‹ Manuel de la société de tempérance [microforme]Chapitre 36 sur 53 · EN 1843, | EN · texte numérisé non relu

EN 1843, | EN

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Tinportées...Gallons,| 401,728 | 567,893 | 588,893 | 1,858,44,;

Distillées en Canada,| 800,000 ]1,500,000 |2,500,000 | 4,800,00":

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Voilà six millions six cent cinquante-huit mille quatrcent quatre-vingt-treize gallons de boissons en esprit cepensés en Canada dans le court espace de trois ans!

En supposant qne chaque gallon de ces boissons en esprit ne coûte qu’une piastre, (et il est certain que !à plus grande partie coûte plus) voilà six millions six cvnt cinquante-huit mille quatre cent quatre-vingt-trei:c piastres dépensées par les Canadiens dans l’espace de trois ans pour cet unique objet. Par conséquent, depuis vingt ans, voilà plus de vingt millions de piastres dépensées en Canada pour la boisson ! ! !

Vingt millions de piustres dépensées pour se procurer une chose qui n’a pas contribuë au bonheur d’un seule famille, qui n’a pas inspiré à un seul individu, unc pensée, une action honorable à son auteur, utile à ia patrie, glorieuse à Dieu! Sans compter les blasphêmes, les discordes, les désordres de toute espèce, les vols, lus meurtres, dont la boisson a été la source féconde pur- K

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mi nous, depuis vingt ans ; l’épouvantable dépense qu'il a fallu faire, pour nous procurer les dangereuses jouissances que les boissons donnent, n'est-elle pas un crime affreux qui pèse sur notre malheureux pays? S'il y a des crimes pour les nations comme pour les individus, assurément celui-là en est un. Si on eut jeté cette somme à la mer, on aurait certainement commis une grande faute; mais notre pêché n'est-il pas mille fois moins ptrdonnable d’avoir employé une si prodigieuse quantité d'argent à nous procurer une chose qui a fait commettre des milliers de crimes, sans faire produire un seul acte de vertu ; qui à causé la perte éternelle d’une foule de malheureux, sans avoir jamais contribué au salut de personne; qui a ruiné de fond en comble des milliers de familles, sans avoir jamais ajouté au bonheur d'aucune ; qui a abrégé la vie à une foule innombrable de nos frères, sans avoir jamais ajouté un jour à l'existence de personne !

Ne mériterait-il pas l’exécration de Dieu et des hommes, le peuple dont tous les chefs de familles, d’un commun accord, arracheraient, tous les vingt ans, vingt millions de piastres à leur pauvres enfans, pour les jeter au fond de la mer ? Une pareille action ne seraitelle pas aussi criminelle qu’insensée ? Et sommes-nous moins coupables, moins insensés, nous qui, depuis vingt aus, avons arraché des mains de nos enfans, de nos neveux, cette énorme somme, non pas pour la jeter à la mer, où elle n'aurait fait de mal à personne, mais pour en acheter un breuvage destructeur de tout ce qui est bexu et bon dans l’homme?

Quel bien n’aurait-on pas pu faire si on eut voulu utiliser une pareille somme ! Que de jeunes gens auraient pu être établis: que de forêts encore incultes et sauvages, auraient été converties, depuis vingt ans, en champs fertiles et couverts de moissons, avec vingt miliions de piastres! Que de terres où on ne voit encore aujourd'hui que des ours et des loups, se verraient couvertes Ge jeunes familles qui seraient aujourd’hui le soutien, la force de la patrie, l'honneur et l'espoir de la religion! |

