ILLISIBLE
Cette chemise est couverte sur ses deux pans de nombreuses et larges taches d'une coloration rouge ou rosée. Sur le pan de derrière ces taches acquièrent une certaine épaisseur, mais sans véritable empèsement du tissu sous-jacent. — En aucun point on ne remarque de taches à contours sinueux, bien limités, et empesant le tissi comme celles que produit le sperme en se desséchant sur du linge^
L'examen microscopique de ces taches a été pratiqué comme il çs^ dit précédemment, à propos de la première chemise. — Elles se sont montrées composées d'un grand nombre de cellules épithéliales pavimenteuses et de corpuscules sanguins en proportion plus o^ moins considérable suivant l'échantillon examiné. — Sur aucune préparation nous n'avons pu apercevoir de spermatozoïdes.
Conclusions : 1® La chemise de la fille B... est couverte de tach« qui présentent l'aspect et la composition histologique des taches pr( venant d'un écoulement sanguin menstruel. »
2" Il n'existe pas de taches de sperme sur cette chemise.
KAPPORT SUR UN CAS DE PÉnÉRASTIE. — ACCUSATION MAL FONDÉE PORTÉE PAR UNE FEMME CONTRE SON MARI. — EXAMEN. {VoyCZ page 31.)
Je soussigné, Paul Brouardel, professeur de médecine légale à la Faculté de médecine de Paris, membre de l'Académie de médecine, commis par la Cour d'appel de Riom en vertu d'un jugement en date du 29 juillet 1884, ainsi conçu :
« Ouï, à l'audience du 18 juin dernier les avoués des parties en leurs conclusions; M. Georges Salvy, avocat pour l'appelant, M. Doumerc, avocat, pour l'intimée en leurs plaidoiries, M. Caron, avocat général en ses observations et conclusions verbales et motivées, ouï de nouveau à l'audience d'hier lundi, 28 juillet, les avoués des parties en leurs conclusions ; M. Caron, avocat général, en ses observations et conclusions verbales ei motivées.
« La Cour dit et ordonne que par M. le docteur Brouardel,. médecin légiste, demeurant à Paris, que la Cour commet d'office à cet effet, la femme P... sera vue et visitée, dira l'expert, si, sur la personne de cette femme et d'après l'état de ses organes, il existe des lésions, signes ou traces physiques caractéristiques des actes de sodomie auxquels son mari se serait livré sur elle ; le charge de préciser autant que possible l'époque à laquelle remonteraient ces actes contre nature, de constater les désordres qu'ils auraient occasionnés dans la région où les violences alléguées auraient été commises, dira aussi le dit expert, l'influence qu'elles ont pu avoir sur l'état général de la santé de la dame P. . . . Désigne pour recevoir le serment de l'expert, M. le Président du Tribunal civil de la Seine ou le magistrat qui sera délégué par ce dernier, dit que le rapport de M. le Docteur Brouardel devra par lui être adressé sous pli recommandé au greffe du Tribunal civil de Mauriac (Cantal) pour y être déposé, pour après le dit dépôt effectué et les enquêtes achevées être pour les parties conclu et par le Tribunal statué ce qu'il appartiendra.
Serment préalablement prêté entre les mains de M. le Président du Tribunal civil de la Seine, ai procédé à l'examen de madame,?... le 14 février l88o.
Madame P âgée de 23 ans est d'une taille moyenne et paraît
peu vigoureuse. Cette dame nous déclare avoir toujours eu une bonne santé jusqu'à l'époque de son mariage fin avril 1880. Elle serait restée avec son mari jusque vers la fin du mois d'août de la même année, et depuis cette époque elle n'aurait jamais eu de rapport avec ce dernier. Au début de son mariage cette jeune femme avait une bonne santé, nous déclare-t-elle, puis peu de temps après l'appétit aurait diminué, les digestions seraient devenues pénibles, elle aurait éprouvé des douleurs en allant à la garde-robe, et son
état général se serait tellement aggravé que dans son pays on la croyait poitrinaire. D'après elle l'altération de la santé aurait eu pour] cause, les actes contre nature auxquels son mari se serait livré sur] elle. Après plusieurs tentatives infructueuses, par trois fois ces actesj de sodomie auraient été complètement accomplis.
