PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION
Le Manuel de la Société de Tempérance, malgré les causes nombreuses qui devaient en limiter le succès, a néanmoins obtenu un résultat tel qu’une nouvelle édition est devenue nécessaire. Quatre mille exemplaires se sont répandus dans les familles. Grâce en soit rendue à Dieu et aux hommes de bonne volonté qui ont secondé cette petite œuvre.
Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de mettre en tête de cette nouvelle édition, les motifs généraux et étrangers à nos besoins particuliers, qui servent d’introduction à la première édition. Répéter que l’'Irlan”2 doit cet élan sublime qu’elle s’est faite, vers une régénération morale et politique qui l’attend en peu d'années, aux succès providentiels des Sociétés de Tempérance; manifester de nouveau que le Canada, ou tout autre pays dans lequel l'influence des liqueurs enivrantes nuit plus ou moins à la prospérité matérielle comme au salut des peuples, doit diriger tous ses efforts vers ce but important, serait une sorte de hors-d’œuvre, en présence de tant de motifs particuliers et si puissans, qui appellent parmi nous le règne mille fois béni de la Tempérance.
À ne considérer que l’aspect général du pays, au point de vue de la réforme qu’y ont opérée les Sociétés de Tempérance, tout chrétien zélé, tout Canadien éclairé, doit se réjouir, et ne penser plus qu’à favoriser davantage ces heureux commencemens.
Chaque ordre de citoyens a ici son poste à occuper, sa mission à remplir: Prêtres, Magistrats, Pères de Familles, Chefs d’Ateliers, Instituteurs de la Jeunesse, Pauvres, Riches, Puissans ou hommes de peu d’influence, tous ont à donner la main à une œuvre si grande et déjà débarrassée de ses premiers et de ses plus rudes obstacles. Unité once dans cette sainte croisade! Voyez que de triomphes et de beaux succès déjà remportés, non seulement au point de vue de la prospérité générale du pays, mais au sein des familles, à l'avantage de l’industrie et des intérêts de tout genre. Entrez dans nos maisons canadiennes ; vous y versez à côté du Crucifix, comme gage et symbole de paix et de prospérité, la Carte de la Tempérance. Demandez l’histoire de la famille depuis que cette feuille en décore les appartemens, vous entendrez comme un concert de bénédictions sortir de toutes les bouches: c’est un père qui ne scandalise plus et ne ruine plus sa famille; ce sont des enfans qui s’instruisent, d’autres qui s’établissent, et tous qui remplissent exactement les devoirs sacrés et indispensables du chrétien.
Le Manuel deviendrait une publication périodique et pleine de matières toujours abondantes, s’il avait pour but de tenir compte des heureux effets qui s’opèrent tous les jours, dans la société entière, en vertu de la Tempérance. Qu'il sufise de dire que personne ne doit oublier que si l'éducation populaire, si indispensable parmi nous, a obtenu, aussi elle, des succès longtems désirés, mais toujours entravés d’une manière déplorable, ce bienfait n’est pas étranger à la Tempérance, qui, tarissant la source des fausses ou funestes dépenses, a fait songer chacun à un meilleur emploi
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à parmi nous, que l’opinion publique, le sentiment na-
turel et chrétien ont décidé de concert contre l’intempérance; et que sa paisible rivale est en pleine possession des hommages les plus sincères, comme des sacrifices les plus généreux. Que de localités où la présence d’un homme ivre n’est plus qu’un souvenir d’un autre tems. Que d’autres où la présence d’un tel homme serait chose moralement impossible, attendu que le désaveu général le forcerait à chercher gîte ailleurs. Semblable au malheureux dont la vic est marquée au coin du crime, il sent qu’il faut une autre terre à qui ne partage plus le sentiment public de l'honneur et du devoir.
