‹ Manuel de la navigation à la côte occidentale d'Afrique (volume 2)Chapitre 88 sur 136 · COURANTS · texte numérisé non relu

COURANTS

se dirige dans une direction uniforme qui osi celle du S. £. Les courants des marées dans cette partie sont si faibles, qu'on n'a pas à s'en préoccuper, sauf devant la rivière Lagos, et le courant général sera le seul qui pourra influencer la route des navires allant dans TE. ou dans FO.» le long de cette c6te. Pendant dix mois de Tannée^ sa vitesse ne dépasse guère ^U de mille à l'heure.

Ce courant, qui n'est autre que le courant de la Guinée septentrionale, contourne le cap Saint-Paul, dirigé à peu près au N. E., parallèlement à la c6te, sur un espace de 26 mâles. Il prend alors, peu à peu, la direction de !*£. comme la c6te, sur une étendue de 180 milles jusqu'à b fin du rivage sablonneux, près d'Odi,et sans occasionner aucun contre-courant près de la terre. De mars à juin, le courant entraîne ces masses détachées appelées Sargasse (communément raisin du tropique)» ou Fucus natans, qu'on trouve seulement dans le golfe de Bénin» près de la côte d'Afrique. On voit ces masses à 8» 10 et 12 milles de distance, placées sur des lignes parallèles dont la direction est le S. O. Leur étendue est, en moyenne» de 1 mille Vs de longueur sur ^U de mille de largeur. Elles rappellent, mais sur de petites dimensions, ces bancs immenses qu'on rencontre dans le courant nommé Gulf-Stream. On les trouve à 25 milles au large, et jusque dans l'E. de la rivière Lagos.

Pendant la saison de l'harmattan ou vent d'Est, qui règne en circonstances où le décembre et janvier principalement, le courant cède à son im- "*"'" renier?*-. pulsion et prend celle de l'O. avec une vitesse qui atteint 1 mille a l'heure. Souvent même avec les vents de l'O., lorsqu'ils ont soufflé avec force durant trois ou quatre jours, et occasionné ainsi •

un surcroît des eaux de l'Océan qui viennent se heurter contre la c6te Est de la baie, il y a une réaction dans le courant ordinaire et il prend une direction vers l'O. accidentellement pendant douce et quelquefois vingt-quatre heures. On doit se défier de ces modifications qui, au reste, ne sont, comme nous le disons, que momentanées.

On doit surtout y porter attention le long de la côte Est du golfe de Bénin, en outre de celle qu'on doit avoir pour les marées qui se font sentir au large des embouchures des rivières qui la sillonnent jusqu'à 10 milles, par les fonds de 22 mètres, vase et coquilles brisées.

La force dn courant de flot est cependant beaucoup moin» considérable que celle du courant de jusant, ce qui est naturel en raison de la grande masse des eaux apportée par ces rivières. Leur eiTet combiné s'étend à droite et à gauche de leur embouchure sur un rayon de 9 milles et produit, dans le courant de jusant, une vitesse de 3 milles à l'heure à 1 mille au large de l'embouchure.

Kaux colorées et A mï-jusaut, CCS riviôfes apportent a l'Océan un volume conl^ïTjuSî^"'*^* stdérable d'eau trouble, colorée en brun, mêlée de débris d'arbres, de broussailles et de détritus de toutes espèces. Quelquefois, elles déchargent seulement à la mer des masses d'écumes profondes de 0^ 9 ressemblant à de l'huile sale. Par leur légèreté et leur couleur brunâtre, elles contrastent tellement avec les eaux bleues et claires de l'Océan, qu'elles forment une ligne de démarcation tranchée, élevée comme une rive qin' simule parfaitement un brisant.

Cette décoloration des eaux durant la saison des pluies s'étend (|ue]queCois dans l'O. jusqu'à Jackin et même jusqu'à Whydah. Elle a lieu à 10 milles au large de la terre, tandis que, près du rivage, le volume des eaux déchargées à l'Océan par la lagune donne à celles de la mer une teinte vert clair. Les eaux de la lagune s'y rendent par des ouvertures périodiques qu'elles s'ouvrent dans le rivage; c'est dans le mois d'avril qu'elles commencent à se déverser à la mer, lorsque les eaux produites par les tornades font déborder la lagune, et elles continuent à le faire pendant toute la saison des ptuies jusqu'à octobre. Ces ouvertures, entre le Grand^Popo et le lac Cradoo, sauf celle permanente de Lagos, sont fermées par les sables depuis le mois d'octobre jusqu'au mois d'avril, ne laissant d'autres marques de leur passage que des interruptions ou des coupées remarquables dans la verdure et les bois qui, partout ailleurs, garnissent et bordent la plage.

