SUR LA LECTURE A HAUTE VOIX
PAR TIGÉE. '
Si le débit prête du charme au discours le plus faible, à plus forte raison, en prêtet-il au discours le meilleur.
Cicéron appelle la prononciation une sorte d'éloquence corporelle : Quintilien la définit Fart de conduire d'une manière agréable et convenable tout à la fois, sa voix, son geste et l'action de son corps.
Nous avons , par la disposition des organes de la voix, cinq modulations principales et bien distinctes, cinq tons majeurs que la voix peut parcourir sans efforts, en montant et en descendant, c'est-à-dire* sans rien perdre de sa qualité. Ces tons sont : le ton naturel, celui dans lequel on parle avec le moins d'effort ; le ton élevé , celui qui est au-dessus du ton naturel; le ton le plus élevé, celui où la voix, dans sa plus haute élévation, peut se soutenir sans être frêU
ni désagréable; le ton bas, celui où l'on* descend en quittant le ton naturel ; enfin le ton étouffé, celui au-dessous du ton bas, où la voix, tout à fait sourde, ne résonne plus.
On passe d'un ton à un autre, à l'aide d'un semi-ton, d'un repos, ou d'un silence.
Les repos sont indiqués par la ponctuation.
Il est essentiel de savoir soutenir sa voix :
on entend par ces mots, neJiausser.ni baisser trop sensiblement la voix, en lisant une suite de mots liés par le sens et appartenant à la même idée; ne point la laisser tomber aux différens repos que la ponctuation indique, à moins que le point n'avertisse que le sens est fini, que l'idée est complètement que la phrase est terminée ; et , dans ce dernier cas, il faut changer de ton, quitter celui où la voix est tombée , et relever la voix au mot qui commence la phrase venant après celle qu'on vient d'achever.
Il n'est point de phrase , en prose ou en vers, dans laquelle il n'y ait un ou plusieurs mots sur lesquels on ne doive appuyer plus fortement que sur les autres.
Par exemple, dans cette phrase de Cicé-, ron :
226 HAKUEt
Jusqucs à quand , enfin , Catilina , abuseras-Cu de feotrc patience ? •
On sent qu'il faut appuyer sur les mots enfin , abuseras-tu et patience. Et Ton sentira de même que dans ces deux vers de Boilcau
C'est en vaîn qu'au Parnasse un téméraire auteur
Pense de l'art des vers atteindre la hauteur , etc.
il faut appuyer sur les mots en vain, téméraire, atteindre et hauteur.
Les interjections , ah ! eh ! hélas ! exprimant la joie, la douleur, la surprise, ne doivent? „ pas être prononcées avec un son rapide et sec. 11 faut nourrir ce son, le prolonger par une légère inflexion lorsqu'il exprime un plaisir ou une peine profondément sentis ; il n'est permis de le jeter et de le retenir aussitôt que dans une vive surprise.
Un mot, une phrase ou une demi-phraser entre deux virgules ou deux parenthèses f doivent être prononcés d'un ton plus bas que les mdts dont ils sont précédés et suivis. Ainsi dans ces deux phrades :
Je veux , dit le héros , leur prouver que la peur ne peut m'alteindrc.
BE LITTÉRATURE. TlJ
Des hommes bien éleve's (je ne parle que <Teui)sont toujours polîs avec leurs e'gau* et même avec leurs inférieurs.
Ces mots , dit le héros, et ceux-CT,yV ne parle que d'eux, doivent être détachés de ceux qui les précèdent et les suivent; et prononcés d'un ton plus bas , pour marquer l'espèce d'isolement où les placent le sens , la contexture et la ponctuation de la phrase.
Le ton du discours ou de l'ouvrage qu'on va lire détermine celui qu'on doit prendre.
Une dissertation savante , une oraison funè*bre, un plaidoyer, une harangue, un chapitre de roman, un trait d histoire, un conte, un mot plaisant , ne doivent pas être lus du mflme ton ; il faut lire chaque objet du ton qui lui convient. *
Les vers sont plus difficiles à lire que la prose , et la raison en est simple ; c'est que la prose est un langage naturel , et les vers un langage de convention : nous parlons en prose, et nous ne parlons pas en vers. Mais c'est détruire le charme des vers que de relever chaque hémistiche , que d'appuyer sur chaque rime , que de s'attacher trop à faire
SUS * HANtTÊt
sentir la cadence ; mais, îl faut bien aussf se garder de les lire de manière à en altérer toute riiarmonie.
