CHAPITRE VIl
MÉDiCAMENS NARCOTIQUES OÙ STUPÉFIANS.
Lrs médicamens de cette classe se distinguent de lôus les autres par linfluence spéciale et primitive qu'ils exercent sur le système nerveux en général ; mais principalement sur le cerveau , influence qui ést caractérisée par la diminution de l’activité de ces orgañes , ou même par l’interruption momentanée de leurs fonctions. On leur a donné les noms de Harcotiques (dé van, j'engourdis), de stupéfans, de soporifères, de sédatifs, d’anodins (de &, privatif et Jun, douleur), de calmans, etc. Ges noms indiquent tous un ou plusieurs des effets que ces médicamens produisent sur l’économie animale, En effet , administrés à très-petites doses, leur action se borne presque entièrement aux parties avec lesquelles il sont en contact , et dont ils diminuent la sensibilité ; à des doses un peu plus fortes, ils déterminent un affaiblissement léger, et un état de calme général, qui porte aü sommeil. Si la quantité ingérée est plus forte , la plupart de ges médicamens occasionnent de la pesanteur de
#e ( 294) Ë tête, Pobscurcissement de la vue, la diminution | des facultés intellectuelles, Paffaiblissement musculaire, et enfin un sommeil plus ou moins agité, ou bien de la céphalalgie, des vertiges , et un état | particulier, qui tient le milieu entre le sommeil et l'ivresse, et pendant la durée duquel les facultés in+ tellectuelles sont anéanties, et le malade > Quoique engourdi et abattu, éprouve une agitation inté= rieure, de l’anxiété , etc. : c’est ce que l’on nomme le Narcotisme. Sous l’influence d’une forte dose d’une substance narcotique, le sang se porte avec violence vers la tête ; le malade éprouve des ver= tiges, des hallucinations, une grande faiblesses musculaire, de l’engourdissement, une sorte d’i= vresse , du délire , des vomissemens , etc; il peut: même tomber dans le coma, avoir des mouvemens convulsifs, être paralysé, et enfin mourir, | Pendant le narcotisme, la circulation est tantôt” un peu accélérée, tantôt un peu ralentie; mais pres” que toujours le pouls est inégal et irrégulier ; la” respiration est laborieuse ; et la circulation capil# laire de la peau semble se faire plus difficilement: aussi survient-il souvent des sueurs abondantes. L’elfet de ces médicamens sur les organes digesüfs est encore plus marqué; car même à très-petites doses, ils diminuent lappétit, et lorsqu'ils produisent le narcotisme, la digestion est presque entièrement arrêtée, comme le prouvent les expériences physiologiques, que nous avons faites sur CE sujet, conjointement avec M. Breschet, etn
à ( 295 ) “qui sont consignées dans les Archives générales de médecine. | On voit, d’après ce que nous venons de dire, que l’action des sédatifs diffère beaucoup de celle des médicamens que nous avons déjà passés en revue. Ceux dont nous venons de parler en dernier lieu portent, il est vrai, leur influence d’une manière spéciale sur le système nerveux, mais ils l’excitent plus ou moins vivement, le fortifient, pour ainsi dire, et semblent en régulariser l’action. Les sédatifs, soit qu’ils agissent en diminuant la sensibilité et la contractilité sans occasioner le sommeil, à la manière de l’acide hydro-cyanique, soit qu’ils : affectent aussi les facultés intellectuelles, et déterminent ainsi le narcotisme , etc. , comme le fait » l’opium, tendent toujours à affaiblir ou à arrêter les fonctions du système nerveux.
La plupart des médicamens qui jouissent de ces vertus sont des végétaux remarquables par leur * odeur vireuse, et qui doivent leur activité à la présence d’un alcali organique; d’autres, dont lodeur n’est pas moins caractéristique, contiennent comme principe actif de l’acide hydro-cyanique. C’est principalement pour calmer la douleur et: pour combattre l’insomnie , que lon a recours aux narcotiques. Administrés d’une manière convenable , ils peuvent être du plus grand secours dans le traitement des névroses , des douleurs rhumatismales ou ostéocopes, des fièvres nerveuses, dans les "dernières périodes des affections cancéreuses, etc.;
iais leur usage est contre-indiqué toutes les fois
que la faiblesse du malade est très-grande , étonne
doit les employer qu’avec le plus grand ménage-
rent dans les che internes, la manie, etc.
RL
Famille des Papavéracées.
C. B. Dicotyl. polyp.; étam. hypogynes ; tiges herbacées ; feuilles aliernes ; cal. 2 sép. caducs; corol. 4 pél.; élam. libres, nombreuses: siygmate sessile; ovaire simple à une seule loge; capsule polysperme.