Avant son mariage la dame P.,. n'aurait jamais eu de pertes] blanches, ses époques menstruelles auraient toujours été un pei îrrégulières . Pendant les quelques mois de sa cohabitation avec soni mari elle aurait eu des pertes blanches qui auraient complètement] disparu après la séparation.
La dameP... n'aurait jamais eu de perte de connaissance, ni avant ni après son mariage ; elle n'accuse aucun trouble nerveux grave] ni bien caractérisé, nous trouvons seulement un peu d'anesthésie,! mais pas d'analgésie. Elle répond assez nettement aux questions^ qu'on lui pose. Les organes génitaux sont normalement constitués. Les grandes lèvres sont un peu maigres' et les petites lèvres sont] très peu développées. Le clitoris n'est pas volumineux. L'orifice du] vagin est souillé par quelques mucosités. La, membrane hymen présente une déchirure bilatérale avec un petit tubercule médian. Le^ vagin n'est pas très dilaté ; ses dimensions sont celles que l'on trouve! chez les femmes qui n'ont pas eu d'enfant. Le canal de l'urèthrej n'est le siège d'aucun écoulement anormal. Les ganglions inguinaux ne sont pas tuméfiés. L'anus présente son aspect normal. 11 n'y a pas de dépression infundibuliforme et les plis radiés sont parfaitement conservés. A laj partie antérieure de l'anus se trouve une petite hémorrhoïde. Le doigt introduit dans l'orifice anal est fortement serré par la contraction du muscle sphincter de l'anus. Sur aucune partie du pourtour: de l'anus on ne voit et on ne sent de cicatrices ancienne ou récente, profonde ou superficielle.
Il n'existe donc chez cette femme aucun des signes considérés comme caractéristiques de sodomie. En effet, il n'y a pas de déformation infundibuliforme de l'anus, ni de relâchement du sphincter ; les plis anaux sont parfaitement conservés.
Notre examen personnel, fait le 14 février 1885, nous permet de conclure ainsi: 11 n'existe sur madame P... aucun des signes qui ont été considérés comme caractérisant les actes de pédérastie passive.
RAPPORT SUR UN CAS DE DÉFLORATION ANCIENNE. CICATRICES DE l'hYMEN.
{Voyez pages 11, 16 et 20).
Nous soussignés, Paul Brouardel et Laugier, docteurs en médecine, commis par M. Auguste Adam, Juge d'Instruction près le Tri-
bunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 27 novembre 1880, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre C... Michel. Inculpé de tentative de viol sur la personne de Louise F...
« Attendu la nécessité de procéder à un examen.
« Ordonnons qu'il y sera procédé par MM. Brouardel et Laugier, docteurs en médecine. »
Serment préalablement prêté avons j)rocédé à cet examen le 2 décembre 1880.
L'examen des organes génitaux a fourni les résultats suivants : La membrane hymen n'est pas détruite, elle est en forme de bourrelet facilement dilatable ; sur le bord droit et inférieur on voit une petite encoche qui se continue avec une petite cicatrice blanchâtre mesurant un à deux millimètres.
L'orifice vulvo-vaginal est très facilement dilatable.
Les autres parties de la muqueuse ne présentent aucune lésion récente ou ancienne.
La divergence qui existe entre les différents rapports s'explique aisément si on considère les dates des examens. Celui du Docteur Brouardel a eu lieu le i^^ novembre (4 ou 3 jours après l'attentat). celui du Docteur Laugier a eu lieu le 6 novembre (10 ou 11 jours après l'attentat). Celui que nous avons fait en commun est en date du 2 décembre (35 jours après l'attentat).
