LES BOTNE8 D' ATHÈNES EN
Enfin, le grand jour de notre entrée à Athènes se leva. Le 23, à trois heures du matin, nous étions tous à cheval; nous commençâmes à défiler en slleL&e par la voie Sacrée:1 je puis assurer que l'initié le plus dévot à Oérès n'a jamais éprouvé un transport aussi vif que le mien. Nous avions mis nos beaux habits pour la fête; le janissaire mit retourné son turban, et par extraordinaire, on avait frotté et pansé les chevaux. Nous traversâmes le lit d'un torrent appelé Saranta-Pûfamo ou les Quarante Fleuves, probablement le Géphise Éleusinien: nous vîmes quelques débris d'églises chrétiennes. D'autres raines nous annoncèrent les monuments d'Eumolpe et d'Hippothoon;* nous trouvâmes les rhiti ou les courants d'eau salée: c'était là que, pendant les fêtes d'Eleusis, les gens du peuple insultaient les passants, en mémoire des injures qu'une vieille femme avait dites autrefois à Cérèe. De là passant au fond, ou au point extrême du canal de Salamine, nous nous engageâmes dans le défilé que forment le mbnt Parnès et le mont ^Egalée: cette partie de la voie Sacrée s'appelait fe Mystique. Nous aperçûmes le monastère de Daphné, bâti sur les débris du temple d'Apollon, et dont l'église est une des plus anciennes de l'Attaque. Un peu plus loin, nous remarquâmes quelques restes
1 La route d'Eleusis, où Ton voit encore aujourd'hui par-ci par-là, du» le rocher, l'empreinte des roues des chars qui y passaient pendant la célébration des fêtes.
2 Eumolpe, roi mythique d'Eleusis; Hippothoon, héros athénien. C Plot», Manuel de Littérature française. 10e éd. 29
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du temple de Vénus. Enfin le défilé commence à s'élargir; nous tournons autour du mont Pœcile, placé au milieu du chemin, comme pour masquer le tableau ; et tout à coup nous découvrons la plaine d' Athènes.
Lesvoyageurs qui visitent la ville deCécrops arrivent ordinairement par le Pirée ou par la route de Négrepont.1 Us perdent alors m» partie du spectacle, car on n'aperçoit que la citadelle quand on vient de la mer; et l'Anchesme coupe la perspective quand on descend de TEubée. Mon étoile m'avait amené par le véritable chemin pour voir Athènes dans toute sa gloire.
La première chose qui frappa mes yeux, ce fût la citadelle éclairée du soleil levant: elle était juste en face de moi, de l'autre o6té de la plaine et semblait appuyée sur le mont Hymette, qui faisait le fond du tableau. Elle présentait, dans un assemblage confus, les chapiteaux des Propylées, les colonnes du Parthénon et du temple d'Érechthée, les embrasures d'une muraille chargée de canons, les débris gothiques des chrétiens et les masures des musulmans.
Deux petites collines, l'Anchesme et le Musée, s'élevaient an nord et au midi de l'Acropole. Entre ces deux collines et an pied de l'Acropole, Athènes se montrait à moi: ses toits aplatis, entremêlés de minarets, de cyprès, de ruines, de colonnes isolées; les dôme6 de tes mosquées couronnées par de gros nids de cigognes, faisaient un effet agréable aux rayons du soleil. Mais si l'on reconnaissait encore Athènes à ses débris, on voyait aussi à l'ensemble de son architecture et au caractère général des monuments, que la ville de Minerve n'était plus habitée par son peuple.*
Une enceinte de montagnes, qui se termine à la mer, forme la plaine ou le bassin d'Athènes. Du point où je voyais cette plaine au mont Pœcile, elle paraissait divisée en trois bandes ou régions, courant dans une direction parallèle du nord au midi. La première de ces régions, et la plus voisine de moi, était inculte et couverte de bruyères; la seconde offrait un terrain labouré, où l'on venait de faire la moisson; la troisième présentait un long bois d'oliviers qui s'étendait un peu oirculairement depuis les sources de l'Hissus, en passant au pied de l'Anchesme, jusque vers le port de Phalère. Le Géphise coule dans cette forêt, qui, par sa vieillesse, semble descendre de l'olivier que Minerve fit sortir de la terre. L'Hissus a son lit desséché de l'autre côte d'Athènes, entre le mont Hymette et la ville. La plame n'est pas parfaitement uxde: une petite chaîne de collines détachées du mont Hymette en surmonte le niveau, et forme les différentes hauteurs sur lesquelles Athènes plaça peu à peu ses monuments.