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Voyez-vous ces terres immenses et fertiles, vers lesquelles se dirige, tous les ans, de toutes les parties de l'Angleterre, de l’Ecosse et de l'Irlande, une population frugale et laborieuse ? Pourquoi les Canadiens n’ontils pas été les premiers à acquérir ces terres, pour y établir leurs enfans: pourquoi se laïissent-ils ainsi, tous Jes jours, cerncr ct déborder par une population étrangère qui finira tôt ou tar 1 par tomber sur eux comme le vautour tombe sur sa faible proie ? Ne croyez pas que ce soit le moyen, ni la force qui nous à manqué. Dicu nous a donné vingt millions de piastres depuis vingt ans, c'était plus qu’il ne fallait pour acquérir et cultiver toutes ces terres... Mais nous avons trouvé un moyen plus doux Ge dépenser notre argent: nous avons fêté, traité nos amis, nous avons fait des noces somptueuses, donné de grands repas, nous avons fait la fortune de plusieurs personnes, qui, à leur entrée dans ce pays, n'avaient pour tout bien que la mendicité, et qui roulent aujourd’hui carosse ; ces étrangers ont eu la bonté de nous fournir des boissons de toute espèce, ct par reconnaissance nous leur avons porté le prix de nos sueurs et la plus riche portion des biens que nous avions reçus de nos pères Nous ne pouvons plus établir les enfans : ils ne peuvent rester toujours avec nous, car nos biens sont trop petits pour les partager plus qu’ils ne le sont déjà... Que vont donc devenir ces milliers de jeunes gens, qui étaient l’espoir de la patrie et de la religion? Ce qu’ils vont devenir? Ah! si vous en avez la force, regardez les se séparer de leurs familles par milliers tous les ans, pour aller se mettre en service, devenir valets d’écurie, aller en pêches £ans le Golfe, et s’y émoraliser ; ou, ce qui est encore pis, s’enfoncer dans les forêts du Haut et du Bas-Canada, à la suite de quelques spéculateurs de chantiers, pour en revenir les mains vides, le corps épuisé, mais surtout l’esprit et le cœur gâtés par tous les vices.

Si, au lieu de dépenser ces millions de piastres pour la boisson, on les eut consacrés à l'établissement de notre jeunesse, quels biens incalculables n’en seraientils pas résultés..….…..

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L'éducation languit encore partout : nos institutions publiques ne s'élèvent que lentement, ne se soutiennent qu'avec peine. Quand on parle à notre peuple d'envoyer les enfans à l’école, on reçoit presque partout, pour toute réponse: ‘Nous n’avons pas le moyen.” C’est bien vrai; quand un pauvre peuple a dépensé vingt millions de piastres pour payer les marchands de boissons, il ne peut pas lui rester grand chose pour ses écoles...Mais un pareil état de chose peut-il subsister encore long-tems ? En honneur et en conscience pouvons-nous ainsi prodiguer ‘pour nous procurer une chose presque toujours inutile, souvent nuisible, et toujours dangereuse, les biens que Dieu nous donne dans sa bonté ?” Non, non, c’est impossible : à moins de vouloir notre ruine, notre dégradation comme peuple et comme chrétien, il est tems de s’arrôter.

Ne sommes-nous pas comme l’enfant prodigue, qui après avoir follement dépensé les biens qu’il tenait du meilleur des pères, se trouva bientôt rédui tà la dernière misère, et finit par rechercher la nourriture des plus vils animaux. Le peuple Canadien en est presque venu là: après avoir follement dépensé vingt millions de piastres, on l’a vu réduit, en mille endroits, à une telle pauvreté, qu'il n’a eu pour se nourrir que l’avoine qu'il ne donnait autrefois qu’à ses animaux. C’est un fait qu’on ne peut nier, et dans lequel il est impossible de ne pas voir le bras de Dieu qui nous punit. Mais il ne nous châtie que pour nous faire rentrer dans de meilleures voies ; et voilà pourquoi la divine Providence nous offre, dans la Société de Tern:pérance, un moyen prompt et infaillible de faire cesser les maux que la boisson à fait tomber sur nous.

