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BÉRANGER

PlEKRE-JEAN DE BÉRANGER naquit à Paris en 1780. 11 descendait d'une ancienne famille de militaires qui, tombée dans la pauvreté, portait avec un certain orgueil la particule nobiliaire, dont le poète s'est beaucoup moqué, mais qu'il a pourtant conservée. Le jeune Béranger fut élevé très modestement, d'abord chez son grand-père, tailleur à Paris, puis chez sa tante qui tenait une auberge à Péronne. Là il lut quelques classiques français, Fénelon, Racine et Voltaire; le dernier surtout exerça une grande influence sur l'esprit du jeune homme. A quatorze ans, il entra en apprentissage chez un imprimeur qui lui donna les premières notions d'orthographe et de grammaire. En même temps il suivait, à Péronne, les cours de l'Institut patriotique, organisé suivant les idées de J.-J. Rousseau,9 et y recevait une éducation toute républicaine.

A l'âge de seize ans, Béranger revint à Paris, où son père avait fondé une maison de banque. Il y fit preuve de capacité; mais déjà sa vocation poétique commençait à se déclarer, et il s'essayait dans différents genres de poésies.

Les premières chansons de Béranger remontent à l'époque de l'expédition de Bonaparte en Egypte (1798 — 1799). Quelques années plus tard, le jeune poète, tombé dans la misère, trouva un protecteur dans Lucien Bonaparte,8 frère du premier consul, qui lui abandonna son traitement de membre de l'Institut. En 1809, Béranger entra comme commis expéditionnaire dans les bureaux de l'Université (ministère de l'instruction publique), aux modestes appointements de mille francs. Cette position suffit pour donner au poète la sécurité et la gaieté nécessaires pour composer des chansons. Un grand nombre des pièces les plus joyeuses et les plus légères de son premier recueil appartiennent à cette période. Ce premier recueil parut en 1815 et valut à l'auteur, de la part de ses chefs, un sévère avertissement. Aussi, lorsqu'en 1821 il donna son second recueil, eut-il soin de ne plus rentrer dans son bureau. Ce second recueil se distingue du premier par un grand nombre de chansons patriotiques, dont quelquesunes, comme le Marquis de Carabas, et la Requête présentée par le» chiens de qualité, sont de mordantes épigrammes qui attaquent ouvertement le gouvernement.

La popularité que son talent procurait à Béranger s'accrut encore par la persécution. U fut traduit en cour d'assises et condamné à cinq cents francs d'amende et à trois mois de prison. C'est en prison qu'U commença son troisième recueil, qui parut en 1825 et ne fut pas poursuivi. Le quatrième, qu'il donna en 1828, lui attira une condamnation à neuf mois de prison et à dix mille francs d'amende, malgré une remarquable plaidoirie du célèbre Dupin.4

Après la révolution de Juillet, Béranger s'unit à ses amis Lafitte et Lafayette pour appuyer la candidature de Louis-Philippe auprès du parti républicain. Mais il refusa les places et les honneurs qu'on lui

1 D'après Vapereau, Dictionnaire des Contemporains. 2 V. p. 366 et368.

8 Lucien Bonaparte, prince de Canino (1775 — 1840).

* Dupin aîné (1783—1866), célèbre jurisconsulte et magistrat français.

offrait. U garda l'indépendance de son caractère, qui éclata encore dans le cinquième et dernier recueil de ses chansons publié en 1888.

Après la révolution de février, en 1848, plus de deux cent mille Toiz nommèrent Béranger représentant du peuple pour la ville de Paris. Le vieillard eut beau refuser cet honneur, l'Assemblée nationale eut la singulière idée de repousser à l'unanimité sa démission, qu'elle n'accepta que lorsqu'il l'eut réitérée, en déclarant avec beaucoup de bon sens qu'on peut être bon chansonnier et très mauvais législateur. Béranger, qui vivait depuis longtemps dans la retraite, d'abord à Passy, puis à Fontainebleau et à Paris, mourut dans cette capitale en 1857. Après sa mort, on a publié deux volumes à' Œuvres posthumes du chansonnier, son Autobiographie, qui toutefois ne va que jusqu'en 1850, et Dernières chansons, dont quelques-unes seulement sont dignes des poésies de sa belle époque.

Béranger est un des plus grands poètes français du 10* siècle. Son style est pur, vigoureux et concis. H est à regretter que bon nombre de ses chansons blessent la morale et le respect dû à la religion.

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