Or, dans le rapport du Docteur Brouardel on lit : En bas et à droite, le bord de la membrane hymen présente une déchirure récente ayant deux à trois mill. d'étendue. Les lèvres de la déchirure sont légèrement enflammées, un peu rouges et gonflées. La cicatrisation n'est donc pas encore complète.
Le Docteur Laugier six jours plus tard ne constate plus « aucune déchirure ancienne ou récente. » Enfin dans notre examen en commun, le deux décembre, au niveau du point où le Docteur Brouardel avait noté une déchirure non encore cicatrisée, nous trouvons une petite cicatrice blanchâtre avec une petite encoche.
Cette divergence, dirons-nous, s'explique aisément. En effet on ne distingue nettement une lésion de la membrane hj^men qu'à deux moments : 1° lorsque la déchirure est récente, que la cicatrice n'est pas encore faite, que les lèvres de la plaie sont sanglantes ou tuméfiées rouges -, 2° lorsque cette période qui disparait en six ou sept jours est complètement terminée et que le travail de guérison est arrivé à la formation d'une cicatrice blanchâtre. Celle-ci se distingue facilement par sa couleur.
Mais entre ces deux périodes caractérisées l'une par la rougeur de la tuméfaction d'une plaie non encore complètement cicatrisée et l'autre par la coloration blanche de la cicatrice, il existe une période intermédiaire où les lèvres de la plaie ont la couleur normale des tissus environnants.
Ces diverses périodes ne diffèrent pas seulement par la couleur de la cicatrice, elles diffèrent également par le volume des parties blessées. Au début les lèvres de la plaie et la cicatrice sont gonflées et exubérantes, plus tard quand la guéri son est complète, la cicatrice devenue blanche se rétracte et si elle siège sur une membrane dont le bord est libre comme l'hymen, elle détermine une encoche au point primitivement saillant.
Or, M. Brouardel a fait ses constatations quatre ou cinq jours après la lésion, alors que la cicatrice encore .incomplète avait des lèvres rouges et gonflées. Nous avons fait notre examen en commun quand la cicatrice était blanche et rétractée. M. Laugier au contraire a fait son examen le 6 novembre alors que la cicatrice n'était plus tuméfiée, n'était plus rouge et n'était encore ni rétractée, ni blanche. Dans ces conditions une déchirure cicatrisée de deux ou trois millimètres devait presque fatalement passer inaperçue.
Conclusions : 1» La jeune F.... présente actuellement une cicatrice de la membrame hymen, trace d'une déchirure, dont nous ne pourrions fixer la date, si la jeune fille n'avait été examinée le l^"" novembre.
2° Elle présente en outre une dilatation de l'anneau vulvo-vaginal qui permettrait l'introduction plus ou moins complète d'un corps volumineux comme le pénis en érection sans produire de nouvelle^ déchirures.
RAPPORT SUR UNE ACCUSATION DE VIOL MAL FONDÉE SUR UNE ENFANT Di CINQ ANS AYANT SUCCOMBÉ. — AUTOPSIE. — LA MORT EST DUE A Li
DIPHTÉRIE {Voyez page 20).
Je soussigné, Paul Brouardel, professeur de médecine légale à lï Faculté de médecine de Paris, commis par M. Dupont, substitut d^ M. le procureur de la République, près le Tribunal de première ins^ tance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, eii date du 22 avril 1880, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du Code d'instruction criminelle et le prc cès-verbal dressé le 21 avril, par M. le commissaire de police d^ quartier du Val-de-Gràce, constatant l'envoi à la Morgue du cadavi de la jeune L , décédée, rue de Lourcine, 28.
» Commettons M. le docteur Brouardel, à l'effet de procéder l'autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de cons tater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, 23 avril 1880.
Le cadavre est celui d'une petite fille âgée de 5 ans 1/2, bien cons tituée, un peu amaigrie, mesurant 1 m. 12 de longueur.
Le cuir chevelu ne présente pas de gourme ; les ganglions sousmaxillaires et sous-occipitaux sont un peu tuméfiés.