Dans aucun cas, cependant, elles ne permettent de pénétrer dans la lagune ; car, lorsqu'elles sont le plus profondes, les eaux qui s'en échappent occasionnent à leur jonction à la mer une barre de brisants formidables; et, dès qu'il ne s'y produit plus un fort courant, la houle reporte de nouveau les sables qu'elles avaient déplacés et les ferme sans laisser aucun passage.

HARMATTAN.

Une connaissance plus complète de l'étendue, de la largeur, laffunde la profondeur delà lagune qui suit parallèlement le rivage, serait ici , comme sur la côte précédente, d'une grande utilité pour les relations commerciales.

La facilité des communications par cette lagune est incontestée, et déjà on communique du cap Goast à Whydah. La distance entre ces deux points est de 235 milles. Le courrier fait cette route partie par terre, partie en c^not par la lagune. Nul doute qu'il ne pût aisément se rendre à Badagry en la suivant.

Les tornades donnent en mars dans l'intérieur, et sur la côte saison et vent». principalement du mois d'avril au mois de mai. On doit à cette époque s'attendre à en avoir une dans l'intervalle de quarantehuit heures et souvent deux dans le même jour. En juin et en juillet, elles ont lieu presque tous les jours ou toutes les nuits, mais avec moins de violence que dans les mois précédents.

Les mois d'août et de septembre sont ceux des grandes saison de» piuies. pluies continuelles.

En octobre, le temps s'éclaircit, et novembre, décembre, saiMto sèche. janvier, février composent la saison sèche, la plus saine de Tannée. Dans cette saison, les variations du thermomètre de Jour et de nuit sont à peine sensibles, et la température reste dans les limites de 29<^ à 32^.

C'est à cette époque que, vers trois heures du matin, s'élèvent ces exhalaisons qui enveloppent complètement la côte et la dérobent à la vue. Ces brumes, nommées les fumées par les marins, se dissipent d'ordinaire vers dix heures du matin.

L'époque la plus froide de l'année est dans le mois de juin durant lequel prévalent les brises fraîches du S. O. Le thermomètre descend alors à 25''.

Les vents dominants dans la baie de Bénin sont ceux du S. O. et de l'O.

L'harmattan souffle, dans les mois de décembre et de janvier, de la partie de l'Est. Ce vent est faible d'ordinaire et ne sonfOe que par intervalle.

Dans la belle saison, on éprouve aussi des brises alternatives de terre et de mer, surtout aux environs des embouchures des rivières, ce qui en facilite la navigation.

Brume«.

Vents.

Harmattan.

MAMUEL. — ^T. H.

418 (.OLFE DE BEMN.

Les tornades sont très-violenies dans le golfe de Beiilii ef toujours accompagnées d'effets électriques eilrayants. I^ baromètre, presque toujours à 760 ou 762 millimètres pendant toute Tannée, ne donne que peu d'indications de ces brusques mais courtes perturbations atmosphériques. C'est à peine si la colonne de mercure oscille et monte de 5 millimètres. Le thermomètre, au contraire, descend dès que la pluie commence et indique un abaissement dans la température, plusieurs heures après la tornade. Sa variation atteint d'ordinaire 2«.

Le commandant Wood de la marine royale d'Angleterre dit que les tornades du golfe de Bénin commencent, en général, du S.E., et, tournant par TE., viennent finir au N.E. Le capitaine Denham dit, au contraire, et nous l'avons toujours observé nous-méme, que les tornades commencent du N. £., soufflent avec violence de l'E. et du S. £. surtout; puis tournent vei's le S., ou elles n'ont plus de force, en général. Le même officier indique encore qu'il a eu des tornades de la partie de l'Ouest. Ce fait nous est également arrivé dans le golfe deBiaflra, où nous reçûmes une tornade du N. O. à TO. et au S. 0.

Lorsque la brise du large est le plus forte, les tornades sont, en général, le plus violentes.

Il y a aussi dans le golfe de Bénin de violentes bouffées du S. £. qui n'ont point le caractère des tornades (l'arc noir et les phénomènes électriques); ces espèces de grains n'en sont que plus dangereux.

On doit, autant que possible, éviter pour les équipages de les exposer aux pluies très-froides comparativement, qui tombent durant et après les tornades. Aussi, doit-on sous voiles prendre à l'avance toutes ses précautions, et à l'ancre faire les tauds dès que la force du vent permet de les établir sans danger.

icinpt^raiurf de la La tcuipératurc des eaux de la mer est toujours de Va degré au-ilessus ou au-dessous de la température de l'air, jusqu'à la profondeur de 18 mètres; mais à 36 mètres, elle est plus froide de t°t à 54 mètres, de 5°; à 72 mètres, de 8"; à 90 mètres, de 10°, et à 180», de 13° que celle de la surface. Ha.de itiOTiv. Les ras de marée sont surtout fréquents du mois d'avril au mois d'octobre.

mer.

MOIILLAGKS.

