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LE F0RTE-DR1FEA

Porte-drapeao, mon camarade, Au combat comme à la parade, Ton cheDiiit est notre chemin.

C'est un fier poste que ton grade : Porte-drapeau, mon camarade, Tu tiens la France dans ta main.

Nous irons où tu veux qu'on aille.

Vois cette foule qui tressaille.

Ils sont passés, les jours de pleurs.

Et, viennent les jours de bataille, Nous irons où tu veux qu'on aille Paire acclamer nos trois couleurs.

P. DSBOULÂDB.

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LE LAPIN DE Ll FONTAINE

Je m'étais ennuyé longtemps, et j'en avais ennuyé bien d'autres. Je voulus aller m'enouyer tout seul. J'ai une fort belle forêt ; j'y allai un jour, ou, pour mieux dire, un soir, pour tirer un lapin. C'était l'heure de l'affût. Quantité de lapereaux paraissaient, disparaissaient, se grattaient le nez, faisaient taille bonds, mille tours, mais toujours si vite que je n'avais paa le temps de lâcher mon coup. Un ancien, d'un poil un peu plus gris, d'une allure plus posée, parut tout d'un coup au bord de son terrier. Après avoir fait sa toilette tout à son aise (car c'est de là qu'on dit : Propre comme un lapin), voyant que je le tenais au bout de mon fusil : " Tire donc ! me dit-il ; qu'attends-tul" Oh! je vous avoue que je fus saisi d'étonnernent. . .Je n'avais jamais tiré qu'à la guerre sur des animaux qui parlent " Je n'en ferai rien, lui dis-je ; tu es sorcier, ou je meure. — Moi ! point du tout, me répondit-il ; je suis un vieux lapin de La Fontaine." Oh! pour. le coup, je tombai de mon haut Je me mis à ses petits pieds : je lui demandai mille pardons et lui fis des reproches de ce qu'il s'était exposé. "Eh ! d'où vient cet ennui de vivreî — De tout ce que je vois. — Ah! bon Dieu, a'avez-vouspasiemême thym et le même serpolet I — Oui. Mais ce ne sont plus les mêmes gens. Si tu savais avec qui je suis obligé de passer ma vie ! Hélaa ! ce ne sont plus les bêtes de mon temps. Ce sont de petits lapins musqués qui cherchent des fleurs. Us veulent se nourrir de roses, au lieu d'une bonne feuille de chou qui nous suffisait autrefois Ce sont des lapins géomètres, politiques, philosophes ; que sais-je ï d'autres qui ne parlent qu'allemand, d'autres qui parlent un français que je n'entends pas davantage. Sije sors de mon trou pour passer chez quelque gent voisine, c'est de même ; je ne comprends plus personne. Les bêtes d'aujourd'hui ont tant d'esprit! Enfin, vous le dirai-jeî àforced'enavoir, ilsen ont si peu, que notre vieux âne en avait davantage que les singes de ce temps-ci." Je priai mon lapin de ne plus avoir d'humeur, et je lui dis que j'aurais soin de lui et de ses camarades, s'il

D,gt,,-erihyGOOgle

s'en trouvait encore. Il me promit de me dire ce qu'il disait à La Fontaine, et de me mener chez ses vieax amis. Il m'y mena en e£Fet. Sa grenouille, qui u'ét^it pas tout à fait morte, quoiqu'il l'eût dit, était de la plus grande modestie, en comparaison des autres animaux que nous voyons tous les jours; se» crapauds, ses cigales chantaient mieux que nos rossignols ; ses loups valaient mieux que nos moutons. Adieu, petit lapin, je vais retourner dnns mes bois, à mes champs et à mon verger. J'élèverai une statue.à La Fontaine, et je passerai ma vie avec les bétes de ce bonhomme.

Le Fbinc£ de Liose.

&PBE8 LA BATAILLE

Mon {lère, ce héros au sourire si doux,

Buivi d'un seul housard, qu'il aimait entre tous

Pour iti grande bravoure et pour sa haute taille.

Parcourait ^ cheval, le soir d'une bataille.

Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.

Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruït.

C'était un espagnol de l'armée en déroute.

Qui se traînait sanglant sur le bord de la routé,

Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié,

£t qui disait : " Â boire, k boire par pitié ! "

Mon père, ému, tendit à son housard fidèle

Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,

Et dit : " Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé."

Tout À coup, au moment oii le housard baissé

Se |)enchait vers lui, l'homme, une espèce de maure,

Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,

Et vise au front mon père, en criant: " Caramba! "

Le coup jMssa ai près que le chapeau tomba

Et que te cheval fit un écart en arrière.

'' Donne-lui tout de même il boire," dit mon père.

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