‹ Manuel de médecine légaleChapitre 273 sur 353 · ANALYSE CHIMIQUE · texte numérisé non relu

ANALYSE CHIMIQUE

tile celui-là, puisqu'il s'agit dans les deux cas de mettre en évidence la matière colorante du sang. Il est bien entendu que ni l'un ni l'autre de ces moyens ne peut faire affirmer qu'il s'agit de sang humain, puisque la matière colorante est la même chez tous les animaux à sang rouge.

Analyse chimique. — Les procéde's chimiques n'offrent pas autant de certitude que les précédents, parce que certaines matières de l'organisme, telles que le mucus nasal et la salive, se comportent de la même manière que le sang.

Le sang, dissous dans l'eau en quantité inappréciable à la vue, ou répandu sur un objet incomplètement lavé, mis en contact avec de la résine de gaïac et du bioxyde d'hydrogène {eau oxygénée), développe aussitôt une coloration bleue ou bleu verdâtre persistante.

Voici comment on procède à cette recherche :

On prépare de la teinture de gaïac avec de l'alcool marquant 83 degrés et de la racine de gaïac détachée du milieu même d'un morceau volumineux; d'autre part, on ajoute de l'eau oxygénée (bioxyde d'hydrogène, antozone) avec del'éthersulfurique pur, et l'oi^ohtient de l'éther ozonisé qui est versé dans un vase à l'émeri et que Ton conserve dans un vase rempli d'eau froide à l'abri des rayons lumineux.

L'eau oxygénée remplit le même but que l'éther ozonisé, mais elle présente l'inconvénient de s'altérer plus rapidement.

Lorsque l'objet sur lequel le sang est iixé est blanc et peut être lavé, on le place dans une petite capsule de verre ou de porcelaine, et on le mouille avec un peu d'eau distillée froide, afin de dissoudre entièrement la tache ; on ajoute dans le liquide décanté quelques gouttes de teinture de gaïac et un peu d'éther ozonisé ; dans le cas de la présence du sang, le mélange acquiert aussitôt une teinte bleue ou bleu verdâtre.

Mais les taches de sang se rencontrent très souvent sur des vêtements diversement colorés ou sur le feutre, et alors elles ont perdu la teinte brune qui les caractérise ; mais, en présence de l'eau, la matière colorante du sang reprend assez vite sa coloration habituelle.

Quand le sang est répandu sur un tissu de cette nature, que les taches ne sont pas visibles, ou que le drapa été lavé, voici d'après Taylor, comment on opère :

La portion suspecte du tissu est mouillée avec de l'eau dis-

tillée. Deux ou trois feuilles de papier buvard blanc, préalablement essayées par le gaïac, sont vigoureusement pressées sur la tache mouillée ; si la tache est produite par la matière colorante du sang, une tache rougeâtre ou jaune rougeâtre, ou (si c'est du vieux sang) une tache brune s'imprime sur le papier. Le chimiste peut alors, avant d'ajouter du gaïac, être en état de se former une opinion et d'apprécier si la tache est telle que pourrait la produire du sang. S'il obtient une couleur rouge, il peut traiter par l'ammoniaque un morceau de papier taché pour voir si cet alcali change la couleur en teinte cramoisie ou verte. Sur un autre morceau de papier, on laissera tomber une ou deux gouttes de teinture de gaïac. Qu'il se manifeste tout à coup un changement en couleur bleue, alors' une recherche par les procédés physico-chimiques précédents^ est absolument nécessaire pour déterminer si le principe colorant est dû au sang ou à toute autre cause.

Si la tache sur le papier ne subit pas de changement par l'addition du gaïac seul, on y verse quelques gouttes d'éther ozonisé ; dans le cas de la présence du sang, le morceau de papier taché acquiert une couleur bleue variant d'un bleu de ciel pâle à la teinte de l'indigo foncé, en rapport avec la quantité de matière colorante qui s'y trouve, sauf cependant le cas de la présence du mucus nasal et de la salive qui se comportent de la même manière que le sang.

Au contraire l'absence de toute coloration par l'emploi successif de la teinture de gaïac et de l'éther ozonisé est un indice certain que la tache suspecte n'est pas produite par du sang.

Emploi du spectroscope. — Lorsque les taches ont une certaine étendue, sont d'origine récente et se dissolvent facilement dans l'eau, l'emploi du spectroscope peut fournir des résultats très prompts et très sûrs. Mais comme cet instrument ne peut fournir des renseignements sur la nature de l'animal qui a fourni le sang et que le plus souvent on ne soumet à l'expert que des taches anciennes et de petite dimension, le spectroscope ne peut que rarement être employé en médecine légale.

M. E. Cherbuliez a récemment proposé (thèse de Paris, 1890) un procédé d'examen spectrométrique du sang basé sur l'affinité de l'oxyde de carbone pour l'hémoglobine. L'emploi

Page 1