La peau du ventre commence à se putréfier.
La vulve exhale une odeur putride très prononcée. Elle est entourée d'une bordure noirâtre, non ecchymotique qui atteint sa plus iirande largeur (1 centim.), au niveau de la partie antérieure (pénil).
Sur la face interne de chaque grande lèvre, on remarque des ulcérations, deux à droite, trois à gauche, irrégulièrement arrondies, mesurant de 1 cent, à 1 cent. 1/2.
Le clitoris et son prépuce sont entourés par une ulcération linéaire profonde, La fourchette est également ulcérée.
La membrane hymen est réduite à un mince bourrelet ; elle présente à son centre une large ouverture annulaire, admettant facilement l'extrémité de l'index, à bords nets, sans déchirures, mais partiellement détruits du côté gauche par une petite ulcération.
On constate une légère tuméfaction des ganglions des aines.
L'anus ne présente pas de lésions. Il existe sur les cuisses de nombreuses taches éruptives érythémateuses.
Ouverture du corps. — Le crâne et l'encéphale sont sains.
Les piliers du voile du palais, la luette et les amygdales sont recouverts de fausses membranes diphtéritiques.
Les rephs aryténo-épiglottiques sont couverts de fausses membranes qu'on trouve également dans le larynx, la trachée et les grosses bronches jusqu'à leur troisième division. Ces organes contiennent aussi de l'écume spumeuse.
Les poumons sont volumineux, très congestionnés, ils sont peu crépitants, et surnagent incomplètement ; ils offrent en certains points, notamment aux bases un aspect carnifié (pneumonie lobulaire). 11 n'existe T)as d'ecchymoses sous-pleurales.
Le ventricule droit contient un petit caillot fibrineux. Le ventricule gauche est vide. Les valvules sont saines.
L'estomac renferme une petite quantité de liquide aqueux.
Les autres organes abdominaux sont sains ; le foie, la rate, les reins ont leur apparence normale.
Conclusions : 1» La mort de la jeune L , est le résultat d'une
diphtérie qui a envahi l'arrière-gorge, la gorge (angine diphtéritiquej, le larynx (croup), les grosses bronches ;
2° Les lésions constatées à la vulve sont des ulcérations gangreneuses, telles qu'on en voit survenir dans le cours des maladies infectieuses, chez les petites filles lorsqu'elles sont soignées dans des hôpitaux d'enfants ou chez celles qui sont isolées, mais entourées de soins de propreté insuffisants ;
3° Celte petite fille n'est pas défiorée. On ne constate sur les orga- " nés génitaux aucune trace de violence. Les ulcérations gangreneuses
de la vulve ne résultent pas d'attouchements ou d'affections vénériennes, mais de la maladie générale elle-même.
RAPPORT SUR UN CAS d'AVORTEMENT CRIMINEL. — DEUX ACCUSÉS .* UN MÉ- DECIN ET LA FEMME SUR LAQUELLE LES MANOEUVRES ONT ÉTÉ PRATIQUÉES
AVEC SON CONSENTEMENT ' [Voycz page 101).
Je soussigné, Paul Brouardel, professeur de médecine légale à la Faculté de médecine de Paris, commis par M. Ragon, juge d'instruction près le Tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 4 mars 1881, ainsi conçue :
« Vu la procédure en instruction, contre les nommés C , Philippe, docteur en médecine et tille C , fourreuse, inculpée d'avor-
tement ;
« Attendu qu'à la date du 27 janvier 1881, M. le docteur Brouardel, commis par le Parquet, à l'effet d'examiner la fille C , Anna,
inculpée d'avortement ;
« Attendu que cette fille, actuellement détenue à Saint Lazare, accuse de violentes douleurs dans le bas-ventre, et un état de maladie grave qu'elle impute aux pratiques abortives, qui auraient été accomplies sur elle par le docteur C ;
« Commettons M. le docteur Brouardel, à l'effet de visiter à nouveau la fille C , et après avoir recueilli d'elle les détails relatifs à
l'opération qu'elle aurait subie, de l'examiner et de dire : l'état dans lequel elle se trouve, si les douleurs qu'elle ressent sont dues au^ pratiques opérées sur sa personne, et qu'elles peuvent en être les coi séquences. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à l'examen de la fille C , le 7 mars 1881.
