PÉDÉRASTIE
Les caractères que nous venons de décrire sont propres à la pe'dérastie passive, mais il en est d'autres, plus rares et beauconp moins importants qu'on rencontre parfois chez les hommes adonnés aux habitudes actives. Ces signes, qui ont été également signalés parTardieu, sont contestés par beaucoup de médecins légistes etnotamment par Téminent professeur actuel de notre Faculté, M. Brouardel. Ils consistent en une gracilité du membre viril, en un amincissement progressif qui donne au pénis des pédérastes une forme pointue et effilée, more canum. Tai dieu avait dit également que, chez certains pédérastes, on remarquait un allongement démesuré du gland et un changement de direction du méat, de telle sorte que la verge aurait subi une véritable torsion. M. Brouardel, qui a observé avec le plus grand soin un grand nombre de pédérastes, n'a pu confirmer les opinions de Tardieu sur ce point. Il a rencontré une certaine gracilité de la verge chez un assez grand nombre de pédérastes actifs ou passifs, mais il attribue cette particularité à l'état de féminisme dans lequel se trouvent la plupart des jeunes gens qui pratiquent la pédérastie dans nos grandes villes.
En ce qui concerne la, dé formation in fundibuli forme, M. Brouardel est également arrivé à des conclusions d'une grande valeur pratique. Il a d'abord signalé ce fait capital que l'infundibuluni peut être observé après un seul acte de pédérastie. Lorsqu'un attentat unique et récent a été commis sur un jeune garçon, par exemple, l'anus est tiré en haut et les fesses forment un cornet à sommet anal. Il n'y a pas, dans ce cas, déformation par refoulement habituel, et M. Brouardel explique l'existence de l'infundibulum parla contraction du releveur de l'anus. C'est ce muscle qui tient relevé l'anus, qui l'entraîne vers le petit bassin et qui détermine la formation de l'entonnoir. L'explication fournie par l'éminent professeur est d'autant plus admissible qu'on remarque le même phénomène, non seulement après les contusions qui résultent d'un acte violent de pédérastie, mais lorsqu'il y a soit une fissure simple, soit des hémorrhoïdes enflammées et douloureuses. La crainte de l'examen, vivement ressentie chez quelques individus nerveux, augnienteencorele caractère infundibuliforme de l'anus.
Dans quels cas le médecin est appelé à constater des traces de pédérastie. — Nous avons dit au commencement de cet article que la loi pénale n'atteignait pas la pédérastie. Lut AID. Méd. lég. 3
L'expertise médico-légale ne sera donc réclamée que dans les cas où l'acte contre nature aura été accompli publiquement ou compliqué de violences, de vol ou d'assassinat. Ces cas ne sont malheureusement pas rares, surtout à Paris : c'est pourquoi nous avons cru devoir donner un peu d'^extension à ce chapitre.
Quoiqu'il y ait quelques exceptions on peut dire que presque tous les accusés appartiennent à la lie de la société. Plusieurs d'entre eux, familiarisés avec toutes les ruses, cherchent à en imposer à la justice et à induire en erreur le médecin chargé de les examiner. Ils allégueront, par exemple, l'existence antérieure de maladies telles que fissures ou fistules à Panus,, hémorrhoïdes, etc. ; ils feront valoir leur grand âge, leur liaison avec des femmes, l'existence de maladies vénériennes^ Un de leurs grands moyens consiste à contracter fortement les fesses pendant qu'on les examine. L'expert qui est sur ses gardes, triomphera facilement de toutes ces manœuvres, soit par une patiente investigation, soit en prolongeant l'examen de manière à lasser l'accusé et à l'amener à se prêter volontairement à l'expertise dont il est l'objet.
Néanmoins, il ne faudra pas oublier que, dans un assez. grand nombre de cas, la constatation des habitudes de pédérastie est très difficile pour ne pas dire impossible, — La circonspection et la prudence sont donc absolument nécessaires en pareil cas. Les signes que nous avons décrits plus haut n'acquièrent une importance capitale et n'autorisent la certitude qu'à la condition d'être réunis chez le même sujet. Tardieu a dit luimême « que les signes appréciables du vice dont il s'agit
1. Un pédéraste écrivait à Tardieu : * Monsieur le docteur, voilà comme je suis. D'abord j'ai pris souvent des lavements pour maladies de plusieurs espèces et j'en ai pris également pour rafraîchissement d'une chaude-pisse qu'il y a environ cinq ans que j'ai attrapée, et je ne suis pas été bien guéri et je m'en sentirai tant que je vivrai, et depuis ce temps il m'est impossible d'aller au sexe. Et il s'est formé une grosseur à l'anus du côté gauche qui me vient grosse comme un œuf à chaque fois que je fais ribotte, et même presque à toutes les lunes, et après cela me démange que je suis obligé d'y passer mon doigt pour me gratter ; mais pour toute autre chose jamais je n'ai fait profession de rien ; je suis certain de ma personne pour cela. Monsieur, vous pouvez examiner les circonstances et me sonder. »
Un autre, qui prétendait que sa santé lui interdisait les plaisirs sexuels, écrivait : * Le délabrement de mou estomac et de mes organes est tel que la moindre velléité de tentation de ce genre offrirait pour moi un danger de mort. »
(Attentats aux mœurs, p,^ 2^9^)