I. — De la grenonillette
Anatomie chirurgicale. — On désigne sous ce nom une tumeur placée sous la langue, faisant saillie à l'intérieur de la bouche, quelquefois aussi à l'extérieur, et remplie d'un liquide épais et visqueux comme du blanc d'œuf. On l'avait attribuée, sans aucune preuve, à la dilatation du canal de Wharton, oblitéré à son orifice externe; puis, tout aussi gratuitement, on en a fait une sorte d'hydarthrose de la bourse muqueuse de Fleischmann. Il est très facile de s'assurer que le conduit de Wharton n'est pas oblitéré, soit en en faisant jaillir la salive, soit en y introduisant une sonde. Richet a rencontré un kyste auquel aboutissait le conduit de Wharton; mais il semblait que celui-ci eût été divisé antérieurement. La grenouillette est la transformation kystique d'une des grappes de la glande sublinguale dont le
conduit excréteur est oblitéré. Périer el moi l'avons vu coïncider avec un kyste de la région sus-hyoïdienne. Dolbeau a décrit comme grenouillette sanguine une tumeur érectile de la région. Quoi qu'il en soit, la grenouillette est au nombre des tumeurs les plus sujettes à récidive, et l'on peut en juger par le nombre des procédés auxquels elle a donné naissance. Je ne ferai que mentionner Vincision, la ponction simple ou avec le cautère actuel, V introduction de tentes ou de bougies, le séton employé par Physick, le bouton à demeure, conseillé par Dupuytren. Il reste à parler des injections irritantes, de l'extirpation et de l'excision, aidée ou non de la cautérisation.
1° Injections iodées. — Bouchacourt, après avoir évacué la tumeur à l'aide d'un petit trocart, y faisait des injections de teinture d'iode.
Seulement il faut être averti de deux choses. Premièrement, le liquide est quelquefois si épais qu'il ne saurait s'écouler par la canule du trocart; il faut alors faire avec le bistouri une incision suffisante. Deuxièmement, il est à propos de pousser d'abord une ou deux injections avec de l'eau tiède pour laver les parois du kyste, et les débarrasser des restes du liquide visqueux qui empêcherait l'injection iodée d'agir avec autant d'efficacité. Du reste, l'injection soit de vin, soit de teinture d'iode est le plus souvent, sinon à peu près constamment, inefficace.
2° Extirpation. — Déjà conseillée par Celse, puis rejetée mal à propos comme trop redoutable, elle a été pratiquée par Malgaigne plusieurs fois. On commence par exciser la partie supérieure du kyste, selon le procédé ordinaire; puis, saisissant la paroi interne avec des pinces, on cherche à la séparer de la muqueuse d'abord, puis du plancher de la bouche, soit par des tractions ménagées, soit en la disséquant avec le bistouri ou les ciseaux.
On comprend que l'extirpation complète enlève toute chance de récidive, et qu'en laissant même quelques lambeaux, sur lesquels on passe le nitrate d'argent, la guérison radicale est plus assurée encore que par tout autre procédé. Malheureusement ce procédé est peu applicable parce qu'on s'expose en attaquant la paroi profonde à voir survenir des hémorrhagies. C'est ce que j'ai vu arriver entre les mains de Malgaigne et l'hémorrhagie en raison de son siège a été fort difficile à arrêter.
3° Excision. Procédé de Jobert. — Il commence par disséquer la muqueuse buccale sur la face antérieure de la tumeur, en