LA CHANSON DU FER
Le Fer est posé sur l’enclume, Et, prêt au labeur journalier, Déjà le forgeron allume
Le feu rouge de l'atelier;
Puis, joyeux, l'ouvrier commence La chanson qu'il dit en cadence, Au bruit du marteau régulier :
“ O Fer! tu possèdes une âme, Car j'entends souvent ton sanglot!
Quand tu sortiras de la flamme, Ici-bas, quel sera ton lot. ne —Forgeron! que ma voix réponde!
Tu forges le malheur du monde...
La guerre éclatera bientôt.
es ot — est
érant quelle aspire mense ément aussi, rd’hui, que le encon- ; ponrhes de nent la
'PÉE.
MORCEAUX CHOISIS
“O Fer! une moisson parue
D'un pays solde la rançon :
Te mettra-t-on à la charrue
Comme soc ou comme étançon?. . .” —Forgeron! l'erreur est vulgaire:
Tu forges la faux de la guerre
Qui détruira toute moisson.
“O Fer! seras-tu Ja croix sainte Où Dieu saigne éternellement,
Que les mères, folles de crainte, N'implorent jamais vainement? . .” —Forgeron! Pourquoi ces chimères?
Tu forges les larmes des mères
Qui suppliront le ciel clément.
“© Fer! sois clocher de village!
Le temps est clair, l'air embaumé.…
Tu chanteras dans un nuage
Le doux retour du mois Je mai!” —Forgéron! lorient frissonne!
Tu forges le’ battant qui sonne
Le long tocsin de l'opprimé.
“O Fer! tu serviras sans doute
Au savant qui trace un chemin, Pour faire une nouvelle route‘ Ouverte à tout le genre humain!,, ,” —Forgeron! Diéu seul est le maître.
Tu forges un boulet peut-être,
Qui tûra ce savant demain,
“O Fer! dans sa bonté profonde, Dieu te garde un destin plus beau :
Au nouveau-né qui vient av monde,
«Tu pourras servir de berceeu!.. ,”
—Forgeron! la bataille est proche ; Hélas! tu forges la pioche Qui creusera plus d’un tombeau.
Az8Eer DeLprr.
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