‹ Manuel de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 29 sur 232 · Anesthésie générale · texte numérisé non relu

Anesthésie générale

La nature et les bornes de cet ouvrage ne comportent pas l'iiis- •ique de la découverte des divers agents anesthésiques et l'étude leur mode d'action. L'éther, le. chloroforme, et, dans ces der- ;rs temps, le protoxyde d'azote, ont été les principaux agents ànesisiques employés; nous pouvons y joindre comme succédanés mylène , le kérosolène et toute la série des éthers acétique, lorhydrique, nitrique, l'aldéhyde, le bisulfure de carbone, etc. yons d'abord de quelle façon, par quels moyens, à l'aide de quels pareils on fait usage de ces différents agents.

\Ether. — La volatilité extrême de l'éther, son odeur très-pètrante susceptible de gêner l'opérateur et les assistants, ont lisque toujours engagé à se servir d'appareils spéciaux d'inhalan. Je ne puis entrer dans leur description. Il me suffira de dire 'ils consistent à peu près tous dans un récipient de verre dans iitérieur duquel se trouvent des éponges ou des rondelles de tissu !• lesquelles on verse une certaine quantité d'éther. Les vapeurs Hher qui l'emplissent le llacon arrivent à la bouche du malade !■ un tube flexible, terminé par une large embouchure. Des soucies convenablement disposées font passer l'air inspiré dans l'inricur (lu flacon, où il se charge de vapeurs éthérées, tandis que

MALGAIGNE. — MÉU. OPÉR. — 8" édit. I. — 6

OPÉUATIONS ÉLÉMENTAtRiiS.

d'autres soupapes font arriver l'air expiré à l'intérieur, sans qu' puisse repasser parle ballon de verre. Des ouvertures placées à de points divers, suivant la nature et la forme de l'appareil, permet

FiG. 72.

Appareil Charritre poin' l'éthérisation.

tent de régler la quantité d'air atmosphérique que le cliirurgiet croit devoir mélanger aux vapeurs anesthésiques.

Chloroforme. — Lors de la découverte du chloroforme et <!> l'emploi de ce nouvel agent, on se servit d'appareils analogues à ceu. dont on se servait pour l'éthérisation, mais d'un volume plus réduil La volatilité moindre du chloroforme a permis même de se passer di tout appareil^ et la plupart des chirurgiens préfèrent se servir d'ui mouchoir ou d'une compresse pliés en plusieurs doubles; après le avoir disposés en godet, on renverse sur le linge le goulot du llacoi " qui contient le chloroforme, de manière à l'imbiber assez forte ment en cet endroit, et on l'applique sur les narines et la boucli du malade, en laissant cependant assez de jour pour que l'air al mosphérique puisse aborder librement. Si le sujet est nerveux irritable, et accuse un sentiment de suffocation, on laisse flotter li mouchoir ou la compresse, en les tenant même éloignés des narines, pour accoutumer peu à peu le malade à l'odeur du chloroforme Si la quantité de chloroforme ne suffit pas, on recommence nulan de fois qu'il est nécessaire, en observant toujours les mêmes précautions.

ANIîSTHÉSIE.

Ce moyen a certainement pom^ lui la simplicité, cependant il ésente deux inconvénients : le premier de cacher plus ou moins figure du malade et d'empêcher le chirurgien d'observer sur la lysionomie du patient les effets de l'agent anesthésique. Le icond de nécessiter l'emploi d'une plus grande quantité de chloiforrae dont une bonne partie, après avoir traversé par imbibition ute la compresse, se perd par évaporation sur sa face extérieure, a a donc cherché par l'emploi d'appareils très-simples cà sup- ■imer ou à diminuer ces inconvénients. Il fallait remplir deux indiitions, avoir une surface absorbante sur laquelle ont pùt verser chloroforme; permettre l'accès de l'air qui doit être mélangé ix vapeurs anesthésiques. L'appareil de Raynaud (de Toulon) , Charrière remplit assez bien ces indications. Il se compose un cornet conique de carton, percé d'une large ouverture à )n sommet, et se terminant par une sorte d'embouchure embrasmt la bouche et le nez du malade. L'appareil est doublé inrieurement de laine, et, à une certaine distance du sommet du )ne se trouve un diaphragme, formé par plusieurs doubles de ihe, présentant au centre un large trou pour l'arrivée de l'air at-

FiG. 73.

fiornet inétalli([iie k clilorofornio.

hosphérique. C'est sur ce diaphragme que l'on verse le chlorobrme.