La fille C , est depuis notre visite du 28 janvier, très afiaiblie.
Elle nous paraît plus pâle, plus maigre qu'à cette époque.
Interrogée sur les maladies qu'elle a éprouvées d'abord avant \\ grossesse qui s'est terminée à la fin de janvier, puis sur les accident^ qui sont survenus pendant la grossesse, et depuis cette fausse cou-' che, elle nous répond sur le premier point, que depuis son arrivé* à Paris en 1814, elle a eu des abcès autour du cou dont on voit lel nombreuses cicatrices difformes.
Dès cette époque, elle aurait eu « une maladie de poitrine ». El 1875, elle aurait fait une fausse couche de deux mois. Cette fauss couche n'aurait pas été suivie de phénomènes inflammatoires. Maij bientôt elle aurait eu une arthrite du genou, les abcès du cou se S6
1. Cette affaire a eu un grand retentissement à Paris, le docteur C , qui exerj
çait en même temps la pharmacie, a été condamné à cinq ans de prison.
raient reproduits, de nouveaux troubles pulmonaires seraient survenus et cette fille aurait dû pour ces diverses causes entrera Fliôpital à plusieurs reprises, à TIIôtel-Dieu, à la Pitié, à la Charité et à Necker. C'est pour des troubles analogues survenus dans sa santé qu'elle aurait été soignée par le docteur C , depuis le mois de septembre 1879.
Pendant toute cette période, les accidents accusés parla fille C ,
sont de nature scrofuleuse. La fausse couche de 187S ne semble pas avoir provoqué des désordres utérins ou péri-utérins spéciaux. Si les règles ont été à diverses reprises supprimées, comme l'affirme
la fille C , ce trouble menstruel s'explique facilement par l'état de
la santé générale.
En août 1880, la fille C , aurait pris un amant et serait presque
de suite devenue enceinte. Pendant cette grossesse, il serait survenu des troubles nerveux caractérisés par des syncopes plus ou moins profondes, des douleurs dans les diverses régions du corps, des points de côté siégeant plutôt dans l'abdomen, mais sans localisation précise. L'appétit aurait diminué, la faiblesse aurait été très marquée, la marche difficile. Toutefois, il ne semble pas que cet état de santé ait forcé la fille C...., à prendre le lit, ni même à interrompre son travail.
En tous cas, la fille C affirme que ces douleurs auraient été
en augmentant jusqu'à la visite qu'elle fit le 24 janvier, chez le docteur C
Pendant cette grossesse la fille C avoue qu'elle avait usé de
drogues dans le but de se faire avorter. Elle dit qu'elle prenait du safran dans du café ; soit pur, soit mélangé aune certaine quantité de feuilles sèches.
Le 2i janvier, au matin, elle se serait rendue chez le docteur C... Celui-ci l'aurait fait placer sur un fauteuil à bascule, et lui aurait introduit dans les parties génitales un instrument qu'elle n'a pas vu et dont elle ne peut définir ni la forme, ni la nature. L'introduction de cet instrument n'aurait pas été douloureuse, et n'aurait i)as déterminé d'écoulement de sang ; l'inculpée n'aurait du reste pas constaté ultérieurement détaches sanguines sur sa chemise ; mais deux heures après environ, et alors qu'elle était revenue dans son atelier, elle aurait senti un liquide aqueux s'écouler petit à petit du vagin (et non de l'urèthre), et mouiller ses vêtements.
Après les manœuvres exercées sur elle, elle se serait sentie affaiblie, aurait eu des nausées, rendant l'alimentation presque impossible, et cet état général aurait persisté, mais sans augmentation do douleurs de ventre, jusqu'au moment de l'accouchement dans la nuit du 20) au 27 janvier, c'est-cà-dire pendant trois jours.
