‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 497 sur 514 · LE PABISIEN D'AVANT LE SIÈGE PEINT PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

LE PABISIEN D'AVANT LE SIÈGE PEINT PAR LUI-MÊME

Les journalistes écrivaient nombre d'articles pour démontrer que Paris ne pourrait jamais être investi à moins de quinze cent mille hommes — douze cent mille au bas mot; — qu'une place de guerre qui pouvait se ravitailler et conserver ses communications libres était imprenable, à moins d'être emportée d'assaut. Quant à Tassant, nous étions là ... ! on dénombrait les troupes de secours, et cette vaillante armée de quatre cent mille gardes nationaux qui surgiraient de terre, aussitôt que nos chefs frapperaient le sol du pied. Ah! ils n'auraient qu'à venir! ils verraient bien.

Nous nous repaissions de ces chimères, que nous prenions alors, que tout le monde prenait pour des réalités. Mais notre passion nous persuadait plus aisément encore que toutes les démonstrations des gens du métier. Nous ne nous demandions pas précisément s'il fallait faire grand fond sur ces fortifications sur lesquelles on feignait de compter si fort. Non, nous partions de cette idée, tenace et profonde comme toutes les idées préconçues, qu'il était impossible que l'ennemi arrivât jusqu'à Paris, qu'il l'assiégeât et le couvrît de feux. Cette monstruosité ne pouvait nous entrer dans la cervelle. Le sol sacré de la patrie s'entr'ouvrirait sans doute et dévorerait les bataillons prussiens, avant que fût consommé cet horrible sacrilège.

H y a des peuples dont les imaginations, naturellement tristes, sont hantées de papillons noirs. Les Parisiens, au contraire, ont l'esprit toujours ouvert aux crédulités et aux espérances. Jamais ils ne regardent en face la réalité qui leur déplaît; ils ressemblent à l'autruche, qui se cache la tête entre deux pierres pour ne pas voir le chasseur qui la vise. Ils se leurrent jusqu'au bout de chimères agréables et détournent volontiers les yeux des malheurs qu'ils ne peuvent plus se dissimuler.

C'était dans toute la presse comme un parti pris de mensonges, qui flattaient la vanité nationale. On ne pouvait guère cacher les progrès des Allemands et leurs succès répétés, partout où ils ren-

1 D'après Vapereau, Dictionnaire des Contemporains,

* Voyez page 762. » Voyez page 756. 4 Voyez page 502, note 2.

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