’un escalier.
728. La largeur des cuves dépend de la quantité de vent , de la qualité du combustible et de celle des matériaux employés à la construction.
Plus la cuve est étroite à l’endroit de la tuyère, plus 011 économise de chai'bon : il faut la rétrécir , si les soufflets fournissent peu de vent et si le combustible est léger. Au reste, l’oxidation du métal sera d’autant moins forte , et les parois résisteront d’autant mieux à l’action de la chaleur, que la cuve sera plus large. La distance de la pierre de tuyère au contrevent est ordinairement de 52 à 57 centim. On la fait si grande, soit pour ménager la cuve, soit pour
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donïier une plus grande capacité au creuset. On parviendrait au même but en élargissant le creuset audessous de la tuyère ; mais on risquerait que la fonte ne s’épaissît alors, à moins qu’on n’employât du coke très-dur ou d’excellent charbon de bois, et de fortes machines soufflantes.
Pour donner la meilleure forme à la cuve, on devrait donc la rétrécir le plus possible à l’endroit de la tuyère*, l’élargir graduellement, en faisant un ventre au milieu de sa hauteur , et , partant de ce point , diminuer ensuite la largeur jusqu’au gueulard dont le diamètre ne devrait point excéder 3i centim. ( 12 pouces du Rhin).
729. Rien ne détermine d’une manière rigoureuse la hauteur de la tuyère au-dessus de la sole; cependant on ne doit pas la rendre trop grande , afin de ne pas refroidir la fonte liquide et de ne pas trop diminuer, da-ns les petits fourneaux, la distance de la tuyère au gueulard. Si la machine soufflante est forte et que les cokes soient compactes, l’élévation de la tuyère au-dessus de la sole peut avoir 57 centim. ; dans le cas opposé, elle ne doit pas être fixée audessus de 42.
Lorsque le creuset est rempli d’une fonte bien chaude , on ne doit pas en craindre le refroidissement. Pour rassembler par conséquent une grande quantité de métal liquide dans le fourneau , on a imaginé d’employer deux tuyères placées l’une au-dessus de l’autre , et espacées de 26 à 3i centim.; ou quatre tuyères, si le fourneau est construit de manière qu’il doive en avoir deux à la même hauteur. L’élévation de la
* Eu égard à la quantité de métal que l’on veut rassembler dans le creuset. Le T.
tuyère supérieure au-dessus de la sole est alors de 68 à 73 centira. , ce qui donne au creuset une capacité suffisante pour contenir huit à dix quintaux métriques de fer cru. La tuyère supérieure ne s’ouvre que lorsque la fonte liquide s’élève jusqu’à la tuyère d’en bas, qu’on bouche alors avec de l’argile. Après la coulée, on ferme celle qui est en haut , et l’on place la buse dans l’autre. La fig. 23 représente un fourneau de cette espèce employé dans la fonderie de Baird, près de St.-Pétersbourg. En Angleterre, où. l’on adapte quatre à cinq tuyères l’urie au-dessus de l’autre, 011 coule, au moyen de ces foyers , les objets les plus pesatis.
73o. On ne se sert que de tuyères d’argile ou de fonte \ leurs bouches sont proportionnées à celles des buses, qui, à leur tour, dépendent de la masse d’air fournie par la machine soufflante, et de la vitesse du vent exigée par le combustible. Plus elles sont larges, si toutefois le vent conserve la pression convenable, plus on accélère l’opération ; mais il faut aussi que la hauteur du fourneau soit dans un certain rapport avec la rapidité de la descente des charges , afin que le métal soit suffisamment préparé en arrivant au foyer de la fusion. On pourrait donc être forcé de donner aux fourneaux à manche une hauteur plus grande que celle des fourneaux de Gleiwitz, qui est relative à un volume d’air de 12 a i5 mètres cubes par minute.
73 r . Un vent dont la vitesse est trop grande, déplace le charbon, en consume une trop grande quantité dans la partie supérieure de la cuve, et blanchit la fonte , dont le tissu devient quelquefois grenu , parce qu’elle se rapproche du fer malléable. Il en résulte des engorgemens , des descentes irrégulières et un encombrement de métal demi-fondu.
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Un vent trop faible, lorsque la cuve est large, ne donne pas assez de chaleur et il blanchit la fonte qui peut devenir alors si épaisse qu’elle cesse de s’écouler du fourneau. Ce vent ne peut d’ailleurs s’élever à travers les matières et il dégrade le creuset.
Il faut donc que, dans les fourneaux à manche comme dans les hauts fourneaux, la vitesse du vent soit proportionnée à la qualité du combustible. Si, tout en observant ce principe, on lance dans le foyer une plus grande masse d’air , on élève la température, on accélère la descente des charges et l’on peut alors donner plus de largeur à la cuve.