Orium, Opium thebaicum. Sue concret, qu’on reüre des capsules encore vertes et des autres parties du Papaver ms uns ., plante originaire de POrient,
C. B. Tige cylindrique, glabre, de 2 à 3 pieds de haut; feuilles sessiles, allongées; fleurs solitaires terminales; eniron 100 élam.; ptygmate orbiculaire, étoilé; capsule arrondie, couronnée par le stygmate persistant ; graines trèsnombreuses, brunes, très-pelites.
P. P. Masses aplaties, circulaires, rougeâtres à Pextérieur , d’un brun noirâtre à l’intérieur , dures, à cassure brillante et compacte ; saveur amère,
crée et nauséabonde ; odeur particulière, vireuse ;
pesant. spéc. 1,336. L’opium se ramollit' à la chaleur de la main et devient tenace et plastique ; chauffé à l'air, il s’enflamme rapidement,
P. C. Il est composé de méconate acide de Mor- Phiñe, qui paraît en être le principe actif ( Voyez. page 299), de Narcotine, d’une matière extractive,; M
RE a)
Lu
de mucilage , de fécule , de résine : d'huile fixe , de
Ÿ .pium brut en le traitant par une grande quantité
caoutchouc, d’une substance végéto-animale, de débris de fibres végétales et de sable. L’opium est en partie soluble dans l’eau, alcool, l’éther, le vinaigre et le jus de citron; broyé dans l’eau chaude, 5/12 se dissolvent, 6/12 sont suspendus, et 1/12 reste sans être dissout. La dissolution aqueuse, filtrée est transparente ; elle n’est pas troublée par l'addition de Falcool; mais elle forme des précipités avec l’ammoniaque , les carbonates de soude et de potasse, , le sublimé corrosif, le nitrate d’argent , l’acétate de plomb, les sulfates de cuivre , de zinc et de fer, et l’infusion de noix de galle.
Prér. L’opium brut du commerce, s’obtient en faisant des incisions multipliées aux capsules du pavot. Il s’écoule un suc visqueux, qui s’épaissit à l'air; on l’enlève et on le mêle avec lextrait du suc exprimé de la plante.
Pour les usages pharmaceutiques , on purifie Po-.
d’eau froide ; on obtient alors un extrait beaucoup plus pur qu’on nomme Extrait aqueux d’opium.
U. L’opium paraît agir directement sur le SyStème nerveux. Administré à très-petites doses, il diminue la sensibilité , et produit un état de calme
qui porte au sommeil, ce qui est surtout remar-
quable lorsque le malade est en proie à la douleur.
A doses un peu plus fortes, il agit d’abord comme
stimulant très-énergique ; il augmente la force , la
fréquence et la plénitude du pouls, ainsi que la chad'
RP ET RER D CR DS TT CUS | nn D 2
sd #5 ) ST »
| , 4 (298 7 | << leur animale et les forces musculaires ; il exalte les
fonctions intellectuelles ; mais bientôt et progressi:, vement, on voit succéder à ces effets de la langueur,
-de la pesanteur de tête, un affaissement général, et
un sommeilagité et non réparateur; à hautes doses, c’est un poison.des plus violens ; il détermine une inflammation très-intense des organes digestifs,
accèlère la circulation , quelquefois il la ralentit;
mais, dans tous les cas, le pouls est irrégulier ; il produit une sorte d’ivresse , le coma et, en un mot, | tous les symptômes qui caractérisent le narcotisme et qui peuvent.être suivis de la mort.
On emploie très-fréquemment l’opium pour cal- | mer les douleurs , combattre l’insomnie et dimi-. nuer l’exaltation de la sensibilité dans beaucoup dé cas, et notamment dans Ja plupart des maladies organiques chroniques. On en obtient de très-bons effets dans le traitement des diarrhées et du choléra-morbus. On la conseillé dans les fièvres inter- 4 mittentes seul ou uni à l’émétique ou au quinquina. Il est très-utile dans lesnévralgies eten général dans toutes les affections nerveuses et spasmodiques. Dans le Delirium tremens, on le donne à très-hautes doses , de même que dans le tétanos et lPhydrophobie. Son usage est conire-indiqué dans toutes les maradies très-inflammatoires , et lorsque les symptômes fébriles sont très-développés. Gependant , uni au calomel, il produit souvent de très-bons effets dans certaines inflammations dépendantes de 4 causes locales,telles que lesfractures, la brûlure,ete. 0
Er 1 Le à 4 “
À CN nn TD A.
