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ANESTHÉSIE ET HYPNOTISME

(simulé) de quelque poison redoutable. Il est bon cependant de ne pas abuser de ces moyens qui peuvent, surtout lorsqu'ils échouent, compromettre la dignité du médecin qui les emploie.

Le médecin peut-il employer l'anesthésie et l'hypnotisme pour déjouer les tentatives de simulation?

Je n'hésite pas à répondre par la négative. Quoique le chloroforme ou l'éther donnent très rarement lieu à des accidents mortels lorsqu'ils sont appliqués avec prudence, il est incontestable que des cas de mort subite ont été observés chez des individus sains par l'emploi des anesthésiques, et cela entre les mains des chirurgiens les plus expérimentés.

Pour l'hypnotisme il y a moins d'inconvénients, mais je ne •crois pas que, dans l'état actuel de la science, ce procédé puisse rendre de grands services pour déjouer la simulation.

Je crois devoir faire connaître sur ce point l'opinion d'un médecin militaire distingué, M. Duponchel, qui s'est particulièrement occupé de cette question *.

Emploi des anesthésiques. — « L'emploi des anesthésiques, pour démasquer les simulations, est généralement considéré comme devant être rejeté ; je n'oserais donner le conseil de les employer, l'autorité militaire ayant toujours paru répudier leur usage. Comme elle peut s'appuyer sur des précédents d'une grande valeur, en particulier sur un arrêt récent du tribunal <:ivil de la Seine, qui s'est opposé à la chloroformisation d'un individu qui réclamait des dommages au sujet d'un accident <lont il semblait exagérer singulièrement les conséquences, la défense du médecin militaire incriminé à ce sujet serait difficile. Cette objection d'ordre administratif et disciplinaire est pour mon compte la seule qui m'arrêterait; on n'a guère des accidents dus au chloroforme que quand on ne sait pas le manier, ou qu'on emploie un produit impur. Les médecins qui croient aux dangers de l'anesthésie bien pratiquée, au point -d'en refuser l'emploi pour démasquer les simulations persistantes, sont incontestablement très coupables quand ils s'en servent pour des opérations chirurgicales de gravité médiocre. En mettant les choses au pire, ces accidents occasionnés par le chloroforme pur et bien employé sont d'une telle rareté

4, Traité de médecine légale militaire, Paris 4890, page 506.

qu'on devrait les considérer comme une de ces e'vcntualités qui dépassent les prévisions de la sagesse humaine et lever l'espèce d'interdit qui existe à ce sujet. Bien entendu, on le réserverait pour des cas spéciaux et qu'il est impossible d'élucider autrement.

Si je fais peu de restrictions the'oriques au sujet de l'emploi des anesthésiques, en revanche, j'estime qu'il faut en émettre de très sérieuses quant à l'interprétation des phénomènes observés. Il faut bien se rendre compte que l'anesthésie est susceptible de mèdifier certains états pathologiques, faire disparaître, par exemple, momentanément, certaines contractures sans qu'il soit démontré par cela même qu'elles étaient simulées. Il y aurait toute une étude à entreprendre à propos de l'influence exacte delà chloroformisation sur les phénomènes pathologiques que les simulateurs essaient habituellement de reproduire avant que l'on puisse tirer du moyen tout ce qu'il peut donner. Il y aurait lieu, en conséquence, de commencer par s'entendre pour lever la prohibition tacite qui arrête les médecins militaires de bonne volonté, lesquels hésitent justement à chloroformiser, malgré leur conviction sur le médiocre danger du procédé.

Emploi de l'hypnotisme. — Il faudrait égalemeut éviter de déduire de l'examen d'un sujet hypnotisé des conclusions absolues, cet état modifiant lui aussi des phénomènes physiologiques et pathologiques d'une façon mal connue, mais certaine ; des aveux obtenus pendant le sommeil hypnotique n'auraient, pour prendre un exemple, aucune valeur scientifique. Mais, s'il ne faut pas demander à ce procédé plus qu'il ne peut donner, est-ce une raison pour le répéter, et est-on en droit de l'interdire aux médecins en prétextant qu'il est dangereux ? Sans doute, des séances répétées d'hypnotisme effectuées par des gens étrangers à l'art médical ne sont pas sans inconvénients : elles peuvent développer un état nervosique jusqu'alors latent ; mais faut-il étendre la prohibition au médecin qui emploie ce procédé dans un but de diagnostic ou de thérapeutique ? Je ne poserais pas même la question si je ne l'avais entendu résoudre affirmativement par quelques médecins ! C'est encore là un exemple de cette sensiblerie dangereuse dans laquelle on tend à tomber et qui aboutira, si Ton n'y prend garde, à la démoralisation de l'armée et à la suppression de toute discipline. »

■L*hypnotisme manié par un médecin instruit, avec les réserves qu'il saura forcément s'imposer, ne peut pas être considéré comme offrant même un semblant de danger ; de deux choses Tune : ou bien le sujet n'a jamais été hypnotisé et alors il est à peu près impossible de l'endormir s'il n'y consent pas (or, un simulateur n'y consentira jamais), ou bien il s'agit d'un individu ayant été souvent hypnotisé, et alors on pourra réussir malgré lui ; mais, en pareil cas, où est l'inconvénient d'une séance de plus ou de moins? Ce dilemme juge la questioQ ».

Nous allons étudier les affections simulées et dissimulées, dansl'ordresuivant: maladies nerveuses, maladies de la peau, hémorrhagies, maladies des régions. Nous consacrerons un chapitre spécial aux affections et infirmités qui rendent impropre au service militaire et qui sont elles-mêmes l'objet des plus fréquentes et des plus adroites simulations.

