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La précision et le coloris du style, joints à la profondeur des pensées, font de ce livre si court et si substantiel un des chefs-d'œuvre de la littérature française. Il est vrai qu'un grand nombre des assertions qu'il renferme, surtout sur les origines et les premiers temps de l'ancienne Borne, ne soutiennent plus aujourd'hui la critique, la science historique ayant fait des progrès immenses, principalement depuis Niebuhr et ses successeurs. Néanmoins les Considérations sont, de tous les ouvrages de Montesquieu, le plus parfait et, à coup sûr. celui qui mérite le plus d'être étudié par la jeunesse.
Après vingt années de méditation, Montesquieu donna, en 1748, la mesure de son génie par V Esprit des Lois, livre remarquable qui a eu un immense succès, quoiqu'on y ait signalé, dès sa publication, de graves défauts. On trouvait que, pour établir certains principes, l'auteur empruntait ses exemples à des voyageurs suspects ou à des livres discrédités, qu'il concluait trop souvent du particulier au général, et qu'il attribuait à l'influence du climat et aux causes physiques des effets de causes purement morales. Quant à la forme, on reprochait avec justice à Montesquieu d'avoir morcelé un même sitfet en petite chapitres qui ont quelquefois des titres insignifiants ou indéterminés, de manquer souvent d'ordre, de sorte que cette œuvre, dont le plan est si vaste, ne parait être en quelque sorte qu'un amas d'admirables fragments. Malgré ces défauts, V Esprit des Lois fût un événement dans l'histoire politique et littéraire, et le dix-huitième siècle n'a pas produit, en France, d'ouvrage plus riche en pensées neuves et en vues profondes.
Montesquieu ne fut pas seulement un grand écrivain, c'était un vrai sage et un homme bienfaisant, mais qui cachait soigneusement ses bienfaits. Une action généreuse, qui ne fut connue que malgré lui et après sa mort, mérite d'être citée. Montesquieu, étant à Marseille, prit un jour une embarcation pour se promener dans le port. Ayant lié conversation avec le jeune homme qui conduisait la barque et qui n'avait pas l'air d'un batelier ordinaire, il apprend que ce jeune homme est joaillier, mais qu'il rame au port tous les dimanches et jours de fête pour ajouter le produit de ce travail à ses autres épargnes et à celles de toute la famille, destinées à racheter son père, retenu esclave à Tétouan, dans l'empire du Maroc. Le célèbre écrivain prend note du nom du prisonnier et de l'endroit où il est captif; il fait payer par le consul de France une somme considérable pour la rançon du Marseillais, qui, rendu aux siens quelques mois après, est tout étonné quand il apprend que ce n'est pas à sa famille, comme on le lui avait dit à Tétouan, mais à un généreux inconnu qu'A doit sa liberté.
Montesquieu, dont la santé était depuis longtemps affaiblie par de longues veilles consacrées au travail, mourut à Paris en 1755, âgé de soixante-six ans.
Nous reproduisons parmi les œuvres de Montesquieu: 1) quelquesunes des Lettres persanes, 2) le sixième chapitre des Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, qui traite de la conduite que les Romains tinrent pour soumettre les peuples, et 3) deux fragments de V Esprit des Lois.
LETTRES PKBSANB8. 301