Lorsque la cuve est trop large, on est forcé de donner au courant d’air une vitesse trop grande, eu égard à la qualité du combustible. Il s’ensuit que l’opération ne peut êtré couronnée d’un plein succès que dans les foyers étroits ; mais ceux-ci sont sujets à se dégrader promptement et ils ne peuvent contenir assez de métal. Il faut donc employer deux tuyères opposées, c’est l’unique moyen de remédier à l’un et à l’autre inconvénient.
732. Dans les usines travaillant en sablerie, où l’on n’a ni fourneau à manche, ni four à réverbère, on est forcé de refondre les débris de fer cru dans les hauts fourneaux. On en ajoute alors 10 à 25 livres à chaque charge , sans diminuer la dose de minérai ; mais il est essentiel que le fourneau ait une certaine hauteur et qu’il y règne une intense chaleur au moment où l’on commence l’opération.
A Wondollek (Prusse) où l’on ne traite que de mauvais minérais de prairies, dont la fonte est convertie en projectiles et en poterie, il s’était accumulé une si grande quantité de débris, qu’on se vit forcé
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en 1806, de faire des dispositions particulières pour les refondre. Le fourneau dont la hauteur est de iom,35, fut rétréci de manière qu’il n’eut plus que 125 centim. de diamètre au ventre, et 55 au gueulard ; l’ouvrage fut rendu cylindrique et reçut une hauteur de im,o5 et un diamètre de 3i à 07 centim. ; les étalages furent inclinés à 4.5° : pente beaucoup trop douce que l’on employait exprès pour retarder la descente des charges, afin de n’obtenir que la quantité de fonte qu’011 pouvait mettre en oeuvre. Mais il aurait mieux valu ralentir le mouvement des soufflets et diminuer l’ouverture de la buse. Construit de cette manière, le fourneau donna en vingt -une semaines, 2217 quintaux métriques de fonte, en consommant 533 mètres cubes de charbon de bois , ce qui fait par iooiU-, 0,235 mètres cubes; le déchet était à peu près de 8 pour 100. Cette consommation est trèsconsidérable , eu égard à la hauteur du fourneau ; mais il est probable qu’elle aurait été réduite à o, 197 mètres cubes environ par 100 kilog. (3 ppp. du Rhin, par 100 kil. de Berlin), si l’on eût continué le travail : on brûlait au commencement une trop grande quantité de charbon, parce que, faute d’expérience , on craignait d’augmenter la charge trop' rapidement.
733. La quantité de charbon de bois consommé pour refondre 100 kilog. de fer cru dans des fourneaux à manche , varie entre 214 et 23 1 litres, si l’on ne compte point le combustible employé à remplir la cuve la première fois ; dans le cas contraire, la consommation s’élève à peu près à 264 litres. Elle augmente d’ailleurs ou diminue d’un quart selon la nature du charbon , sa dureté, sa pesanteur spécifique et la méthode qu’on suit pour le préparer. En estimant
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cette consommation entre 214 et 23 1 litres, pesant 36 à 40 kilog. , pour 100 kilog. de fonte, on suppose que le charbon est de bonne qualité et qu’il provient de pin sylvestre ou de bois feuillus.
Dans les fourneaux à manche: , chauffés avec le coke , on brûle, terme moyen, io5lltres,5g de ce combustible, pour refondre 100 kilog. de fer cru , en comprenant ce qui est nécessaire pour remplir le fourneau. Si l’on suppose , comme on le fait souvent, que le poids moyen d’un litre de coke est 0,48 kilog. , il s’ensuit que roo kilog. de fonte demandent 5o kilog. de coke pour être liquéfiés.
Ces données peuvent varier considérablement , selon la qualité des cokes , ainsi que nous l’éprouvâmes par quelques essais faits avec une grande exactitude en décembre 18 r4, à la fonderie de Gleiwitz. On se servit de cokes agglutinés, de cokes provenant des meules et de cokes obtenus dans des fourneaux à goudron: leurs poids respectifs étaient de o,56, de o,63 et de 0,68 kilog. par décimètre cube. Pour fondre 5376 kilog. de fer cru (roo quintaux de Breslaw), on consomma de ces cokes 7^,7? 7®?9 et 62, 4 mesures, composées chacune de 86litre,,56. On employa donc un septième de cokes agglutinés, de plus que de cokes obtenus dans des fourneaux à goudron. Quand on conservait au vent la même vitesse, le nombre des charges composées chacune de 20,61 litres, était par heure de 6,8 pour les cokes agglutinés, de 7 pour les cokes obtenus en meules et de 5, g pour les cokes des fourneaux a goudron. Si la première espèce moins pure que la deuxième , brûle aussi moins vite , on ne doit l’attribuer qu’aux terres mêlées avec le combustible. Les cokes des fourneaux à goudron dévelop-
pent le plus de chaleur ; mais il faut les brûler au milieu d’un air plus comprimé , ou dans une cuve plus étroite ; ou , ce qui vaut mieux , dans un fourneau à deux tuyères.