A. — Maladies nerveuses.

10 L'épilepsie est de toutes les maladies nerveuses celle -qui est le plus fréquemment simulée, et cette fréquence s'explique parce que, dans ce cas, la simulation ne demande qu'une représentation momentanée et qu'il est possible d'être bien portant dès que l'accès est passé (Tissot).

Nous retraçons, d'après Legrand du Saulle, les principaux caractères sur lesquels doit s'appuyer le diagnostic différentiel. Dans l'épilepsie vraie, le sujet pâlit subitement et tombe très souvent après avoir poussé un cri. Dans la simulation, il peut bien imiter la chute et crier, mais il ne pâlit pas.

Dans l'épilepsie vraie, les convulsions sont d'abord toniques, le malade a presque toujours la tété portée en arrière ou d'un côté, les dents fortement serrées, les yeux convulsés en haut et cachés derrière la paupière supérieure, les pupilles immobiles et dilatées, le pouce est convulsé dans la paume de la main et caché sous les autres doigts. Dans l'épilepsie simulée, le simulateur se livre dès le début à des convulsions violentes qui peuvent déjcà éveiller les soupçons, il a presque toujours la position du pouce, mais il le laisse détendre facilement et a toujours la précaution de le ramener dans sa position fléchie. D'un autre côté le simulateur ne peut reproduire ni la dilata^

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tion ni r insensibilité de la pupille à la lumière: c'est là un signe important.

Le simulateur se sert souvent de savon pour simuler Fécume qui s'échappe des lèvres dans Tépilepsie vraie : il ne faut donc jamais négliger de rechercher l'existence de ce moyen de fraude.

Mais les caractères les plus importants sont fournis par le pouls. Petit, serré et lent chez les véritables épileptiques, il est ordinairement large et précipité chez les simulateurs, par suite de la fatigue et de l'agitation que leur cause leur rôle. Voisin a signalé des caractères sphygmographiques qui ne se rencontrent que dans le grand mal *. Deux ou trois secondes avant l'attaque, les courbes sphygmographiques sont moins hautes, plus arrondies et plus rapprochées. L'attaque survenue, on voit deux ou trois petites ondulations successives et disposées suivant une ligne ascendante, puis une série de courbes très peu élevées ; ces courbes se prononcent davantage, présentent une convexité supérieure très accusée, donnant presque l'idée d'une moitié de sphère ; puis, au bout de quelques minutes, les lignes s'élèvent presque perpendiculairement à une hauteur trois ou quatre fois plus grande qu'avant l'attaque ; la durée de cette forme de pouls varie d'une demi-heure à une heure et demie, elle a même duré quelquefois six heures après l'attaque.

Différents moyens sont employés pour constater chez l'épileptique suspect l'abolition de la connaissance et de la sensibilité. On lui fait inhaler de Tammoniaque ou du chlore, on le menace du fer rouge, mais ces moyens sont loin d'avoir une efficacité constante. Percy rapporte cependant un cas où il a déjoué la simulation en demandant à haute voix les instruments nécessaires pour opérer l'ablation des deux testicules, ajoutant qu'il était fort aise de trouver enfm une occasion d'essayer l'efficacité d'un traitemeut dont il avait entendu dire le plus grand bien. Il n'est pas nécessaire de dire que le médecin doit toujours se borner à la menace, sans jamais employer des moyens violents.

Une circonstance qui diminue beaucoup les difficultés de la contestation de l'épilepsie, dit Legrand du SauUe, c'est que le simulateur ne cherche jamais à imiter que la grande attaque,.

i» Annales d'hygiène^ 1868.

« Or, sur ce terrain, il est presque toujours battu, car s'il y a dans l'épilepsie convulsive des symptômes qu'il est possible et même facile d'imiter, il en est d'autres pour lesquels la chose est complètement impossible ».

M. Méricamp a signalé chez les épileptiques une déformation acquise de l'arcade orbitaire qui est fréquente et qui a son importance en médecine le'gale. Les chutes répétées des épileptiques se produisant habituellement sur la face, la partie externe de l'arcade orbitaire se trouve soumise à des contusions qui ont pour résultat une inflammation du périoste ^

2o Hystérie, chorée, paralysie agitante, ataxie locomotrice. — La simulation de Thystérie, si fréquente che^^ la femme, intéresse peu le médecin légiste, mais on sait que cette affection peut se rencontrer chez l'homme, et, dans ce cas, doit-on réformer l'individu qui en est atteint?

L'hystérie frappe du reste rarement les sujets robustes ; mais, si cela arrivait, nous pensons qu'elle ne devrait pas motiver l'exemption, car les distractions et les travaux du service seront au contraire dans ce cas un puissant moyen de thérapeutique.

La chorée, la paralysie agitante, ont été également simulées, mais il est facile dans ces cas de déjouer la ruse en faisant surveiller l'individu qui se trouve alors dans l'impossibilité de continuer la simulation. M. LerebouUet nous a communiqué l'intéressante observation d'un militaire qui simulait l'ataxie locomotrice avec beaucoup de talent et était parvenu à tromper plusieurs médecins.

3*^ Folie, imbécillité. — Toutes les formes d'aliénation mentale peuvent être simulées, mais la manie aiguë et la mélancolie avec stupeur sont celles qui tentent le plus souvent les simulateurs. La première, parce qu'elle répond très bien par les symptômes éclatants à l'idée que le vulgaire se fait de la folie, la seconde parce qu'elle est relativement facile à simuler.

L'idiotie et l'imbécillité sont plus difficiles à simuler, mais comme le fait justement remarquer Legrand du Saulle, il

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