‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 289 sur 514 · AU ROI DE PBUS8E · texte numérisé non relu

AU ROI DE PBUS8E

Sire, A Moti«rs-TnT«», juillet 1762.

J'ai dit beaucoup de mal de vous; j'en dirai peut-être encore: cependant, chassé de France, de Genève, du canton de Berne, je viens chercher un asile dans vos États.1 Ma faute est peut-être de n'avoir pas commencé par là; cet éloge est de ceux dont vous êtes digne. Sire, je n'ai mérité de vous aucune gr&ce, et je n'en demande pas; maie j'ai cru devoir déclarer à Votre Majesté que j'étais en son pouvoir, et que j'y voulais être; elle peut disposer de moi comme il lui plaira.

1 Dans le canton, alors la principauté de Neuchatel.

DENIS DIDEROT, né à Langres en 1718, était le fils d'un coutelier. De bonne heure il montra des talents hors ligne. Destiné à l'état ecclésiastique, il y renonça bientôt pour se vouer aux lettres et ne tarda pas à se faire connaître par des écrits qui prêchaient le scepticisme en matière de religion et qui lui attirèrent des persécutions et des condamnations. S'étant associé le mathématicien d'Alembert (1717—1788), Voltaire, Housseau et d'autres gens de lettres, il publia Y Encyclopédie, immense ouvrage où toutes les sciences 6ont traitées par articles rangés alphabétiquement, et qui est l'expression la plus fidèle des doctrines du 18* siècle. Diderot donna aussi deux drames d'un genre tout nouveau, le Fifo naturel et le Père de famille, qui n'eurent pas un très grand succès en France, mais qui inaugurèrent en Allemagne le genre du drame bourgeois, dontlffland est le principal représentant. Pendant trois ans, de 1765 à 1767, il rédigea pour Grimm, qui était le correspondant littéraire de plusieurs souverains, un compte-rendu des Salons,1 qui est demeuré le modèle du genre, et qui est l'un des principaux titres de l'auteur à la célébrité. En 1765, il se vit réduit à vendre sa bibliothèque: l'impératrice de Russie, Catherine II, l'acheta, à condition qu'il continuerait d'en jouir; et, dès ce moment elle se chargea de pourvoir à tous ses besoins. En 1778, Diderot fit un voyage à Saint-Pétersbourg pour visiter sa bienfaitrice. Revenu à Paris, il vécut fort retiré et mourut en 1784. Comme écrivain, Diderot brille par le mouvement, la chaleur, la hardiesse; mais il ne sait pas tempérer son imagination, et il tombe souvent dans la déclamation.

Les ouvrages de Diderot peuvent, encore moins que ceux de J.-J. Rousseau, être analysés et recommandés à de jeunes lecteurs. Nous nous bornons à reproduire un fragment propre à donner une idée de la manière et du style de cet écrivain.

MONTESQUIEU ET CHESTEKETELD.

Le président de Montesquieu3 et milord Ohesterfield3 se rencontrèrent, faisant l'un et l'autre le voyage d'Italie. Ces hommes étaient faits pour se lier promptement; aussi la liaison entre eux fut-elle

1 C'est-à-dire des expositions de tableaux. 2 Voyez page 289.

8 Lord Ohesterfield (1694—1779), connu surtout par ses Lettres à son fUs, écrites avec une élégance remarquable et dans lesquelles il loi donne des conseils sur sa conduite dans le monde.

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