Quelques calculs faciles nous aideront à comprendre ce que le pays a à gagner, seulement sous le point de vue économique par létablissement de la Société de Tempérance. Supposons que les cent mille membres de cette Société fussent dans l’usage de dépenser, tous les jours, pour la valeur d’un sol de boisson, avant d’é-

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SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCE. 149 tre de cette Société régénératrice; ils dépensaient donc, tous les ans, la somme de trois cent quatre mille cent soixante-siX piastres, qu ils épargnent aujourd’hui! Quand on ne considérerait la Société de Tempérance que sous ce point de vue d'économie, tout Canadien, ami de son pays, ne devrait-il pas se faire un devoir et un honneur d’en devenir un apôtre zélé.

On demande souvent, d’une manière pharisaïque, si c'est un grand péché que de prendre un petit coup, de tems en tems, seul ou avec ses amis? À cela nous répondrons: Dans l’usage des boissons fortes, il y a deux péchés à craindre : le premier est le péché de gourmandise, qui se trouve presque toujours ou du moins très souvent plus ou moins dans celui qui fait usage de boisson forte, sachant qu’elles ne sont propres ni à conserver sa santé, ni à soutenir son corps, et qui n’en boit que parce qu’il les aime; le second péché, qui se rencontre, sinon toujours, au moins très souvent dans l'usage (même le prétendu usage modéré) des boissons fortes, est la dépense inutile.

Par exemple, un homme, qui ne prendrait que pour trois sols de boisson (cela ne lui ferait pas deux verres), tous les jours, ne serait certainement pas coupable du péché d’ivrognerie, une si petite quantité ne pouvant pas l’enivrer ; cependant il aurait dépensé, au bout de l’année, neuf piastres et quinze sols pour cette boisson. Or, nous ne craïignons pas de dire qu’une pareille dépense est excessive et criminelle chez la très grande partie de nos habitans, pour les raisons que nous donnerons plus bas ; et voilà pourquoi, un homme ne pèchera pas gravement sous le rapport de la gourmandise, mais pourra se rendre coupable sous un autre rapport en buvant ses deux ou trois petits verres par jour. Il n’en serait pas ainsi, si Dieu avait laissé chaeun maître de faire ce qu’il veut de son bien ; mais ce n’est pas le cas : et nous rendrons compte, lorsque nous serons jugés, d’un sol mal employé, comme d’une parole dite mal à propos.

La très grande partie de nos habitans sont endettés:; ils sont, ou au moins ils se disent incapables d'envoyer

leurs enfans à l’école; ils ne peuvent prêter la main à une foule de bonnes œuvres qui se feraient tous les jours avec quelque secours; ils n’ont pas le moyen d'établir leurs enfans, ou s'ils les établissent, ce n’est qu’après avoir donné une partie de leur patrimoïne aux marchands de boissons. Nous ne croyons pas exagérer en disant que chacun de nos habitans, (nous parlons des plus sobres,) a dépensé, année commune, entre quinze et vingt piastres de boisson tous les ans, ce qui fait environ trois cent soixante piastres sorties de chaque maison depuis vingt ans; C’est-à-dire, plus qu'il ne faut pour commencer un bel établissement à un jeune homme tant soit peu industrieux. Il en résulte que, depuis vingt ans seulement, au moins cinquante mille jeunes Canadiens ont manqué de s'établir et sont restés dans la misère, parce que leurs parens ont porté leur patrimoine à l’auberge! Et si à cela on ajoute les autres dépenses que cette boisson a entrainées, comme visites, promenades inutiles, tems perdu, maladies, repas, festins, ete, rien de plus certain que l'usage des boissons fortes ne sera pas pour peu de chose dans le poids des iniquités d’une foule despères de familles, même parmi ceux qui ne se seront jamais enivrés.

