NULLITÉ DU MARIAGE, — HERMAPHRODISME
Vabsence du vagin, qui coïncide presque toujours avec celle de l'utérus, est une cause incontestable d'impuissance.
Les tumeurs obstruant le vagin, la chute de l'utérus, son déplacement, ainsi que toutes les autres maladies de cet organe ne sauraient être rangées parmi les causes d'impuissance : non seulement ces états morbides sont acquis ou se développent après le mariage, mais ils sont encore, dans un bon nombre de cas, susceptibles de guérison.
De l'hermaphrodisme. — L'article 180 du Code civil admet la nullité du mariage dans lequel un individu aura été trompé à l'égard du sexe de la personne qu'il aura épousée.
Or, il peut se faire que l'homme ou la femme présentent certains vices de conformation des organes génitaux capables de les faire prendre comme faisant partie d'un sexe auquel ils n'appartiennent pas. C'est cette difformité qu'on a désignée sous le nom d'hermaphrodisme.
Quoique dans la grande majorité des cas l'erreur soit reconnaissable et le sexe de l'individu facile à rétablir, on possède cependant plusieurs observations d'hermaphrodisme qui ont suscité les discussions et les controverses des hommes de l'art. Il peut, en effet, se présenter une disposition des organes génitaux telle que la détermination du sexe n'est pas possible ou est tout au moins très difficile ; ce vice de conformation a été appelé hermaphrodisme neutre. Cette variété est très rare et les individus qui la présentent doivent être considérés comme appartenant au sexe masculin. En 1816, le garde des sceaux, consulté sur le sexe qu'on devait attribuer à un hermaphrodite neutre, répondit « que les erreurs de la nature, rares heureusement, ne doivent pas être trop approfondies lorsqu'elles se présentent, et que c'est aux individus qu'elles concernent ou à leurs parents à choisir le sexe qui parait leur convenir. » La législation allemande agit ainsi, mais on conçoit facilement combien le procédé peut présenter d'inconvénients.
Les questions relatives h l'hermaphrodisme ne nous paraissent pas définitivement jugées. Nous avons présenté il y a quelques années à la Société de médecine légale (décembre 1876) l'observation d'un individu qui a présenté jusqu'à l'âge de 40 ans les caractères d'un hermaphrodite avec prédominance du sexe féniinin et a pu avoir des rapports sexuels. Ce même individu a vu ensuite son pénis se développer et
a pu remplir, quoiqu'imparfaitement, les fonctions mâlesdans l'état sexuel. On a trouvé du sperme dans le produit d& son éjaculation. Il n'est pas douteux que cet hermaphrodite^ qui a pu jouer le rôle de deux sexes, n'ait occasionné d'intéressants débats judiciaires s'il avait contracté mariage en France.
Un autre cas intéressant d'hermaphrodisme est celui d'Alexina B..., inscrite comme fille dans les registres de l'état civil et élevée dans un pensionnat où elle exerça ensuite les fonctions de sous-maîtresse. Les sensations qu'elle éprouvait au contact des jeunes filles et d'autres symptômes ayant fait naître des doutes sur son sexe, elle se décida à subir un examen médical. Alexina avait une vulve et un vagin rudimentaire,. mais elle n'était pas réglée, n'avait pas les seins développés, avait un pénis et l'on sentait des testicules dans les bourses qui ressemblaient à des grandes lèvres. L'erreur fut reconnue par un jugement du tribunal de la Rochelle qui modifia l'inscription des registres de l'état civil. Alexina B... s'estsuicidée troiS' ans plus tard, en 1868, en laissant un journal très intéressant des combats et des agitations auxquels elle avait été en proie i.
Nous avons publié une nouvelle observation d'hermaphrodisme {Journ. de méd. de Paris, 27 septembre 1885). Henriette W. âgée de 25 ans, inscrite comme fille à l'état civil et élevée dansun pensionnat de demoiselles, présente le visage et la poitrine d'une femme. Mais les organes génitaux sont constitués par un petit pénis de 3 cent, de longueur qui a été pris pour un clitoris. Ce pénis est impeiforé et on trouve au-dessous une petite ouverture qui a été prise pour le vagin et conduisant à la vessie. Il n'existe pas d'utérus. Henriette \V. est un hermaphrodite hypospade avec prédominance du sexe masculin^ C'est donc un homme.
L'hermaphrodisme peut encore soulever une importantequestion à propos des droits politiques qui sont le privilège del'homme. Une personne, dont le sexe est douteux, pourra-t-elle voter, pourra-t-elle être élue pour remplir des fonctions publiques ^ ?
Néanmoins, l'expert appelé à déterminer le sexe d'un individu viendra facilement à bout de sa mission par un examen
4. Voy. Tardieu, Questions méd . lég. sur l'identité. Paris, 1872. 2. Ce cas s'est présenté aux Étals-Unis à propos d'une élection. (Voy. l'intéressante observation de LevySuydam, dansl'/lmer. Journ. ofthemed. 5C., juillet 1847..