11 faut, en lisant, s'accoutumer, autant qu'on le peut, à saisir de l'œil l'ensemble d'une phrase ; parce que l'on est sûr, dès les premiers mots r des différentes inflexions et des repos que l'on devra se ménager. Il est bon aussi de savoir retenir dans sa mémoire les mots qu'on va prononcer, pour que l'œil ne reste pas constamment fixé sur le papier , et ne pas se priver de l'action du visage t qui ajoute à l'intérêt de l'articulation. .
Le ton naturel est celui qu'il convjent toufours de prendre en débutant ; à moins. qu'un autre ton ne soit expressément commandé
par la nature des choses que l'on va dire t lire ou réciter, - «
La respiration , dans le débit, est un point essentiel. 11 faut s'accoutumer à ne jamais respirer au milieu d'un mot , ni même au milieu d'une phrase ; à moins que, dans ce dernier cas , on n'y soit autorisé par la ponctuation qui marque un sens suspendu ; mais la respiration étant permise , il faut encore éviter de faire entendre , en reprenant ha.-.
leine , une espèce de hoquet ou de sifflement toujours désagréable et pénible pour ceux qui écoutent.
Un moyen sûr de ménager sa voix , c'est de ne point la forcer; c'est d'être aussi souvent et aussi long-temps qu'il est possible dans le ton naturel.
11 importe encore au succès du débit de bien soigner son articulation. Quelque vaste que soit le lieu où Fon parle , si l'on articule nettement, on sera nettement entendu. Mais que l'on ne se presse pas , qu'on laisse aux sons le temps d'arriver d'une extrémité du lieu à l'autre , et de se répandre dans ses diverses parties. Cette articulation , qui serait trop lente pour la conversation dans un sallon ordinaire, et qui n'est que convenable, que justement mesurée dansune grande salle , donne plusieurs avantages ; Ton ne se fatigue point; l'on est entendu distinctement; au lieu que, si Ton précipite son débit, les sons jetés les uns sur les autres , se heurtant , s'entrechoquant , ne produiront qu'un bruit confus ; si le débit «exige beaucoup de chaleur et de vivacité, on accélère seulement; et 1 auditeur, qui ne perd pas une seule parole %
23o MANUEL
s'anime, s'échauffe, s'intéresse ou se passionne avec celui qui captive son attention.
Le geste ajoute beaucoup à l'effet d'une voix nette et sonore. On appelle geste , tout mouvement, signe, jeu de la physionomie , , attitude et expression muette. C'est une faculté que nous avons reçue de la nature, et qui nous sert à nous exprimer, à nous faire entendre sans le secours de la parole.
Mais les gestes ne sont pas seulement un moyen de suppléer i la parole ; ils sont encore un moyen d'ajouter de la force et de l'onction au discours.
L'immobilité n'étant pas naturelle à l'homme, serait ridicule dans un orateur.
Mais de même qu'on doit s'étudier k parler avec pureté , élégance et correction , <k même, il faut s'étudier à rendre ses gestes agréables , vrais et expressifs.
Une immobilité constante serait ridicule, une agitation continuelle ne le serait pas moins; elle aurait d'ailleurs l'inconvénient de détourner l'attention et de la fatiguer. Il faut se garder du geste d'habitude, comme du mot parasite qui revient toujours se placer sur les lèvres. Le même geste ne peut expri-
DE LITTÉRATURE. n3l
mer Jeux idées, deux sentimens difïérens. On n'affirme point, on ne menace point, on ne
prie point, avec le même geste. Le doute, la crainte, la tristesse, la pitié, le dédain , ont chacun leur geste distinct et particulier.