734. On ne confectionne la sole du fourneau (72$) qu'âpres que les parois de la cuve sont achevées ; on ferme ensuite l’ouverture antérieure , avec des briques ou de l’argile , en ne laissant ouvert que le trou de la coulée. Cela fait, 011 desséche le fourneau ; opération qui demande plus de temps , si les parois ont été renouvelées que si elles avaient déjà servi. On introduit pour cet effet des charbons ou des cokes incandescens dans la cuve , et on les recouvre de charbons noirs ; aussitôt que ceux-ci commencent à rougir , on en verse d’autres et ainsi de suite jusqu’à ce que.la cuve soit remplie. C’est alors qu’on fait agir les machines soufflantes ; mais on ne ferme pas le trou de la coulée, afin que la flamme puisse y passer et qu’elle vienne mieux échauffer la sole.
A. mesure que les charges descendent, on les remplace, jusqu’à ce que la température du fourneau soit assez élevée pour qu’on puisse charger en métal , ce que l’on reconnaît à la flamme du gueulard. Dès que les premières gouttes de fer cru sont tombées sui la sole , on ferme le trou de la coulee avec un tampon d’argile , et on ne l’ouvre ensuite que poui laisseï échapper la fonte qu’on reçoit dans des poches 5 il est rare qu’on la dirige dans les moules au moyen de rigoles , à moins que les fourneaux à manche n aient une très-grande capacité et qu’on ne coule de gi os objets, si le poids des pièces n’excedepas 200 kil. , il est plus avantageux de porter la fonte, parce qu’il s en fige une grande quantité dans les conduits.
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^35. Le travail des fourneaux à manche est trèssimple : il suffit d’un seul ouvrier pour introduire les charges dans la cuve , nettoyer la tuyère et déboucher la coulée; mais on ne doit pas f embarrasser du transeport des matières. Le combustible est chargé toujours à la mesure et la fonte au poids.
La quantité de métal que le charbon est susceptible de porter , ne peut se déterminer que par un tâtonnement, très facile d’ailleurs pour les petits fourneaux. On charge ordinairement en une seule fois 2ï litres de coke ou 3i litres de charbon végétal. On peut au reste diminuer ces volumes à mesure que le combustible est plus pesant; mais, s’il est léger il vaut mieux employer de fortes charges , afin que les lits de charbon ne soient pas traversés par la fonte. r
Le chargement qui se répète par 8 ou ro minutes se fait avec des haches , que l’ouvrier porte sur sa tète en montant un petit escalier appuyé contre le fourneau. Cependant , si les foyers ont de grandes dimensions, on doit employer d’autres moyens pour transporter les matières au gueulard.
Le chargeur ne doit pas avoir la latitude de combler la mesure plus ou moins. Il faut donc que les vases dont il fait usage aient une capacité telle que , remplis jusqu au bord, ils puissent contenir toute la charge.
736'. Le poids du fer cru introduit en une seule fois dans le fourneau , se détermine par le volume de la charge de charbon et par la qualité de ce combustible. Lorsque ce poids a été trouvé par l’expérience, on s’y conforme exactement, sans se permettre aucune variation, à moins que la qualité" du coke ou du charbon ne change et n’exige d’autres pro-
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portions, pour que la foute ne devienne ni trop épaisse ni trop cliaude.
Avant de refondre le fer cru on doit le nettoyer, enlever la terre attachée à sa surface, le réduire en fragmens de 107 à 143 centim. cubes (6 à 8 pouces cubes du Rhin), dont l’épaisseur, si la chose était possible, ne devrait pas excéder i3 millim.
Quand la sole n’est pas échauffée convenablement, la fonte devient épaisse et blanche ; quelquefois même la cuve s’engorge.
On ne pourrait liquéfier séparément de la fonte blanche et en obtenir de la grise, sans occasionner une grande dépense de charbon et sans entraîner la ruine des parois du fourneau; mais cette fonte peut entrer dans les charges pour un quart ou pour un tiers.
La fonte blanche matte est la moins propre à être refondue, parce qu’elle obstrue le creuset, quelle ferme le trou de la coulée et qu elle se fige dans les poches. Ce serait déjà une raison suffisante d e— viter cette espèce de fer cru, quand meme il aurait les qualités qui lui manquent.
