‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 190 sur 514 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Théramène. A peine nous sortions des portes de Trézène, Il était sur son char; ses gardes affligés Imitaient son silence, autour de lui rangés: Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes; Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes. Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix, L'œil morne maintenant et la tète baissée,

PHÈDRE (ACTE Y, SCÈNE Yl). 205

Semblaient 8e conformer à sa triste pensée.

Cq effroyable cri, sorti du fond des flots,

Des airs en ce moment a troublé le repos;

Et da sein de la terre une voix formidable

Répond en gémissant à oe cri redoutable.

Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé;

Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé.

Cependant sur le dos de la plaine liquide

S'élève à gros bouillons une montagne humide;

L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,

Parmi1 des flots d'écume, un monstre furieux.

Son front large est armé de cornes menaçantes;

Tort son corps est couvert d'écaillés jaunissantes;

Icdomptable taureau, dragon impétueux,

Si croupe se recourbe en replis tortueux.

Ses longs mugissements font trembler le rivage.

Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage;

La terre s'en émeut, l'air en est infecté;

Le flot, qui l'apporta, recule épouvanté.

Tout fait; et sans s'armer d'un courage inutile,

Dans le temple voisin chacun cherche un asile.

Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,

Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,

Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sûre,

II loi fût dans le flanc une large blessure.

De rage et de douleur le monstre bondissant

Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant,

Se roule, et leur présente une gueule enflammée,

Qtri les couvre de feu, de sang et de famée.

û frayeur les emporte; et sourds à cette fois,8

Us ne connaissent plus ni le frein ni la voix.

En efforts impuissants leur maître se consume;

0* rougissent le mors d'une sanglante écume.

r>& dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux,

Un dieu qui d'aiguillons pressait leurs flancs poudreux.

A travers les rochers la peur les précipite;

L'essieu crie et se rompt. L'intrépide Hippolyte

Voit voler en éclats tout son char fracassé;

Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.

Excusez ma douleur. Cette image cruelle

Sera pour moi de pleurs une source éternelle.

•Fai vu, 8eigneur, j'ai vu votre malheureux fils

Traîné par les chevaux que sa main a nourris.

II reut les rappeler, et sa voix les effraie;

Us courent Tout sou corps n'est bientôt qu'une plaie.

De nos cris douloureux la plaine retentit.

Lear fougue impétueuse enfin se ralentit:

IIb s'anrMent, non loin de ces tombeaux antiques

(ù des rois ses aïeux sont les froides reliques.

Eu prose: au milieu de flots d'écume. ' Eu prose: Sourdi cttie foi».

J'y cours en soupirant, et sa garde me suit. De son généreux sang la trace nous conduit: Les rochers en sont teints; les ronces dégouttantes Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes. J'arrive, je rappelle, et me tendant la main, Il ouvre un ceÛ mourant, qu'il referme soudain. „Le ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie. Prends soin après ma mort de la triste Aricie. Cher ami, si mon père un jour désabusé Plaint le malheur d'un fils, faussement accusé, Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive, Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive; Qu'il lui rende44 ... A ce mot ce héros expiré N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré, Triste objet, où des dieux triomphe la colère, Et que méconnaîtrait l'œil môme de son père.

Thésée accablé de la perte de son fils, ne veut pas être éclairé sur son innocence ou sa culpabilité. Il craint d'irriter encore sa douleur. Mais Phèdre, avant de mourir du poison qu'elle a pris, vient elle-même s'accuser et rendre un témoignage solennel à l'innocence d'Hippolyte.

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