1 Négrepont (Negroponte), nom que les Italiens ont donné à 111e dUSubée, et qu'elle a porté aussi longtemps qu'a duré la domination des Turcs.
8 On sait qu'après que la Grèce eut recouvré son indépendance, la ville d'Athènes devint la capitale du nouveau royaume. La ville moderne a donc changé et s'est beaucoup agrandie depuis le temps où elle firt visitée par 1 illustre voyageur. Athènes a maintenant 86 000 habitant! à peu près, quelques rues bien alignées, deux beaux édifices modernes, le château royal et l'université, avec quelques jolies maisons particulières; les mosquées avec leurs minarets ont été remplacées par des églises grecques. Mais, à ces changements près, elle offre en général le même aspect que du temps de Chateaubriand.
1TINÉIUIBB DE PAMS A JÉBOSALSM. 451
Ce n'est pas dans le premier moment d'une émotion très rive que Ton jouit le pins de ses sentiments. Je m'avançais vers Athènes arec une espèce de plaisir qui m'ôtait le pouvoir de la réflexion; non que j'éprouvasse quelque chose de semblable à ce que j'avais senti à la vue de Lacédémone. Sparte et Athènes ont conservé jusque dans leurs ruines leurs différents caractères: celles de la première sont tristes, graves et solitaires: celles de la seconde sont riantes, légères, habitées. A l'aspect de la patrie de Lycurgue, toutes les pensées deviennent sérieuses, mâles et profondes ; l'âme fortifiée semble s'élever et s'agrandir; devant la ville de Solon, on est comme enchanté par les prestiges du génie; on a l'idée de la perfection de l'homme considéré comme un être intelligent et immortel. Les hauts sentiments de la nature humaine prenaient à Athènes quelque chose d'élégant quTls n'avaient point à Sparte. L'amour de la patrie et de la liberté n'était point pour les Athéniens un instinct aveugle, mais un sentiment éclairé, fondé sur ce goût du beau dans tous les genres, que te ciel leur avait si libéralement départi, enfin, en passant des ruines de Lacédémone aux ruines d'Athènes, je sentis que j'aurais voulu mourir avec Léonidas et vivre avec Périclès.
Des trois bandes ou régions qui divisaient devant nous la plaine d'Athènes, nous traversâmes rapidement les deux premières, la région inculte et la région cultivée. On ne voit plus sur cette partie de la route le monument du Rhodien; mais on aperçoit des débris de quelques églises. Nous entrâmes dans le bois d'oliviers: avant d'arriver an Céphise, on trouvait deux tombeaux, et un autel de Jupiter l'Indulgent. Nous distinguâmes bientôt le lit du Céphise entre les troncs des oliviers qui le bordaient comme de vieux saules: je mis pied à terre pour saluer le fleuve et pour boire de son eau: j'en trouvai tout juste ce qu'il m'en fallait dans un creux sous la rive; le reste avait été détourné plus haut, pour arroser les plantations d'oliviers. Je me suis toujours fait un plaisir de boire de l'eau des rivières célèbres que j'ai panées dans ma vie: ainsi j'ai bu des eaux du Mississipi, de la Tamise, du Rhin, du Pô, du Tibre, de l'Eurotas, du Oéphise, de l'Hermus, du Oranique, du Jourdain, du Nil, du Tage et de l'Bbre. Que d'hommes au bord de ces fleuves peuvent dire comme les Israélites: Sêdimuê et flemmus.
J'aperçus à quelque distance, sur ma gauche, les débris du pont que Xénodès de Linde avait fait bâtir sur le Céphise. Je remontai & cheval, et je ne cherchai point à voir le figuier sacré, l'autel de Zéphiro, la colonne d'Antémocrite; car le chemin moderne ne suit plus tas cet endroit l'ancienne voie Sacrée. En sortant du bois d'oliviers boos trouvâmes un jardin environné de murs, et qui occupe à peu près la place du Céramique extérieur.1 Nous mîmes une demi-heure pour nous rendre à Athènes, à travers un champ de froment. Un mur moderne, nouvellement réparé, et ressemblant à un mur de jardin renferme la ville.9 Nous en franchîmes la porte et nous pénétrâmes
1 Céramique (Kêçauêméç), proprement le marché aux pots, grande place d'Athènes; dans le Céramique extérieur on enterrait les Athéniens aorte «a combattant contre l'ennemi.