Nous connaissons deux paroisses, où la Société de Tl'empérance du second ordre avait été établie, et nous tenons de la bouche de MM. leurs Curés, qu’il n’y avait pas, ou presque pas d’ivrognes parmi leuïs paroïssiens; c’est-à-dire qu'ils observaient très bien ce que nos bons habitans appellent la petite tempérance, chose d’ailleurs très-facile. Eh Lien! dans l’une de ces paroisses qui ne compte gucres plus de 1000 ones il s’est dépensé, en 1843, 810 gallons de rum, à 2s. 6d. le gallon; 988 gallons de wi iskey, à 2s. 7d.; et 60 gallons de brandy à 73. Gd.: ce qui fait que ces habitans, qui se disaient et qui se croiaient tempérans, ont dépensé 1,888 gallons de boissons fortes, et qu’il leur a fallu donner plus de mille piastres pour les payer, dans une année où une partie des grains était gelée et une autre partie

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SOCIËÈTÉ DE TEMPÉRANCE. 151 restée sous la neige, sans compter qu’une grande q'an-

tité de patates étaient péries par les froids prématurés.

Cette même année, cette paroisse avait peine à sou-

tenir deux misérables écoles, et n'avait pu donner un

sol à la Propagation de la Foi!

L'autre paroisse compte environ dix-huit cents communians : presque tous ses habitans se sont mis aussi de la petite tempérance : eh bien! ils ont dépensé pour ‘ dix-huit cent quatre-vingt piastres de boissons fortes en l’année 1843!”

Les respectables Merchands qui nous ont fourni ces détails, et qui ont eux-mêmes vendu ces boissons, scnt désolés de voir le peu de sagesse de leurs co-paroissiens, de donner tant d'argent, au milieu de la misère publique, pour se procurer une chose si parfaitement inutile, ou plutôt si féconde en maux de tous genres. *

Ces deux paroïsses réunies (elles sont voisines) ont donc dépensé, daris une seule année, la somme énorme de deux mille huit-cents piastres, pour la boisson ; de sorte que, si elles eussent continué à s’en tenir à leur Société de Tempérance prétendue modérée, ces deux paroisses auraient dépensé, dans vingt ans, l’effrayante somme de cinquante-sept mille six cents piastres.

Ces calculs sont bien propres à nous démontrer que, si la Société de Tempérance du second ordre n’est pas de nature, comme le disait M. le Curé de Québec dans une assemblée publique, à réformer les mœurs et à faire disparaître l’ivrognerie, elle n’est pas de nature non plus à arrêter un autre crime peut-être plus funeste encore: nous voulons dire, le mauvais usage des biens

* C’est avec bonheur que, depuis cette époque, nous avons vu la première de ces deux paroisses s’enrôler généreusement sons les bannières de la Tempérance. Et pour aïder leurs co-faroïssiens à être fidèles à leurs bonnes résoluticns, les principaux Marchands ont pris l'engagement solennel et publie de ne plus importer de boisson. Aussi quels changemens adnirables n’a-t-on par vus parmi ce peuple généreux. Plusieurs belles maisons d'écoles y ont été bâties, soixante-six louis y ont été collectés pour la lropagation de la Foi, et on y jette en ce moment les fondations d'une magnifique église, etc,

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que Dieu nous donne.” Car, qui osera dire que chacune de nos paroisses a le droit de dépenser, pour une chose inutile et dangereuse sous tous les rapports, (dans la plus grande partie des circonstances À l'on s’en sert,) les sommes énormes citées plus haut? Or, on peut ( dire que presque toutes les paroisses du Canada, excepté celles où la Société de Tempérance parfaite a été généralement établie, font autant et plus de dépenses pour la boisson, que celles que nous avons citées. Après | | cela nous taxera-t-on d’être outré dans nos principes, si l nous émettons l'opinion que les chefs de familles, qui dépensent de pareilles sommes, n’en ont pas le droit; qu'ils les ravissent d’une manière aussi cruelle qu’insen-

sée à leurs pauvres enfans, dont ils diminuent ct |

ruinent l'héritage ; et à qui ils n'auront à léguer que | f des exemples d'une folle prodigalité et qu’ils en rendront | I un compte sévère à Dieu? Nous blämera-t-on d’éle- t ver notre faible voix, pour dire à nos compatriotes que I Dieu leur a donné du bien pour en faire un plus noble €