Moins le geste est fréquent, plus il est expressif. Il est naturel à l'homme de gesticuler plus facilement du bras droit que du gauche ; il faut cependant rendre le geste familier à tous deux» t
On conçoit bien que le mouvement des bras ne serait rien s'il n'était d'accord avec celui du visage , ou plutôt qu'il serait ridicule si le visage restait inanimé. Le jeu de la physionomie est essentiellement nécessaire; mais ce n'est pas tout que de vouloir donner du jeu à sa physionomie, que d'être parvenu même à la faire jouer ; il faut encore être bien sûr qu'on ne produira pas un effet contraire à celui qu'on voulait produire. Il ne faut point que l'expression de la colère soit hideuse, celle de la tristesse ignoble, qu'une expression quelconque ne soit qu'une grimace désagréable ou risible. Tel enfant que les cris et les larmes enlaidissent, cesserait peut-être % et ses larmes et ses cris, si on lui présentait
un miroir dans lequel il verrait à quel point il est défiguré. On peut donc , à l'exemple de Démosthène , prendre les utiles conseils du miroir. Il est bien vrai qu'on s'indigne, qu'on s'attriste et qu'on rit naturellement; que, l'homme du salon , de la rue ou de la cabane ? n'a point étudié devant un miroir de quelle manière il exprimerait les différentes sensations que la nature excite en lui ; mais dan* l'art oratoire, comme dans les. arts d'imitation , il faut choisir la nature , cacher ses disgrâces , et ne la présenter que sous les traits qui la rendent intéressante ou aimable.
De la Construction ,
Page i
Des Figures grammaticales.,
De 1 Inversion De l'Ellypse , Du Pléonasme, De la Synthèse,
Ihid
Des Vices de construction ,
îi
Des Disconvenances grammaticales , Des Amphibologies , Des Gallicisme» ,
Ibid.
Des Tropes , La Métaphore , L'Allégorie , La Métonymie, La S y nec dochc , L'Ironie , L'Hyperbole, La Catachrèsc.
Ibid.
Des Figures de pensées ,
La Prctérition ,
La Licence ,
La Concession ,
La Permission ,
La Correction , , %
La Communication ,
L'Antéoccupation ,
La Su hj action ,
L'Antithèse ,
La Comparaison ,
Le Parallèle ,
La Description ,
Ibid.
, Ibid.
L'Apostrophe , Page 5^
L'Exclamation , Ibid,
La Dubitation , 55
L'Interrogation , 56
L'Imprécation, 57
La Déprédation, 58
La Réticence , 5q
La Suspension , Ibid.
La Prosopopée , 60
Du Discours en général , 63
Coup -d'oeil sur quelques orateurs anciens et
modernes 97
Aristote , ç8
Isocrate , Ibid.
Iséc , Ibid.
Démosthènes , 99
Eschyne, 102
Cicéron , io3
ossuet , io5
Fléchier, 108
Bourdaloue , Ibid.
Fénélon, 109
Thomas , 1 1 1
Coup -d'oeil sur quelques historiens anciens et
modernes , u3
Hérodote, 119
Thucydide , Ibid.
Xénophon , s Ibid.
Salluste , Ibid.
Tite-Livc , 120
. Tacite, 120
Justin , Ibid.
F 1 or us , Ibid.
Polyhe , 121
Denis d'Halycarnasse , Ibid.
Diodore de Sicile , Ibid.
Cornélius-Nepo? , Ibid.
Suétone , Ibid.
Plutarquc, Page 12 1
Mézeray, Bossuct ,
Flcury, (-l'abbé) Daniel , ( le père ) Vertot, (l'abbé de) Rollin , Hcnault , Mably .
Oarnicr t Millot , Voltaire ,
De la Versification ,
Des divers sortes de Poésies , Du Distique , Du Quatrain , Du Madrigal , De l'Epigrarame , De l'Epi ta php , De l'Eçithalame, De la Chanson , De la Romance , Du Vaudeville.
De la Fable, Du Conte,
De l'Egloguc et de l'Idylle, De l'Epîtrc* De la Satyre , De l'Elégie , De l'Ode, De la Cantate, De l'Epopée , Du Poë'me didactique ,
De la Tragédie, T | >
De la Comédie, ai4
Coup- d'œil sur les poètes étrangers, anciens et
modernes , 2i« L'Arioste , Jbid.
a 36 " TABLE.
Le Trîssin , Le Tasse , Maffey , .
Alfie'ri , Métastase , Lopez de Vega , Cadcron , Chaïuer , Shucakcspeare f Milton , Dryden , Otwey , Thorason , Pope ,
Gay et Moore , Goldsmith , Garrick , Young , Gray ,
Byron et Moore , Waltcr Scott , Klopstock , , Gcssncr v Schiller f
Préceptes sur la Lecture a haute
Page no Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.