1 Ce mur a été abattu. L'Athènes de nos jours est une ville ouverte.
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dans de petites rues champêtres, fraîches et assez propres; chaque maison a son jardin planté d'orangers et de figuiers. Le peuple me parut gai et curieux et n'avait point l'air abattu des Moreftes. On nous enseigna la maison du consul.
En sortant du milieu de l'Athènes moderne, et marchant
droit au couchant, les maisons commencent à s'écarter les unes des autres; ensuite viennent de grands espaces vides, les uns compris dan* le mur de clôture, les autres en dehors de ce mur: c'est dans ces espaces abandonnés que Ton trouve le temple de Thésée, le Pnyx, et l'Aréopage. Je ne décrirai point le premier, qui est décrit partout, et qui ressemble assez au Parthénon. Oe temple est, au reste, le monument le mieux conservé à Athènes: après avoir longtemps été une église sous l'invocation de saint Georges, il sert aujourd'hui de magasin.1
L'Aréopage était placé sur une éminence à l'occident de la citadelle. On comprend à peine comment on a pu construire, sur le rocher où l'on voit des ruines, un monument de quelque étendue. Use petite vallée appelée, dans l'ancienne Athènes, Codé (le creux), sépare la colline de l'Aréopage de la colline du Pnyx et de la colline de la citadelle. On montrait dans le Cœlé les tombeaux des deux Qimoit de Thucydide et d'Hérodote. Le Pnyx, où les Athéniens tenaient d'abord leurs assemblées publiques, est une esplanade pratiquée sur une roche escarpée, au revers du Lycabettus. Un mur composé de pierres énormes soutient cette esplanade du côté du nord; au midi s'élève une tribune creusée dans le roc même, et Ton y monte par quatre degrés également taillés dans la pierre. Je remarque ceci, parce que les anciens voyageurs n'ont pas bien connu la forme du Pnyx. Lord Elgin a fait depuis peu d'années désencombrer cette colline, et c'est à lui qu'on doit la découverte des degrés. Comme on n'est pas là tout à fait à la cime du rocher, on n'aperçoit la mer qu'en montant au-dessus de la tribune: on ôtait ainsi au peuple la vue du Pirée, afin que des orateurs factieux ne le jetassent pas dans des entreprises téméraires, à l'aspect de sa puissance et de ses vaisseaux.
Les Athéniens étaient rangés sur l'esplanade entre le mur circulaire que j'ai indiquée au nord, et la tribune au midi.
C'était donc à cette tribune que Périclès, Alcibiade et Démosthènes firent entendre leur voix; que Socrate et Phocion parlèrent au peuple le plus léger et le plus spirituel de la terre? C'était donc là que se sont commises tant d'injustices, que tant de décrets iniques ou cruels ont été prononcés? Oe fût peut-être ce lieu qui vit bannir Aristide, triompher Mélitus, condamner à mort la population entière d'une ville, vouer un peuple entier à l'esclavage? Mais aussi oe fut là que de grands citoyens firent éclater leurs généreux accents contre les tyrans de leur patrie, que la justice triompha, que la vérité Ait écoutée.
Le jour n'était pas encore à sa fin: nous passâmes du
Pnyx à la colline du Musée.3 On sait que cette colline est couronnée
1 Aujourd'hui on s'en sert pour y mettre à l'abri les statues et d'autres antiquités que Ton trouve dans les fouilles.
2 Le Musée (Mowceîoy), proprement le nom d'un édifice situé sur une colline qui prit aussi le nom de Musée, près du prétendu tombeau du poète mythique Musée (Movaafrç).
ITOrtBAIBÏ DE PABI8 A JÉRUSALEM. 463
mit le monument de Philopappus, monument d'un mauvais goût; mais l'est le mort et non le tombeau qui mérite ici l'attention du voyageur. 3et obscur Philopappus, dont le sépulcre se voit de si loin, vivait •:ou8 Trajan. Pausanias ne daigne pas le nommer et l'appelle un Syrien. On voit, dans l'inscription de sa statue, qu'il était de Bésa, bourgade de F Attaque. Eh bien! ce Philopappus s'appelait Antiochus PkSopappus; c'était le légitime héritier de la couronne de Syrie! Pompée avait transporté à Athènes les descendants du roi Antiochus; et ils y étaient devenus de simples citoyens. Je ne sais si les Athéniens comblés des bienfaits d' Antiochus, compatirent aux maux de sa famille détrônée; mais il parait que ce Philopappus fut au moins consul désigné. La fortune, en le faisant citoyen d'Athènes et consul de Rome à une époque où ces deux titres n'étaient plus rien, semblait vouloir se jouer encore de ce monarque déshérité, le consoler d'un songe par un songe, et montrer sur une seule tète qu'elle se rit également de la majesté des peuples et de celle des rois.
