‹ Manuel de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 21 sur 232 · I. — Bc la compression des artères en général · texte numérisé non relu

I. — Bc la compression des artères en général

La compression a pour but d'aplatir l'artère et d'effacer ainsi lonientanément son calibre. De là, pour qu'elle soit exacte, cette ouble nécessité : 1 " que l'artère ne soit pas trop profonde ; 2° qu'elle îpose sur un plan osseux. Quand ces conditions manquent, on est ircé de comprimer tout le membre.

Nous indiquerons quatre procédés.

1° Compression avec les doùjts. — On s'occupe d'abord de trouver artère, reconnaissable à ses battements, et de choisir le point sur îquel on la comprimera; puis, on applique sur le vaisseau le pouce u les autres doigts, en observant les règles suivantes :

1° La compression doit se faire dans une direction perpendiculire au plan osseux sur lequel elle appuie.

2" Si l'on se sert du pouce, on l'applique en travers du vaisseau, t l'on appuie comme avec un cachet. Si l'on se sert des autres oigts, on forme avec leurs pulpes réunies un plan horizontal ; on îs range le long du trajet de l'artère, de manière que la compresion s'exerce par trois ou quatre doigts ensemble, tandis que le ouce, placé sur le point opposé du membre ou sur quelque saillie oisine, fournit un point d'appui (fig. ki).

3° La compression doit être aussi légère que possible, suffisante eulement pour effacer le calibre de l'artère : règle bien imporante, et qu'on ne viole point sans se fatiguer horriblement et s'exloser même à relâcher la compression, les doigts meurtris et comme laralysés ne sentant plus à la fin ni la position ni les battements de 'artère.

Lisfranc a donné des indications très-judicieuses pour bien appré- ;ier le degré de force qu'exige la compression d'une artère. S'il 'agit de l'artère humérale, par exemple, le pouce étant appliqué ur Je côté externe du membre, les autres doigts sur le trajet du 'aisseau, on presse légèrement d'abord, et l'on explore les battenents de la radiale. On les sent faiblir peu à peu, à mesure que a compression augmente ; on arrive graduellement à les faire dislaraître; la compression est alors au degré convenable, et il est larfaitemcnl inutile d'appuyer plus fort.

h" L'aide qui comprime doit être placé de telle manière qu'il ^oie les progrès de l'opération sans gêner l'opérateur et sans en Mre gêné lui-même.

5" Si les doigts se fatiguent durant une opération longue, on ap-

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

puie par-dessus les doigts correspondants de l'autre main. Si < ne suffit point, un second aide appuie sur les doigts du prem ou même reprend sa place sur l'artère, en comprimant d'aborc vaisseau mimédialement au-dessus.

6" Si, par un mouvement des doigts ou du malade même, vaisseau cessait d'être oblitéré, au lieu de doubler l'effort det compression, il faut, avec fermeté et promptitude, la rétablir i l'axe du vaisseau et perpendiculairement au plan osseux, comii auparavant.

FiG. M.

Coinpressioa do l'iiumérale avec les doigls.

7" La compression doit se continuer jusqu'après l'application dd moyens hémostatiques définitifs. Toutefois, si l'opérateur a beso( du jet du sang pour reconnaître la bouche des vaisseaux, l'aide i fait que soulever légèrenaent les doigts, sans quider l'artère, et i les réappliquant aussitôt.

HÉMUSTAblE. 61

2" Compression avec la pelote ou le cachet. — On place sur le ajet du vaisseau une pelote à compression, ou simplement une ande exactement roulée, sur laquelle on appuie avec les doigts, es règles sont les mêmes; d'où il suit qu'avec tous les mconvéienls du premier procédé, celui-ci a encore le désavantage d'un istrument qui ne sent pas l'artère.

La pelote surmontée d'un manche et appliquée comme un caliet, expose moins k se fatiguer ; mais elle est sujette à se déran-

FiG. Ii2.

Garrot constitué par le mouchoir, la cravate et le sabre du i)lessé.

^er, et ne convient guère que pour l'artère sous-clavière et l'aorte abdominale.

?>" Le garrot. — Le garrot se compose d'une pelote, d'un lacs, d'une plaque de corne ou d'écaillé, et d'un bâtonnet de corne ou

MALGAIGNE. — MÉU. OPÉR. — 8" édlt. 4

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

de bois, armé d'une ficelle à son extrémité. On applique la pelo j, sur l'artère, la plaque au côté opposé du membre; on les fixe' 1 aide du lacs, dont on entoure deux fois le membre sans le serret et dont on noue les extrémités sur la plaque. On passe entre i nœud et la plaque le bâtonnet, de façon que le lacs réponde à ; partie moyenne ; et, en le faisant tourner en moulinet, on tord lacs sur lui-même, etl'on exerce ainsi une constriction qui appliqq la pelote sur l'artère. Un aide maintient le bâtonnet au degré c constriction convenable, ou bien on le fixe au lacs à l'aide de ficelle qui pend à son extrémité.