La fille C donne, relativement aux circonstances qui ont accompagné et suivi son accouchement, les mêmes détails qui ont été exposés dans notre précédent rapport. Depuis notre première visite. LuTAUD, Méd. lég. 45
elle aurait éprouvé de vives douleurs dans le ventre, son état de maladie augmentant, elle serait de nouveau entrée à THôtel-Dieu, où elle aurait eu une inflammation du bas-ventre, une péritonite, dit-elle. Elle se plaint, en outre, d'avoir une toux très fatigante, de manquer d'appétit et de ne pouvoir dormir. Elle est, d'ailleurs, dans un état d'excitation nerveuse extrême ; son récit est continuellement interrompu par des sanglots, et elle parle avec exaltation des conséquences que sa faute pourra avoir pour elle-même et pour sa famille.
Le ventre n'est pas tuméfié, et ne paraît pas très douloureux à la pression ; les douleurs que la fille C éprouverait en cette région seraient spontanées et ne siégeraient pas toujours aux mêmes points. Le fond de l'utérus ne dépasse pas le bord supérieur du pubis.
Par le toucher vaginal, on constate que le col de l'utérus est un peu plus volumineux qu'à l'état normal, qu'il est mou, que le ballottement de l'utérus est douloureux. Mais il est difficile d'apprécier la réalité et l'intensité de la douleur, parce que l'inculpée pousse sans interruption, même quand on ne la touche pas, des cris et des plaintes inarticulés.
Par le toucher combiné avec la palpation abdominale, on trouve l'utérus un peu volumineux, en antéflexion et antéversion légères. Les culs-de-sac vaginaux sont libres, on ne perçoit aucune tuméfaction, ni pelvipéritonite, ni phlegmons des ligaments larges. Toutefois, l'utérus est peu mobile, il semble retenu par des fausses membranes, des adhérences résultant d'une pelvipéritonite antérieure, dont il serait d'ailleurs impossible de fixer la date.
L'examen au spéculum ne laisse voir aucune cicatrice du col, il n'y a pas d'ulcérations. L'orifice n'est pas entr'ouvert, il est transversal et mesure un centimètre environ. Les lèvres ne sont pas déchirées.
La percussion de la poitrine montre que les deux sommets des poumons, surtout le gauche, sont mats. L'auscultation permet d'entendre des craquements secs au sommet des deux poumons en arrière, et une respiration soufflante avec retentissement de la voix en avant.
Aujourd'hui, 7 mars, la fille C n'a pas de fièvre.
A la base du cœur, au premier temps on entend un souffle doux d'anémie.
Conclusions : 1» La fille G est atteinte d'une bronchite tuberculeuse ancienne ;
2° Les organes génitaux, utérus et annexes, ne sont pas actuellement le siège d'une inflammation en évolution ;
30 Les adhérences notées plus haut qui limitent l'étendue des mouvements que l'on peut imprimer à l'utérus, sont la conséquence
d'une inflammation du péritoine du petit bassin ; on ne pourrait préciser la date de cette inflammation ;
4" En admettant que cette inflammation eut succédé à la fausse couche du 27 janvier, cette pelvipéritonite aurait été peu intense, car elle peut être dès maintenant considérée comme guérie. La cause réelle de cette lésion ne saurait être déterminée. En efl'et, la pelvipéritonite survient parfois après les fausses-couches spontanées, surtout lorsque les malades ne se soumettent pas à un repos rigoureux. Elles surviennent plus souvent après les fausses couches provoquées, précisément parce que cette nécessité du repos est alors généralement mal observée ;
5° On ne peut donc dire, si les douleurs accusées parla fille C
et si la pelvipéritonite qu'elle aurait eue, doivent être attribuées aux pratiques abortives qui auraient été opérées sur sa personne, ou si elles ont pu survenir spontanément après un avortement naturel ou provoqué.