Le monument de Philopappus nous servit comme d'observatoire pour contempler d'autres vanités. M. Fauvel1 m'indiqua les divers endroits par où passaient les murs de l'ancienne ville; il me fit voir les ruines du théâtre de Bacchus, au pied de la citadelle, le lit desséché de l'llis8us, la mer sans vaisseaux, et les ports déserts de Phaière, de Munychie et du Pirée.
Nous entrâmes ensuite dans Athènes: il était nuit; le consul envoya prévenir le commandant de la citadelle que nous y monterions le lendemain, avant le lever du soleil.
Le lendemain 24, à quatre heures et demie du matin, nous
montâmes à la citadelle: son sommet est environné de murs, moitié antiques, moitié modernes; d'autres murs circulaient autrefois autour de sa base. Dans l'espace que renferment ces murs se trouvent d'abord les restes des Propylées et les débris du temple de la Victoire.2 Derrière les Propylées, à gauche, vers la ville, on voit ensuite le Pandroséum et le double temple de Neptune Erechthée et de Minerve Pohas; enfin sur le point le plus éminent de l'Acropole, s'élève le temple de Minerve.3 Le reste de l'espace est obstrué par les décombres des bfttiments anciens et nouveaux, et par les tentes, les armes et les baraques des Turcs.
Le rocher de la citadelle peut avoir à son sommet huit cents pieds de long sur quatre cents de large; sa forme est à peu près celle d'un T>vale, dont l'ellipse irait en se rétrécissant du côté du mont Hymette: on dirait un piédestal taillé tout exprès pour porter les magnifiques édifices qui le couronnaient.
La première chose qui vous frappe dans les monuments d'Athènes, c'est la belle couleur de ces monuments. Dans nos climats, sous une atmosphère chargée de fumée et de pluie, la pierre du blanc le plus
1 Le consul de France.
2 Les débris de ce charmant petit monument ont été recueillis avec soin, et le temple de la Victoire (Nùnj) est à présent rétabli sur la place <rà il se trouvait jadis.
3 Le Parthénon (du grec naç&éyoç, vierge), bâti du temps de Pénclès, par les architectes Ictinus et Càllicrate. Phidias donna le dessin des sculptures.
454 chatiaubbiand çim-ws).
pur devient bientôt noire ou verd&tre. Le ciel clair et le soleil brillant de laOrèce répandent seulement sur le marbre deParoaetduPentéliqueune teinte dorée semblable à celle des épis mûrs, ou des feuilles en automne
La justesse, l'harmonie et la simplicité des proportions attirent ensuite votre admiration. On ne voit point ordre sur ordre, colonne sur colonne, dôme sur dôme. Le temple de Minerve par exemple est ou plutôt était un simple parallélogramme allongé, orné d'un péristyle. d'un pronaos ou portique, et élevé sur trois marches ou degrés qm régnaient tout autour. Ce pronaos occupait à peu près le tiers de la longueur totale de l'édifice: l'intérieur du temple se divisait en deux nefs séparées par un mur, et qui ne recevaient le jour que par la porte: dans Tune on voyait la statue de Minerve, ouvrage de Phidias: dans l'autre, on gardait le trésor des Athéniens. Les colonnes du péristyle et du portique reposaient immédiatement sur les degrés do temple; elles étaient sans bases, cannelées1 et d'ordre dorique; elles avaient quarante-deux pieds de hauteur et dix-sept et demi de tour près du sol; l'entre-colonnement* était de sept pieds quatre pouces; et le monument avait deux cent dix-huit pieds de long, et quatrevingt-dix-huit et demi de large.
Les triglyphes3 de l'ordre dorique marquaient la frise4 du péristyle: des métopes3 ou petits tableaux de marbre à coulisse5 séparaient entre eux les triglyphes. Phidias ou ses élèves avaient sculpté sur ces métopes le combat des Centaures et des Lapithes. Le haut du plan mur du temple, ou la frise de la cella,6 était décorée d'un autre basrelief représentant peut-être la fête des Panathénées.7 Des morceaux de sculpture excellents, mais du siècle d'Adrien, époque du renouvellement de l'art, occupaient les deux frontons du temple.