Dans tout le golfe de Bénin, on trouvera une excellente espèce de Tond et un mouillage sûr, par les fonds de 27 mètres qu on aura sur la côte Ouest, à 6 milles de la terre et à 12 milles sur celle de FEst. La nature du fond est vase noire compacte, mélangée de coquilles brisées; il présente une bonne tenue pour l'ancre, aussi peut-on en mouiller une petite, mais avec une grosse chaîne , parce que le grelin-chaîne, employé quelquefois pour les ancres à jet, ne résisterait pas aux secousses qu'occasionne la houle.

Cependant, entre les fonds de 27 à 36 mètres, il faudra mouiller une grosse ancre, par la raison que la vase verdâtre. molle, mélangée de coquilles qu*on trouve par ces fonds, n'offrirait pas une tenue sufGsante avec une ancre à jet.

Près de la terre, quoique le plomb de sonde n'accuse que du sable, celui-ci ne recouvre la vase que par une couche superficielle, épaisse seulement de quelques décimètres, et depuis le cap Saint-Paul Jusqu'à la fosse de TA von, l'ancre s'enfoncera jusqu'au diamant dans la vase.

Lorsqu'on lèvera l'ancre, on devra, en raison de la houle, et quand on sera à pic, prendre de grandes précautions pour ne pas casser la chaîne ou l'ancre elle-même ; on fera bien, pour éviter ces accidents , d'agir à la fois sur l'orin et sur le câble pour déraper et éviter les secousses.

Les mouillages dans la baie de Bénin sont fort pénibles, par suite de la grosse houle qu'on reçoit souvent du travers, et qui fatigue excessivement les mâtures, le navire et les hommes.

Dans la saison pluvieuse, on pourra rencontrer quelques beaux jours dans l'O. de la rivière Lagos, tandis que, dans l'E. de ce point, on aura des pluies incessantes. Si donc on a quelques réparations à faire et qu'on doive rester dans le golfe de Bénin (comme font les croiseurs), il sera toujours préférable d'aller mouiller, pour ce motif, dans l'O. du golfe et le plus près possible, dans les environs du cap Saint-Paul où le climat est moins mauvais, la houle moins forte et moins persistante.

Depuis le cap Saint-Paul jusqu'au village d'Odi où se termine le rivage sablonneux, quel que soit l'état de la barre, ou quel qu'il paraisse, on ne devra jamais tenter de descendre à terre autrement que dans les pirogues du pays.

Mouilltigcs.

Observation» diT«r-

Qunnd ou veiii en faire venir pour communiquer, il est d'usajçe que le navire mette en panne et tire un coup de canon. S'il veut communiquer avec la terre étant au mouillage, le coup de canon sera encore le signal habituel pour faire venir une pirogue.

On ne fait jamais d'eau ni de bois dans le golfe de Bénin; on se donnerait une peine inutile pour s'en procui-er, surtout lorsqu'on peut en deux ou trois jours se rendre à Fernao-do-Poo ou à Ilha-do-Principe (l'île du Prince). Cependant, quelquefois, on peut faire venir de l'eau par les pirogues des naturels, en la leur payant un dollar le quart de barrique. Les navires du commerce s'en approvisionnent ainsi le plus souvent.

On peut encore pendant les deux tiers de l'année, recueillir une quantité d'eau suffisante pour la cuisine et les lavages.

On pourra se procurer quelques provisions et quelques légumes sur la côte Ouest du golfe, principalement à Wyee, Quitta, Elmina, Petit-Popo, Whydah etBadagry. Les trois premiers endroits sont les plus commodes, parce que le mouillage y est moins fatigant. Badagry est aussi un bon point de relûche ; seulement, en juillet et août, la barre est extrêmement mauvaise; aussi vaudra-t-il mieux aller s'approvisionner à Fernao-do-Poo ou à llha-do-Princîpe.

La gourde d'Espagne est la monnaie la plus connue dans le golfe de Bénin ; mais les cauris, comme sur la côte d'Or, sont la monnaie courante. Voici l'échelle d'évaluation des naturels : 40 cauris de toutes grandeurs font 1 string ; 50 strings valent 1 gourde ou 1 tête, nom général qu'on lui donne ; 20 têtes (head) font 1 once d'or qui représente 86 fr. 42 c. de notre monnaie, ou 81 fr. âl c, suivant le titre.

Ainsi, la gourde vaut 2,000 cauris ; on comprend l'ennui et la difficulté de compter de fortes sommes avec une pareille monnaie. Le tonneau de cauris coûte en Angleterre 1 ,500 francs (60 livres) et il se vend sur la côte 2,000 francs (80 livres).

Les naturels emploient encore les cauris pour s'en faire des ornements, des bracelets, des pendants d'oreilles, des colliers, des gris-^ris, etc.

On se procurera, dans les localités indiquées plus haut, des bœufs de petite taille, des moutons, des chèvres, des cochons, des poules, des canards, des dindons.

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