La fonte phosphoreuse qu’on obtient des minerais de prairie, reste assez liquide lors meme qu’elle est un peu blanche.
La fonte qui donne du fer rouverin est ties- réfractaire, très- épaisse et se refroidit très-promptement.
C’est donc la gueuse grise qu’on doit refondre de préférence , dans les fourneaux a manche , parce qu on peut la charger en plus forte dose que toutes les autres sans cesser d’obtenir un produit t lus -liquide, et parce qu’elle n’attaque pas le fourneau, tandis que la gueuse blanche qui demande a etre îefondue
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à un haut degré de chaleur pour devenir grise ou mêlée, détruit les parois de la cuve. La fonte grise mise une seconde fois en fusion, prend un grain plus fin et plus homogène, attendu que la combinaison du fer avec le graphite devient plus uniforme.
737. Tout le travail de l’ouvrier se réduit à charger le fourneau et à nettoyer la tuyère. On coule ordinairement la fonte après un nombre de charges déterminé par la capacité du creuset. On y procède en perçant avec un ringard le tampon d’argile; on reçoit la fonte dans des poches ou bien on la laisse couler dans des rigoles. Il est même inutile d’attendre que tout le creuset soit rempli; on peut, à une heure quelconque, faire sortir du fourneau la quantité de fonte dont on a besoin; on l’empêche ensuite de s’écouler en refermant le trou avec un bouchon d’argile fixé à l’extrémité d’un bâton.
La fonte est souvent si chaude qu’elle attaque les moules; pour prévenir cet effet, on la laisse reposer quelques minutes dans les poches. On peut dans ce cas, augmenter sans danger la charge de métal.
738. Il est évident qu’on ne peut se dispenser de mettre toute la fonte en œuvre à mesure qu’elle se liquéfie. Il faut donc se pourvoir du nombre des châssis et des moules qui est nécessaire à cet effet.
Dans les fonderies ou l’on fabrique une grande quantité de marchandises , on a pour le moins deux fourneaux a manche, dont l’un est activé le matin et l’autre l’après-midi. Si le fourneau est à feu plus de 8 à 9 heures, les scories formées des pierres de la cuve, des cendres, du combustible et peut-être aussi des matières étrangères contenues dans la fonte (de celles du moins qui sont mêlées avec elle), deviennent si:
épaisses qu’elles absorbent beaucoup de fer, et qu’elles finissent par fermer le passage au vent, ce qui refroidit le bain. Les scories deviendraient plus liquides par une addition de chaux , mais alors elles attaqueraient les pierres de la cuve et le travail de quelques heures ne pourrait pas compenser cet inconvénient, d’autant plus que le fondage ne doit pas continuer jour et nuit sans interruption.
On laisse par conséquent descendre les charges , lorsque les scories deviennent trop visqueuses. On vide le creuset entièrement, on débouche toute l’ouverture antérieure dans laquelle se trouve compris le trou de la coulée, on détache les scories durcies qu’on peut atteindre avec le ringard, on les fait sortir du foyer, on nettoie la cuve et le creuset autant qu’il est possible. Cela fait, on laisse reposer le fourneau pendant 6 à 8 heures pour le mettre ensuite de nouveau en activité.
73g. Si les parois sont bien construites et si les matériaux sont assez réfractaires, on peut faire 20 à 25 fondages dans une cu\e : elle peut donc durer de trois semaines à un mois.
La construction des parois est d’autant plus incommode que la cuve est plus haute et plus étroite ; c’est pour cette raison que le fourneau ne reçoit d’ordinaire que l’élévation strictement nécessaire.
740. Le déchet de la fonte dépend de la marche du travail, de la nature du fer cru et de la qualité du combustible. Si le coke est pur, que le vent ait le degré de vitesse convenable , et que la fonte soit grise , cette perte peut ne s’élever qu’à 5 1/2 pour cent, y compris celle qui est occasionnée par les grains de fer cru répandus dans l’usine ou mêlés aux scories;
mais, quand la fonte est blanche, que le fourneau reste froid et que le coke est impur, le dechet peut monter jusqu’à 25 pour cent.
741. Les fourneaux à manclie sont placés dans l’intérieur de l’usine au-dessous d’une cheminee. Si deux de ces foyers sont établis sous une meme cheminee , le manteau en doit être assez large pour ne pas gêner la dissipation de la fumee , ni le dégagement de la chaleur qui pendant l’été serait assez incommode, parce qu’elle produirait une trop prompte dessication des moules.
Un fourneau à manche qui est active huit heures par jour, et qui reçoit par heure 6 charges composées de 3/8 quintaux métriques de fer cru , peut refondre 18 quintaux, qui en donneront 17 de fonte liquide disponible pour ainsi dire à chaque instant de la journée.