‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 331 sur 514 · MADAME DE STAËL · texte numérisé non relu

MADAME DE STAËL

mal. La foule rompt ses rangs quand les chevaux sont passée, et les suit en tumulte. Us arrivent au palais de Venise, où est le but; et il faut entendre les exclamations des palefreniers dont les chevaux sont vainqueurs! Celui qui avait gagné le premier prix se jeta à genoux devant son cheval, le remercia, et le recommanda à saint Antoine, patron des animaux, avec un enthousiasme aussi sérieux en lui que comique pour les spectateurs.

C'est à la fin du jour, ordinairement, que les courses finissent. Alors commence un autre genre d'amusement beaucoup moins pittoresque, mais aussi très bruyant. Les fenêtres sont illuminées. Lies gardes abandonnent leur poste, pour se mêler eux-mêmes à la joie générale. Chacun prend alors un petit flambeau appelé moccolo^ et Ton cherche mutuellement à se l'éteindre, en répétant le mot ammazzare (tuer), avec une vivacité redoutable. Che la bklla fbincifkssa sia ammazzata! che il signoee abbate su ammazzato! (Que la bette princesse soit tuée, que le seigneur abbé soit tué!) crie-t-on d'un bout de la rue à l'autre. La foule rassurée, parce qu'à cette heure on interdît les chevaux et les voitures, se précipite de tous les côtés; enfin, il n'y a plus d'autre plaisir que le tumulte et l'étourdissement. Cependant la nuit s'avance; le bruit cesse par degrés, le plus profond silence lui succède; et il ne reste plus de cette soirée que l'idée d'un songe confus, qui, changeant l'existence de chacun en un rêve, a fait oublier pour un moment au peuple ses travaux, aux savants leurs études, aux grands seigneurs leur oisiveté.

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