II. — Gonflement de la lèvre snpérionre
Anatomie. — Le gonflement delà lèvre supérieure, signe de scrofules en général, peut aussi survenir chez des sujets exempts
de cette maladie. A la dissection, on trouve généralement le tissu cellulaire très épais et infiltré de sérosité; les muscles pâles, décolorés, tantôt aussi minces que ceux d'un vieillard, plus rarement épaissis par l'interposition de tissu cellulaire entre leurs fibres. La membrane muqueuse participe aussi quelquefois à cette hypertrophie.
Procédé opératoire (Paillard). — Le malade est assis sur une chaise basse, la tête appuyée sur la poitrine du chirurgien, debout derrière lui; un aide saisit avec le pouce et l'indicateur la commissure labiale du côlé droit et la tire en avant. Le chirurgien saisit de la main gauche celle du côté opposé, et, avec un bistouri droit, il fait une incision qui s'étend de l'une à l'autre, en commençant sur le bord libre de la lèvre, à une distance de la face antérieure qui varie selon l'épaisseur des tissus qu'il faut enlever. Il dissèque de bas en haut jusqu'à quelques millimètres du frein de la lèvre, et lorsque le lambeau ainsi disséqué ne tient plus que par sa base, il le coupe avec le bistouri ou avec des ciseaux. Ordinairement il y a un grand écoulement de sang, mais qui s'arrête assez promptement de lui-même.
Par ce procédé, on a pour ainsi dire dédoublé la lèvre et produit une plaie avec perte de substance dont les bords, en se rapprochant, ne laisseront à la lèvre que l'étendue naturelle. Aucun pansement n'est nécessaire : seulement on peut établir au bout •de quelques jours un appareil légèrement compressif sur la surface antérieure de la lèvre, pour aider au succès de l'opération.
IIL — Coarctation rto l'orific© ItnccaV.
On peut recourir à tous les procédés généraux que nous avon^ indiqués, et c'est pour la bouche spécialement que le procédé de Boyer a été imaginé et a réussi. Mais il n'en est aucun qui ne soit de beaucoup inférieur à celui de Werneck, qui consiste à recouvrir avec la muqueuse les parties divisées par le bistouri.
Procédé de Werneck. — Un sujet âgé de trente-cinq ans avait la bouche tellement rétrécie, à la suite d'ulcères syphilitiques, qu'il ne pouvait y introduire qu'une petite cuiller. Werneck agrandit l'ouverture des deux côtés avec un bistouri boutonné, fit écarter les mâchoires, tailla alors sur les parties extérieures un lambeau transversal en forme d'ellipse, qu'il enleva jusqu'à fa muqueuse; disséqua ensuite celle-ci dans une étendue de 6 à
7 millimètres; et, la rabattant sur la plaie, la réunit à la peau à l'aide de la suture, de manière à figurer les deux lèvres avec leur rebord muqueux.
Dans un cas analogue, après avoir fendu la bouche des deux côtés pour lui rendre sa largeur ordinaire, il s'aperçut que la muqueuse était altérée et ne pourrait revêtir les lèvres nouvelles. 11 prit alors sur la face interne des joues, vis-à-vis les molaires, des lambeaux de muqueuse saine pour en garnir les angles de la bouche nouvelle, en sorte que la cicatrisation de l'une et de l'autre lèvre put se faire séparément.
C'est un procédé tout semblable qui fut appliqué plus tard par Dieffenbach, à qui Ton en avait à tort attribué la priorité.
lY. — Du bec-de-Iièvre.
Anatomie. — Le bec-de-lièvre se présente dans quatre états différents qui modifient singulièrement les procédés opératoires, On distingue donc :
1° Le bec-de-liètre unique et simple ^ consistant en une scissure congénitale de la lèvre supérieure, à un centimètre environ
FiG. 498.
Degrés du faec-de-lièvre simple.
de la ligne médiane, plus fréquemment à gauche qu'à droite, et dont les bords cicatrisés séparément présentent une petite portion rougeâtre qu'il faut enlever dans l'opération (fig. 4-96);
2° Le bec-de- lièvre double^ dans lequel il y a des scissures séparées par un lambeau médian, dit tubercule labial, àoat la forme et la largeur peuvent beaucoup varier;
3" Le bec-de-lièvre unique, mais compliqué de scissure à la voûte palatine, avec écartement des os plus ou moins considérable (fig. 497 j;
4° Enfin le bec-de-lièvre double et compliqué d'une double fissure des os maxillaires en avant, aboutissant en arrière à une fente médiane qui divise d'ordinaire toute la voûte et jusqu'au voile du palais. Alors aussi, le plus souvent la portion moyenne des os maxillaires, dite tubercule osseux, beaucoup plus développée que le reste de l'os, fait en avant une forte saillie, rendue plus sensible encore quand les dents incisives sont sorties; et par suite de cette saillie, le tubercule labial est repoussé lui-même en avant, jusqu'à s'attacher quelquefois directement à la pointe
FiG. 497.
Bec-de-lièvre double.
du nez. Enfin les dents implantées sur le tubercule osseux peuvent garder leur direction normale ou se dévier en dehors.