11 est d'usage d'assujettir d'abord la pelote avec une cômpres.' ou une bande, afin de préserver la peau d'une striction immédiate la pelote même n'a guère d'autre utilité ; et le garrot, qui ne s'ap plique qu'à la cuisse et au bras, n'agit pour ainsi dire qu'en com primant également sur l'os tous les points du membre.

C'est assurément le plus fort et le plus sûr de tous les moyei compressifs. Mais outre que son emploi est borné à la pari " moyenne des membres, on lui reproche de s'opposer à la rétrac tion des muscles, et de contondre la peau pour peu que la prei' sion soit forte. Je l'ai employé et vu employer dans la campagri de Pologne, et je n'ai pas remarqué cette contusion de la peaui mais je lui ai trouvé deux inconvénients graves : 1° la difficulté c lever et de rétablir la compression instantanément pour révèle? par le jet de sang, les bouches des artères ; 2° la constriction gènô raie qui s'étend aux veines empêche le retour du sang, et fait pleï voir à la surface du moignon une hémorrhagie veineuse, qui ri cesse que quand le garrot est complètement enlevé.

Ces inconvénients et les perfectionnements apportés àla construa tion des tourniquets ont fait abandonner à peu près complètemer l'usage du garrot, qui ne trouve plus guère son utilité que daLi les cas d'urgence absolue, comme il s'en rencontre un si grain nombre sur les champs de bataille. On peut alors se servir di mouchoir, de la cravate du blessé serrée avec le fourreau du sabre d'un morceau de bois ou de tout autre tige rigide. Il faut avoir soi» d'appliquer sur la partie qui correspond à l'artère un tampon ci quelque cot'ps exerçant line compression. Un ou plusieurs nœuo' faits au lien constricteur peuvent quelquefois suffire. L'applicatiC' du garrot ne saurait jamais être que temporaire et continuée ser lement jusqu'au moment où l'on pourra appliquer des moj'ei hémostatiques plus certains et présentant moins d'inconvénients.

U° Le tour nique f dé J. L. Petit. — Le tourniquet de Petit e formé de deux plaques carrées, un peu cintrées, dont la supérieui

HÉMOSTASIE.

'écarte ou se rapproche à l'aide d'une vis de pression fixée sur inférieure; celle dernière est munie d'un coussin recouvert en liamois. Une autre pelote libre et un lacs fixé aux plaques complèent l'appareil.

Les plaques étant rapprochées, on applique le coussin qui revêt inférieure sur le trajet de l'artère, la pelote libre au point opposé u membre, et l'on entoure le membre avec le lacs médiocrement erré ; puis on fait agir la vis, qui, écartant les deux plaques, lousse l'inférieure contre l'artère, et établit une compression sûre t efficace.

FiG. /i3.

Tourniquet de .T. L. Petit modifié. — A, pelote appliquée sur l'nrtc'Te. — n, pelote pincée au coté opposé du membre. — C, sangle lioiicléo servant ù fixer l'nppnreil. — I), vis qui en écartant la pelote A de la plaque métallique supérieure règle le degré do compression.

Quelques-uns ont cru qu'il fallait appliquer sur l'artère la pelote libre : l'éditeur .1. L. Petit est tombé dans cette erreur, qui a servi de l)ase ù la construction de certains tourniquets, comme

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

celui de Percy. La compression ainsi faite est difficile et infidt comme nous l'avons éprouvé.

Le coussin qui comprime doit être assez large : son effet en plus certain, et l'instrument est moins sujet à l'inconvénient quj lui reproche, de basculer facilement en renversant les plaques le côté.

On a apporté un grand nombre de modifications aux compri seurs ordinaires, dans le but soit de les rendre moins volumine* et plus portatifs, soit de leur donner une élasticité qui rendes

FiG. àà.