usage: que la religion et la raison s'unissent pour nous C avertir qu’il est tems de cesser ces folles dépenses? $Se- | c rons-nous Condamné de conjurer tous nos compatriotes | g d'employer le peu que la Providence leur laisse à ins- | ] truire ieurs enfans, à établir leurs familles, à nourrir l et à vôtir leurs pauvres, à soutenir leurs institutions; f à se servir enfin de ce qu'ils ont pour le plus grand

bien de leur patrie, pour la plus grande gloire de Dieu. t

Pour l’amour de leur pays, que les membres de la t Societé de Tempérance se montrent done partout zélés, ( courageux à détruire autour d'eux, et à bannir de leurs l paroisses, toute espèce de boissons fortes, et que pour a cela ils s'efforcent d'attirer, sous le glorieux étendard de la Société de Tempérance, tout ce qu’il y a, dans leurs localités, d'hommes généreux, à qui un petit 2 sacrifice ne coûtera pas quand il s'agira d’éloigner de D 0 leur pays un des plus grands fléaux dont le ciel l'ait | à jamais visité dans sa colère. l

Oui, à considérer les choses sous leur véritable jour ; q à les peser au poids du sanctuaire, nous pouvous dire I

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qu'un des plus grands fléaux que Dieu, dans son trop juste courroux, ait fait tomber sur nous, a été de laisser introduire parmi nous l’usage de. boissons fortes.

On parle encore avec effroi de ces années de deuil, où le choléra semait partout la désolation et la mort. … Mais, depuis vingt ans, les boissons fortes nous ont fait mille fois plus de mal que le choléra... Elles ont abrégé la vie, et par conséquent causé une mort funeste, p'éma:urée, et souvent plus cruelle, plus prompte que le choléra, à dix fois plus de malheureux : Et tout ce qu'il y a de Médecins respectables en ce pays, sont à pour nous le dire.

Quel est le Canadien qui ne sente son àme comme flétrie, écrasée de peine, en pensant à ceux de nos frères qui sont péris sur l’échafaud; ou qui gémissaient dernièrement, chargés de chaînes, dans la terre d’exil, si loin de leurs familles, si loin &e la patrie? Qui ne déplore en ce moment les malheurs de la guerre civile ? Mais les maux que la guerre civile nous à faits, ne sont rien, si on les compare à ceux que nous ont causés les boissons fortes. La guerre civile, il est vrai, a fait périr sur l’échafaud plusieurs de nos infortunés compatriotes : Mais combien plus grand est le nombre de ceux que la boisson a faits périr de la main du bourreau !

Le nombre des malheureux exilés à la suite de nos troubles politiques fut-il jamais comparable à celui de tant d’infortunés que la boisson a conduits de crime en crime, de prison en prison, jusqu’à ce qu’enfin la patrie les ait chassés loin d’elle, et les ait condamnés, eux aussi, à vivre chargés de chaines pesantes et ignominieuses, et à mourir dans la terre d’exil ?

Entrez dans la prison, et interrogez les nombreuses victimes qu’elle renferme : presque toutes vous diront que le premier pas vers l’abime où elles sont tombées, a été l’usage des boissons fortes.

La plus grande partie des voleurs vous avoueront que la boisson seule est la cause des vols qu'ils ont commis; et que, sans la hardiesse que la boisson donne, ils

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auraient été incapables de commettre les crimes dont ils sont coupables. Pénétrez au fond des noirs et humides cachots ; et si vous y rencontrez un de ces monstres qui a trempé ses mains dans le sang de son frère, et qui va, dans peu de jours, expier son crime par la plus ignominieuse et la plus tragique de toutes les morts ; demandez-lui comment il a pu se décider à commettre un pareil forfait ; et il vous répondra presque toujours, que jamais un pareil maïheur ne lui serait arrivé sil n'avait pas eu l'habitude de boire ; qu’il était échauffé par la boisson lorsqu'il est devenu meurtrier.