” D:er M. p’An. Æxfrait aqueux, 9° 1/5 à j et plus progres- Wsivement. Exfrart vineux, Laudanum opiatum. P. Mèmes doses. Zaudanum liquide de Sydenham. P. (opium:16 p., safran 8, cannelle et clous de girofle , ana 1, vin FR paene 125 ; 20 gouttes contiennent g' j FER ) gouttes X à 9 . Laudanum de Rousseau. P. (7 gouttes contiennent environ 8" j d’opium.) gouttes 1j à vi. Teinture d'opium. P. Teinture thébaïque. L. E. D. (extrait aqueux d’opium 1 p.,. alcool 12; 24 gouites contiennent g" j d'opium}), gouttes xij à © | ä. Sirop d'opium ou diacode. (1 once contient 8° ij d’opium. M LP.etg"j: L) 5j à Z 3j. Teint. d'opiunr ammoniacte. Elixirium paregoricum. E. (A. benzoïque, safran, ana 3 üij, opium 3 ij, huile essentielle d’anis 3 $, alcool ammoniacal Z-xvis : gros contient 9° j d’opium.) 3 {5 à j. Pilules opracées ou thébaïques. E. (opium 1 p., ext. de réglisse 7, piment 2; contiennent 1/10 d’opium.) g' và xx. Pilules de cynoglosse. P. - (poudre de cynoglosse , semences de jusquiame blanche et opium vineux ana, à iv, mirrhe 3 vj, oliban 3 v, safran, castoréum , ana 3 j {$°, sp. d'opium. q. s.; contiennent 1/4 d’opium.) g" iv à vij. Pal. de savonet d’opium. L. (épium bi p., savon 4. )g" üij à vj Electuarre d’opium: E. (poud. aromatiq. ? vj, serpenlaire de Virg. 3 üj, opium Zf$, vin. q.s, sp de gingembre #5 j; contient (es d'opium.) g° xv à ÿ. Confection d’ opium. L. (opium 3 vj, poivre lite à FF) gingembre Z ij, carvi % üij, sp. À j; cont. 1/36 d’op.}) Me! x à 3 f. Pulvis cretæ comp. cum opio. L. (opium 9 iv, Poudre de craie comp. L. °xj 5; cont. 1/43 d'op.) g' xv à Dij. Enfin l’opium entre pour 1/184 dans le Diascordium ebpour 1/88 dans la Thériaque. &
. * f , 3 Morrnixr, alcali végétal qui se trouve dans l'opium.
P. P. Substance blanche, cristallisée en aiguilles, ou en prismes rectangulaires, inodore , presque insipide, mais dont les solutions sont très-amères ; chauffée , peut fondre sans se décomposer ; est inaltérable à l’air, £
P. GC. Composée de carbone 72, azote 5, hydrogène 7 et oxigène 14, elle est presque insoluble dans l’eau, soluble dans 42 p. d’alcool froid et 8 d’éther; verdit le sirop de violettes; peut se combiner avec les acides, et former des sels ; décompose la plupart” des sels formés par les métaux des quatre dernières classes. Mise en contact avec de l’acide nitrique concentré , elle prend une belle couleur rouge; et donne alors avec le proto-hydro-chlorate d’étain * un précipité d’un brun sale.
Puér. On traite une solution aqueuse d’opium par de la magnésie, qui forme , avec l’acide méconique , un sel insoluble, et précipite aussi la mor: phine et la narcotine ; on lave le précipité, d’abord avec de l’alcool faible , pour séparer la narcotine , et ensuite avec de l’alccol concentré bouillant, pour dissoudre la morphine , qui se dépose par le refroidissement.
U. La morphine paraît exercer une influence narcotique très-prononcée , sans agir en même temps comme stimulant à la manière de l’opium ; aussi la préfère- lon à ce médicament complex; mais à cause de son peu de solubilité dans l’eau, on ne l’administre qu’a%l’état de sulfate ou d’acétate. |
({ 5or ) Nancorine. Sel d’opium. Sel de Derosne , principe immédiat contenu dans l’opium.
P. P. Substance blanche , cristalline, insipide et inodore.
P. C. Est composée de carbone 68, azote 7, hydrogène 5 , et oxigène 18 : elle n’est ni acide ni alcaline ; est insoluble dans l’eau froide , soluble dans n°0 p- d’eau bouillante , dans 24 p. d’alcool bouil- Mant et dans 100 p. d” alcool froid ; très-soluble dans les huiles , dans l’éther et dans certains acides.
* U. L’action de cette substance diffère considérablement de celle de la morphine. D’après les expériences de M. Orfila, la narcotine exerce une influence stupéfante , affaiblissante et délétère. A hautes doses, et dissoute dans un acide, M. Magendie a trouvé qu’elle agissait commeun excitant puissant. C’est au mélange de la narcotine avec la morphine , que ce médecin attribue les effets variés de l’opium, qui tantôt doivent être rapportés à son action narcotique , tantôt à son influence stimulante. Quoi qu’il en soit, la narcotine seule ou unie
à des acides, ne paraît pas devoir être employée comme médicament. ù