Compi'ossoiii' lie Luer.

compression toujours sensiblement égale. Le compresseur que rr présente la figure est le plus simple. Il se compose d'une pM que métallique formée de deux parties glissant l'une sur l'autre d manière à pouvoir augmenter ou diminuer sa largeur, suivant volume du membre sur lequel on l'applique. La pelote comprimann est généralement en bois ; la seconde pelote a été suppriméi D'autres compresseurs sont formés de deux plaques d'acier don chacune porto une pelote. La striction est opérée au moyen d'uri

HÉMOSTASIE,

ande arrêtée sur des crochets que porte la plaque qui correspond l'artère. D'autres instruments d'une construction analogue et

Fia. 45.

Compresseur à pression continue.

ans lesquels on utilise également l'élasticité de l'acier sont en utre munis d'une vis de pression (fig. ûG), et agissent à peu près amme le tourniquet de .1. L. Petit.

Fio. Ii6.

ri)in|iressLMir l'i pression conliniie et à vis do pression.

l.e compresseur de Dupuytren est constitué par un arc niétaliquc un peu plus que domi-circulairo «t terminé à ses extrémités

OPl'lRATIONS ÉLÉMENTAIRES.

par deux pelotes, l'une fixe, l'autre mobile par le même mécas nisme que dans le tourniquet de J. L. Petit. Ces pelotes sont sup. portées par deux lames d'acier qui peuvent glisser sur le deraiu cercle métallique en augmentant ainsi le diamètre de l'appareili suivant la partie sur laquelle il doit être appliqué. Signorini .• modifié le compresseur de Dupuylren en brisant l'appareil par Li milieu^ pour y placer une crémaillère permettant de modifier ss courbure (fi g. Ul),

Cfl

FiG. Ù7.

Compressonr de Signorini. — A, vis modiflnnt lecartemont des branelios. Ct, vis modifiant leiîr longueur. — F, pelote de pression. — E, pelote de contre-pression

M. Marcelin Duval a modifié à son tour les compresseurs dé Dupuytren et de Signorini, en substituant à la roue dentée un ressort en spirale (fig. Li8) dont la force est réglée par une vis. Ce" appareil a sur ses précédents l'avantage d'exercer constammenli une pression sensiblement égale, grâce "à l'élasticité du ressort.

Tous ces appareils ont le môme défaut, celui de se déplacer facilement, et le défaut est dû surtout à l'adjonclion de la deuxième pelote, adjonction tout à fait inutile lorsque la plaque appli-i quéeaucôté du membre opposé à l'artère est une plaque métallique, d'une longueur et d'une largeur suffisante convenablement rembour-' rée. De tous ces tourniquets celui qui représente la figure lili est le. plus simple, mais l'on peutdire aussi quR le meilleur ne vaut guère,'

HÉMOSTASIE.

car le plus simple et le plus sûr de tous ces moyens est la compression avec les doigts d'un aide ; les autres ne sont employés

qu'exceptionnellement et surtout lorsqu'on n'a pas d'aide à sa disposition.

II, — Procé<lés spéciaux de compression.

Nous n'indiquerons que les artères dont la compression avant l'opération est utile et usitée.

I. Artères du cou, de la face et nu crâne. Artère carotide I primitive. — Facile à sentir sous la peau, principalement à sa I partie supérieure, et reposant sur un plan osseux, elle peut être comprimée avec les doigts appuyant perpendiculairement à l'horizon. Mais celle compression est gênante à cause du voisinage de la trachée et du larynx : on y a rarement recours.

Artère maxillaire externe. — La plus facile à comprimer de tout

68 OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

le corps, avec un seul doigt, sur le bord inférieur de la mâclioirt au-devant de l'inserliou duniasséler.

Artère temporale. — Au-devant de l'oreille externe, à k milli mètres de la base du tragus. Compression perpendiculaire très' facile.

Toutes les autres échappent à la compression, ou sont si petitet qu'elle est inutile. Si une plaie des artères du crâne donnait dd sang, il serait bien plus rationnel de comprimer sur la plaie mémo que sur les petits troncs artériels, à cause des anastomoses et dd la facilité de l'opération,

II. Artères du membre supérieur. Artère sous-claviére. — Camper a proposé de la comprimer à l'aide du pouce sur la pre* mière côte, dans le creux sus-claviculaire. Pour peu que la clavicuW remonte, le pouce a de la peine à plonger assez loin; et, d'ailleurs^ cette compression serait très-fatigante. On a donc eu recours îi une pelote simple, et, mieux, à une pelote à manche, dont on usecomme d'un cachet. Mais la sûreté de la compression élant subor-donnée aux mouvements de la clavicule et de l'épaule, est toujours fort douteuse; on y a à peu près renoncé. Nous croyons cependan» que, sans s'y fier entièrement, il est encore utile d'y recourir, ne< fût-ce que comme moyen supplémentaire. '

Artère axillaire. 1° Sous la clavicule. — Dalh a voulu la comprimer en ce point sur la seconde et la troisième côte, à l'aide d'uni tourniquet particulier. Compression difficile et peu sûre, justementi rejetée.

