‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 230 sur 514 · ODES · texte numérisé non relu

ODES

Que deviendront alors, répondez, grands du monde, Que deviendront ces biens où votre espoir se fonde, Et dont vous étalez l'orgueilleuse moisson? Sqjets, amis, parents, tout deviendra stérile; Et, dans ce jour fatal, l'homme à l'homme inutile Se paira1 point à Dieu le prix de sa rançon.

Vous avez vu tomber les plus illustres tètes; Et vous pourriez encore, insensés que vous êtesr Ignorer le tribut que Ton doit à la mort? Non, non, tout doit franchir ce terrible passage: Le riche et l'indigent, l'imprudent et le sage, Sujets à même loi, subissent même sort.

D'avides étrangers, transportés d'allégresse,

ïagloutissent déjà toute cette richesse,

Ces terres, ces palais de vos noms ennoblis.

Et que vous reste-t-il en ces moments suprêmes?

Un sépulcre funèbre, où vos noms, où vous-mêmes

Dans l'éternelle nuit serez ensevelis.

Les hommes, éblouis de leurs honneurs frivoles

Et de leurs vains flatteurs écoutant les paroles,

Ont de ces vérités perdu le souvenir:

P&reQs aux animaux farouches et stupides,

ta lois de leur instinct sont leurs uniques guides.

Et pour eux le présent parait sans avenir.

En précipice affreux devant eux se présente; Xiis toujours leur raison, soumise et complaisante, Ao-devant de leurs yeux met un voile imposteur. Soqs leurs pas cependant s'ouvrent les noirs abîmes, Où la cruelle mort, les prenant pour victimes, Frappe ces vils troupeaux, dont elle est le pasteur.

Là s'anéantiront ces titres magnifiques, Ce pouvoir usurpé, ces ressorts politiques, Dont le juste autrefois sentit le poids fatal: r* qui fit leur bonheur deviendra leur torture; Et Dieu, de sa justice apaisant le murmure, Unera ces méchants au pouvoir infernal.

Justes, ne craignez point le vain pouvoir des hommes; Quelque élevés qu'ils soient, ils sont ce que nous sommes: S] tous êtes mortels, ils le sont comme vous. *<ms avons beau vanter nos grandeurs passagères, H faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères; Et c'est le même Dieu qui nous jugera tous.

1 Licence poétique pour paiera ou payera.

262 JEAK-BAPTISTB ROUSSEAU (WO-1741).

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