Tel était ce temple, qui a passé à juste titre pour le chef-d'œuvre de l'architecture chez les anciens et chez les modernes; l'harmonie et la force de toutes ses parties se font encore remarquer dans ses ruines; car on en aurait une très fausse idée, si l'on se représentait seulement un édifice agréable, mais petit, et chargé de ciselures et de festons à notre manière. H y a toujours quelque chose de grôk dans notre architecture, quand nous visons à l'élégance; ou de pesant
1 fatmeftett (mit fflinnen berfeÇen). * (sâulraabftanb.
1 Le triglyphe (£)tetf$ttfe) est un ornement d'architecture, espèce de bossage ((©trinbortyrung) qui offre des rainures profondes et verticales appelées glyphes ou canaux (du grec yXvtp^ gravure); il est composé de deux cannelures au milieu, et de deux demi-cannelures sur les côtés: ce qui en fait trois. Les triglyphes sont séparés par les métopes (du grec fUrtonovi front), intervalles carrés où Ton place ordinairement des ornements tels que vases, trépieds, tètes de génisse ou de bélier, etc.
4 ber gfrie*. 5 à coulisse einpcfdjoben.
• La ceUa était le sanctuaire des temples, où se trouvait ordinairement la statue de la divinité à laquelle le temple était consacré.
7 Les Panathénées (de nàv, tout et W^Vq, Minerve) étaient la pins grande fête des Athéniens. Cette fête était, depuis les temps les plus anciens* le lien commun des habitants de tous les bourgs de l'Attique. La principale cérémonie des grandes Panathénées, qui se célébraient tous le* quatre ans, était une procession solennelle, qui montait aux Propylées de r Acropole par le large escalier, que le célèbre archéologue français Beulé (f 1874) a fait mettre à découvert en 1852.
IXUfÉBAIBE DB PÀMS À JÉEU8ALKM. 455
quand nous prétendons à la majesté. Voyez comme tout est calculé an Parthénon! L'ordre est dorique, et le peu de hauteur de la colonne dans cet ordre tous donne à l'instant l'idée de la durée et de la so- ' Mté; mais cette colonne, qui de plus est sans base, deviendrait trop lourde. Ictînus a recours à son art: il fait la colonne cannelée, et Télève sur des degrés; par ce moyen il introduit presque la légèreté du corinthien dans la gravité dorique. Pour tout ornement vous avez deux frontons et deux frises sculptées. La frise du péristyle se compose de petits tableaux de marbre régulièrement divisés par un triglyphe: à la vérité, chacun de ces tableaux est un chef-d'œuvre; la frise de la cella règne comme un bandeau au haut d'un mur plein et uni: voilà tout, absolument tout.
Par quelle fatalité ces chefs-d'œuvre de l'antiquité, que les
modernes vont admirer si loin et avec tant de fatigues, doivent-ils en partie leur destruction aux modernes? Le Parthénon subsista dans sou entier jusqu'en 1687; les chrétiens le convertirent d'abord en église; et les Turcs, par jalousie des chrétiens le changèrent à leur tour en mosquée. Il faut que des Vénitiens viennent, au milieu des lumières du dix-septième siècle, canonner les monuments de Périclès; ils tirent à boulets rouges sur les Propylées et le temple de Minerve; une bombe tombe sur ce dernier édifice, enfonce la voûte, met le feu a des barils de poudre, et fait sauter en partie un édifice qui honorait moins les faux dieux des Grecs que le génie de l'homme. La ville étant prise, Morosini, dans le dessein d'embellir Venise des débris d'Athènes, vent descendre les statues du fronton du Parthénon, et les brise. Un autre moderne vient d'achever, par amour des arts, la destruction que les Vénitiens avaient commencée.1
Nous employâmes la matinée entière à visiter la citadelle.
Les Turcs avaient autrefois accolé le minaret d'une mosquée au portique du Parthénon. Nous montâmes par l'escalier à moitié détruit de ce minaret; nous nous assîmes sur une partie brisée de la frise du temple, et nous promenâmes nos regards autour de nous. Nous avions le mont Hymette à l'est, le Pentélique au nord, le Parnès au nord-ouest; les monts Icare, Corydallus ou ^Egalée à l'ouest, et pardessus le premier on apercevait la cime du Oithéron; au sud-ouest et au midi on voyait la mer, le Pirée, les côtes de Salamine, d'Égine, d'Épidanre et la Citadelle de Oorinthe.
