‹ Manuel de la parole [microforme]Chapitre 212 sur 222 · LA CHASSE · texte numérisé non relu

LA CHASSE

J'étais encore enfant; un matin, sous Ja tente, Mon père, l'œil en feu, la gorge haletante, Rentra, jeta son arc et ses traits, et me dit: | “Yakoub, par Mahomet! ce canton est maudit :

Chaque nuit, mon troupeau d’un mouton diminue, | La lionne au bercail est encor revenue :

Sur le sable j'ai vu ses pas appesantis.

Sans doute dans quelque antre elle à quelques petits...» Je ne répondis rien; mais, quand sortit mon père, Je pris l'arc et les traits, et, courbé vers Ja terre, Je suivis la lionne. Elle avait traversé Le Nil: au même endroit qu’elle je le Passai ; Elle avait au désert cru me cacher sa fuite : J’entrai dans le désert, ardent à sa Poursuite ; Elle avait, évitant le soleil au zénith, Cherché de l'ombre au pied du grand g De l'antique désert antique sentinelle:

Comme elle fatigué, je m'y couchai comme elle...

phinx de granit,

Comme elle je repris ma course, et jusqu’au soir

Mon pas pressa son pas; puis je cessai d’y voir, Immobile, implorant un seul bruit saisissable

Qui vint à moi, flottant sur cette mer de sable. J'écoutai, retenant mon souffle... Par moments,

On entendait au loin de sourds rugissements ;

Vers eux, comme un serpent, je me glissai dans l'ombre. Sur mon chemin un antre ouvrait sa gueule sombre

Et dans ses profondeurs j'aperçus sans effroi

Deux yeux étincelants qui se fixaient sur moi.

Je n'avais pas besoin ni de bruit ni de trace:

Car la lionne et moi, nous étions face à face.

Ah! ce fut un combat terrible, hasardeux,

Où l’homme et le lion rugissaient tous les deux.

Mais les rugissements de l’un d’eux s'éteignirent. .. Puis du sang de l’un d’eux les sables se teignirent.

Et, quand revint le jour, il éclaira d’abord

Un enfant qui dormait auprès d’un lion mort.

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