II. — S>ectioii rtn filet de la langue
Anatomie chirurgicale. — Le frein delà langue, qu'on nomme filet, lorsqu'il s'étend trop loin sur la face inférieure de cet organe ou qu'il est trop étroit de haut en bas, est formé quelquefois d'un simple repli de la muqueuse ; mais dans d'autres cas la muqueuse
est doublée par un repli de l'aponévrose du plancher buccal. Il faut noter en outre qu'au point où il s'insère à la langue, immédiatement au-dessus de lui, se rencontrent les veines ranines qu'on aperçoit par transparence, qui suivent la direction de la langue même.
Procédé opératoire. — L'enfant assis, la tête renversée sur sa nourrice, un aide lui pince le nez pour le forcer à ouvrir la bouche. Le chirurgien lui soulève la langue avec le pouce, et l'indicateur de la main gauche, en tournant la paume de la main du côté du nez de l'enfant, tandis qu'avec la main droite armée de ciseaux mousses il divise le frein d'un seul coup, en ayant soin de diriger la pointe de l'instrument en bas, et le plus loin possible de la langue.
Si les doigts ne peuvent être introduits sans masquer les objets, on a recours à la sonde cannelée. On engage le filet dans la rainure de la plaque de cette sonde ; on relève fortement la langue, et la section se fait à l'ordinaire. La plaie n'exige aucune précaution ; et lorsque le filet est très-mince, les mouvements de Torgane en préviennent la réunion. Mais lorsqu'il est plus épais, les adhérences sont plus faciles, et il faut veiller avec soin à ce qu'elles ne se reproduisent point.
Les accidents qui peuvent survenir sont : 1° le renversement de la langue dans le pharynx, observé trois foisparJ.-L. Petit, et qui étoufferait l'enfant si l'on ne ramenait l'organe à sa position normale : mais ce cas est très-rare; 2^ l'hémorrhagie, quand on a lésé les veines ranines. Il importe d'autant plus de la reconnaître et de la réprimer, que l'enfant excité par la présence du sang dans la bouche opère des mouvements de succion et de déglutition continuels, qui entretiennent l'écoulement. On conseille, pour y remédier, de toucher la veine lésée avec un morceau de sulfate de cuivre ou avec un stylet chauffé à blanc. J.-L. Petit le comprimait à l'aide d'un appareil fort compliqué et fort incommode. Si la pression avec les doigts ne suffisait pas pour arrêter l'hémorrhagie, il serait beaucoup plus simple de fermer la plaie de la veine avec un point de suture entrecoupée.
Cette opération était fort souvent pratiquée à la fin du siècle dernier. Elle trouve rarement des indications précises, et, pour ma part, je n'ai jamais eu l'occasion de la pratiquer.