Chacun se rappelle la tragique histoire de ces deux jeunes gens qui, il n°y a pas encore bien long-tems, se rencontrèrent après une longue absence : c’étaient des amis d'enfance ; ils avaient voyagé chacun de leur côté et ne s'étaient pas vus depuis plusieurs années ; aussi grande fut la joie de se revoir. Ils se pressent cordialement la main... Mais ils étaient à la porte d’une auberge : on yentre pour se traiter en véritables amis, et célébrer dignement la fête; cliacun fait sa politesse, et la recoit de son ami; lajoic va toujours augmentant, les verres se vident rapidement, et bientôt les voilà à peu près ivres tous les deux. Alors la conversation s’anime ; ils se contredisent, ils se fâchent, îls s’insultent et se frappent sans pitié ; celui qui est le plus ivre des deux tombe : l’autre lui donne un coup de pied sur le côté de la tête, et le tue!

Voici ce qu’on lisait, il n’y a pas long-tems, sur tous les Journaux du pays: ‘Jean Baptiste Rousseau, garcon tailleur, entre chez M, Dubois, aubergiste, près du marché, pour s’y faire faire la barbe. Quelques instans après, un nommé Louis Beaucaire, boucher, et père de famille, quoique jeune encore, entre dans la même auberge, échauffé par la boisson ; il se mit aussitôt à engendrer querelle au premier, contre qui il avait conservé du ressentiment par suite de quelqu’altercation qu’ils avaient eue ensemble autrefois. Rousseau, pour l’apaiser, lui offrit de prendre un verre de boisso" avec lui; ce qui fut accepté, et l'accord parut réta-

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dont ila bli. Mais comme le remède était plus propre à exciiumides ter les passions qu’à les apaiser, quelques momens onstres après, Beaucaire saisit un fer-à-bière qui rougissait à rère, et la porte du poële, et en asséna un si rude coup sur la la plus tête de Rousseau, qu’il l’abattit à ses pieds... Le coup morts ; était mortel, et l’infortuné Rousseau expira le lendemettre main |”?

oujours, Monsieur le Gardien de la prison de Québec, James rivé s'il M'Laren, nous donnait, en 1840, le tableau des peréchautfé sonnes emprisonnées pendant les neuf premiers mois de cette année. Sur 1400 emprisonnemens, plus de 1140 es deux avaient été causés par la boisson. Ce Monsieur tertems, £e minait sa lettre par ces paroles remarquables: ‘ Si la ient des « Société de Tempérance était généralement établie, on leur côté ‘aurait peu besoin de prisons.” S ; aussi Si l’on veut avoir une idée des maux sans nombre t cordia- que la boisson fait à la société, qu’on jette encore un ’une au- coup-d’œil sur les deux tableaux suivans des empriles amis, sonnemens qui ot eu lieu à Montréal en 1845 et 1846, politesse, où l’on a aussi authentiqué ceux causés par la boisson: mentant, —— — RRRREEE p ac

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SVOHE Mois. Nombre d'em- Pro enant de Tionade versation prisonnemens. | l’intempérance.

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li Janvier, 356 158 198 > pied sur Février, 264 123 141

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sur tous Avril 347 203 144 2 à Mai, 545 400 145 VO Juin, 550 359 198 ubergiste, Juillet, 600 371 299 e. Quel- Août, 482 326 156 . boucher Septembre, 451 305 146 * L C 9 a9 ‘e dans la Octobre, 496 314 182 Les | Novembre, 417 271 146 e mit aus- Décembre, 396 205 191 tre qui il DR, RER RENE = | quelqu’al- | Total, 5,277 3,211 2,076 ill Rousseau, Ru ji

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ARRESTATIONS faits par la Police àe la ville de Montréal depuis le ler. Janvier jusqu’au 80 Novembre, 1846, par suite de livrugnerie.

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