2° Da7is l'aisselle. — L'artère peut très-bien être aplatie contre la tête de l'humérus avec les quatre derniers doigts, seuls ou armésd'une pelote. Il faut se rappeler que l'artère est située à l'union dm tiers antérieur avec le tiers moyen de l'aisselle.

Artère Immérale. — Presque sous-cutanée et lonj^eant le bord I interne du coraco-brachial et du biceps, elle peut êtVe comprimée • dans toute sa longueur avec le pouce et les autres doigts, ou avec les tourniquets de tout genre. La compression trop forte ou trop < prolongée est très- douloureuse sur celte artère, à cause des nerfs qui 1 accompagnent. On préfère, lorsque rien ne s'y oppose, établir la compression vers le tiers inférieur du bras, attendu que le nerf radial et le nerf cubital se trouvent alors éloignés du vaisseau. Mais il est toujours longé par le nerf médian, et ce précepte est d'une

HÉMOSTASIE.

^aible importance. Il faut avoir soin, dans tous les cas, que la pression se fasse perpendiculairement à l'humérus. ,

Artère radiale. — Facilement compressible au tiers inférieur de 'avant-bras, entre le radius et le tendon du grand palmaire, là même )ù l'on explore le pouls.

Artère cubitale. — Au tiers inférieur de l'avant-bras, en appliquant le muscle cubital antérieur contre le cubitus, et, mieux encore, en relevant la main en arrière pour faire saillir les muscles [le la couche profonde.

Artères collatérales des doigts. — Dans toute la longueur des doio-ts, vers l'union de leur face antérieure avec leurs faces externes.

III, Artères du tronc. Aorte abdominale. — L'idée de comprimer l'aorte à travers la paroi abdominale appartient , sans contestation, àDupuytren. On dispose le malade de manière à relâcher les muscles abdominaux, et l'on déprime fortement l'abdomen avec les quatre doigts de la main droite rangés sur une seule ligne. Les doigts suffisent généralement chez les sujets maigres ; pour peu qu'il y ait de difficulté, il est plus sûr de se servir d'une forte pelote appliquée transversalement, selon sa largeur, sur le trajet de l'artère. Le trajet de la ligne blanche dans la région ombilicale est le lieu où l'on doit exercer la compression; mais c'est surtout à l'ombilic que l'on déprime avec le plus de facilité la paroi abdominale. Six ou sept minutes de compression suffisent quelquefois pour arrêter sans retour les hémorrliagies utérines après l'accouchement, l'utérus ayant eu le temps de revenir sur lui-même. On peut aussi mettre à profit cette compression pour remédier aux lésions des artères iliaques

Artère dorside du, i)én:is. — Facilement compressible à la base idu pénis, entre l'index placé en dessous et le pouce appuyant en Idessous.

IV. Artères du memp-ue inférieur. Artère iliaque externe. — Compressible à travers la paroi du ventre, contre le rebord du dé- Itroit supérieur du bassin. La pression doit donc être un peu oblique len dehors. On ne l'emploie qu'en cas do nécessité, quand on ne jpent pas comprimer plus bas.

'0 OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

Artère fémorale, l" Sur le pubis. — Louis est le premier qui ai. remplacé le tourniquet pour l'amputation de la cuisse parleprocéd que nous allons décrire.

On applique le pouce seul ou armé d'une pelote, en travers d1 l'artère, sur l'éminence ilio-pectinée. Il faut se rappeler que celU éminence s'incline en avant et en bas à angle variable : de là U nécessité, pour que la pression aplatisse l'artère dans une cerf taine étendue, qu'elle soit dirigée un peu obliquement en haut et eiarrière, en formant avec l'horizon un angle d'environ U5 degrés> On peut aussi employer avec quelques précautions le tournique. de Petit. La compression est sûre, facile, et d'ailleurs très-usitée?

2° Au niveau du tiers moyen du membre. — On la comprim« contre le fémur avec les doigts ou le tourniquet, le garrot, etc. Il faut veiller à ce que tous ces moyens aplatissent directement l' artère sur le fémur.

On pourrait encore comprimer l'artère poplitée, les artères de la, jambe et du pied dans les lieux où l'on en pratique la ligature • mais la compressioîi de l'artère crurale est plus sûre et iustemeni préférée,

ARTICLE II

Page 1