Au-dessous de nous, dans le bassin dont je viens de décrire la circonférence, on distinguait les collines et la plupart des monuments d'Athènes; au sud-ouest, la colline du Musée avec le tombeau de Pbilopappus; à l'ouest, les rochers de l'Aréopage, du Pnyx et du Lycabettus; au nord, le petit mont Anchesme, et à l'est les hauteurs qui dominent le Stade. Au pied même de la citadelle, on voyait les débris du théâtre de Bacchus et d'Hérode Atticus. A la gauche de ces débris venaient les grandes colonnes isolées du temple de Jupiter Olympien; plus loin encore, en tirant vers le nord-est, on apercevait l'enceinte du Lycée, le cours de l'Hissus, le Stade, et un temple de
i Lord Bkin, qui a fait transporter à Londres les bas-reliefs de la frise dn Parthénon et la nlus belle des quatre cariatides du Pandroseum. On l«s voit au Britiêh Mu»ewn.
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Diane ou de Gérés. Dans la partie de l'ouest et du nord-oueet, vers le grand bois d'oliviers, H. Fauvel me montrait la place du Céramique extérieur, de l'Académie, et de son chemin bordé de tombeaux. Enfin dans la vallée formée par l'Anchesme et la citadelle, on découvrait la ville moderne.
Il faut maintenant se figurer tout cet espace tantôt nu et couvert d'une bruyère jaune, tantôt coupé par des bouquets d'oliviers, par des carrés d'orge, par des sillons de vignes: il faut se représenter des fûts de colonnes et des bouts de ruines anciennes et modernes, sortant du milieu de ces cultures; des murs blanchis et des clôtures de jardins traversant les champs: il faut répandre dans la campagne des Albanaises qui tirent de l'eau ou qui lavent à des puits les robes des Turcs; des paysans qui vcjnt et viennent, conduisant des ânes» ou portant sur leur dos des provisions à la ville: il faut supposer toutes ces montagnes dont les noms sont si beaux, toutes ces ruines si célèbre^ toutes ces lies, toutes ces mers non moins fameuses, éclairées d'une lumière éclatante. J'ai vu, du haut de l'Acropole, le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette: les corneilles qui nichent autour de la citadelle, mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaient au-dessous de nous; leurs ailes noires et lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du jour; des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans l'ombre le long .des flancs de l'Hymette et annonçaient les parcs ou les chalets des abeilles; Athènes, l'Acropole et les débris du Parthénon se coloraient de la plus belle teinte de la fleur du pêcher, les sculptures de Phidias, frappées horizontalement d'un rayon d'or, s'animaient et semblaient se mouvoir sur le marbre par la mobilité des ombres du relief; au loin, la mer et le Pirée étaient tout blancs de lumière; et la citadelle de Corinthe, renvoyant l'éclat du jour nouveau, brillait sur l'horizon du couchant, comme un rocher de pourpre et de feu.
Du lieu où nous étions placés, nous aurions pu voir, dans les beaux jours d'Athènes, les flottes sortir du Pirée pour combattre l'ennemi ou pour se rendre aux fêtes de Délos; nous aurions pu entendre éclater au théâtre de Bacchus les douleurs d'Œdipe, de Philoctète et d'Hécube; nous aurions pu ouïr les applaudissements des citoyens au discours de Démosthène. Mais, hélas! aucun son ne frappait notre oreille. A peine quelques cris échappés à une populace esclave sortaient par intervalles de ces murs, qui retentirent si longtemps de la voix d'un peuple libre. Je me disais, pour me consoler, ce qu'il faut se dire sans cesse: Tout passe, tout finit dans ce monde. Où sont allés les génies divins qui élevèrent le temple sur les débris duquel j'étais assis? Ce soleil, qui peut-être éclairait les derniers soupirs de la pauvre fille de Mégare, avait vu mourir la brillante Aspasie. Ce tableau de l'Attique, ce spectacle que je contemplais, avait été contemplé par des yeux fermés depuis deux mille ans. Je passerai à mon tour: d'autres hommes aussi fugitifs que moi viendront faire les mêmes réflexions sur les mêmes ruines. Notre vie et notre oœur sont entre les mains de Dieu: laissons-le donc disposer de l'une comme de l'autre.