Et, si les dettes se paient, si les héritages se conse::vent, si les plus heureuses habitudes d’éconnmie, de travail et de sage conduite se contractent, à qui en est dre 12 gloire, si ce n’est à l4 Tempérance; qui, pour tout dire en un mot, escortée de l'éducation populaire, et de l’agriculture qu’elle seule peut conduire à bonne issue, et appuyée invariablement sur la religion, âme de tout bien, promet évidemment, dans un tems prochain, une ère toute nouvelle à notre Caïrda. Oui, disons-le bien haut, sous le rapport des intérêts religieux, de l'accroissement des vertus et de la soustraction du vice, comme au regard dun bonheur matériel des Canadiens, la preuve est faite en faveur de la Tempérance. Point de contradiction sur ce point; point d’hésitation même. Quiconque cobiecte n’a pas sérieusement observé. Intéressé ou non à rier ou à altérer les faits, il est certain qu’il se trompe s’il prétend
soutenir que la Société de Tempérance n’a pas pris pied, n’a pas droit de bourgeoisie parmi nous, parce qu’elleaurait enrore ses adversaires, ses indifférens, ses faux amis ou même ses apostats. Encore une fois, ceci n’est point un argument, une raison mûrie; c’est une banalité qui n’a point de portée, et qui ne pourrait, après tout, que jeter sur ceux qui seraient tentés d’accréditer ces objections, un louche dont ils seraient loin d’accepter les conséquences, s’ils voulaient les examiner à fond.
Il y a de belles Institutions nées, de nos jours, de l'esprit de Foi, du génie catholique. La Propagation de la Foi, les Associations de Prières pour la conversion des pécheurs, le réveil des âmes pour les œuvres de miséricorde qui laissent après elles des bienfaits éternels: voilà ce qui réjouit et console la religion, au milieu des œuvres méchantes, que le génie du mal inspire, avec une perversité et un acharnement qui semblent prévoir les dernières luttes qu’on lui prépare. Eh bien, secondez les Sociétés de Tempérance, âmes à bonne volonté et à bonnes œuvres; et vous propagez, vous faites renaître une foi vivante dans les cœurs noyés et abrutis de tant de malheureux chrétiens. Secondez la Tempérance; et vous convertissez, par un rouveau moyen, un plus grand nombre de pécheurs; vous réveillez, pour le bien, des àmes jadis sénéreuses, maintenant assoupies du sommeil de la grâce et de l'intelligence. Enfin, secondez la Tempérance, qui que vous soyez; et la religion et l'humanité vous placent parmi vos frères, au rang de bienfaiteurs et d'Apôtres.
Dirons-nous ici de suite que Nos Seigneurs Jes Evêques ont accueilli les Sociétés de Tempérance
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avec le zèle qui les distingue en toute œuvre utile au bien des âmes, et au bien-être général. Comme dans les Confréries les plus saintes, dans les Associations les plus charitables, ces dignes Prélats ont excité le zèle des fidèles, non seulement par leurs exhortations et leurs mandemens, mais même par des indulgences. À qui apprendrions-nous ce qu’en pensent, et ce qu’ont fait pour la Tempérance tous les Evêques de notre Amérique? Nous l'avons dit, nous ne parlons point de l'Irlande. Si jamais cause noble et sainte eut ce caractère d'unité d'esprit et d'efforts qui distingue la charité catholique, ce spectacle, trop rare dans les siècles où nous sommes, a été donné par l'Irlande en faveur de la Tempfrance; et on sait, encore une fois, quels en ont été les fruits.
Maintenant, nous suivrons le plan de la première édition du Manuel: nous ferons d’abord connaître les règles de la Société de Tempérance, dont l’importance et la nature ressortent des termes mêmes de la formule qu’on souscrit, en entrant dans la Société.
Or cette formule, pour être bien comprise et n’être pas une lettre morte, un vain son, exige une attention sérieuse dans toutes ses parties. Pour le chrétien zélé et consciencieux, chacune de ses parties a son poids et ses raisonsgraves, qui l’excitent au bien, ou qui l’y maintiennent. Nous diviserons donc cette formule comme suit:
mpéanité VW 10. Pour l’unour de Jésus, abreuvé de fiel et de teurs vinaigre.