Le cornet anesthésique de Raynaud a l'inconvtînient de laisfor fort à désirer sous le rapport de la propreté, les malades

100 OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

crachani, fort souvent dans l'intérieur de l'appareil dans cette p<' riode qu'on pourrait appeler période de spulalion. Un cornel chloroforme très-usité en Angleterre, et dont je fais usage depui plusieurs années, est exempt de ce reproche. 11 se compose (fig. Ih d'une sorte de boîte de maillechort, échancrée dans les partie qui répondent au nez et au menlon du malade, et dont le fond t la paroi inférieure sont percés d'un trou permettant l'arrivée d

FiG. 7li.

Application du cornet Ji chloroforme.

l'air. Un ressort de fer à cheval, placé dans la paroi supérieure, àii l'intérieur même de l'appareil, permet de fixer solidement quelques rondelles de linges ou deux plumasseaux de charpie sur lesquels se verse le chloroforme. Le linge ou la charpie sont renouvelés après chaque chloroformisation, et l'on conçoit que rien n'est plus facile que de tenir toujours l'appareil dans le plus grand élat de propreté. On voit de plus, par l'inspection de la figure V\, que le moindre

ANESTHÉSIE. 101 ingement dans la physionomie du malade ne peut échapper aux rards du chirurgien.

Dans les cas où l'on opère sur la cavité buccale, on peut admitrer le chloroforme par les narines. J'ai vu se servir à Londres jv une staphylorrhaphie du moyen suivant : l'aide portait attaché in boulon de son vêtement un flacon rempli de coton bien imlé de chloroforme. Un tube s'ouvrant dans la partie supérieure du

FiG. 75.

Anesthésie par iiisul'Hation de vapeurs chlorol'ormiqûes dans les narines.

con (fig. 75) y amenait de l'air poussé par la poire à injection de ppareil de Richardson. Cet air saturé de vapeurs chloroformies arrivait dans le tube de caoutchouc, bifurqué à son extrémité terminé par deux petits tubes que l'aide maintenait dans les rines du malade. L'aneslhésie s'obtient très-facilement par ce oycn dont on pourrait étendre la sphère d'application, et que ure avait conseillé, il y a quelques années, comme méthode inérale.

.Vrotoxy de d'azote. — L'anesthésie parla respiration du "gaz lotoxyde d'azote n'a guère été employée jusqu'aujourd'hui que Ir les denlislcs pour l'avulsion des dents. I.a difficulté de sa préiration, la nécessité de l'administrer au moyen d'appareils peu Kinsporlables, la courte durée du sommeil qu'il procure, le rendent fu propre à la priUique chirurgicale. Le mode d'action de cet

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

agent qui donne à la figure du malade la teinte bleuâtre de l'u^ phyxie est encore peu étudié.

Accidents et dangers de l'anesthésie générale. — Avant de pose< les règles de l'administration du chloroforme, je dois étudier rapp dément les dangers qui peuvent l'accompagner, puisque c'est I connaissance même de ces dangers qui peut nous indiquer le( moyens de les éviter dans la mesure du possible. MM. Perrini Snow, Kidd et surtout Sabarth, ont publié des statistiques mon tuaires de l'anesthésie ; d'après celle qu'a donnée M. Kidd dans 1 Médical Times and Gazette (mai 1860), il y aurait eu jusqu'alon en Europe 125 cas de mort par le chloroforme, 25 par l'éther ei quelques-uns par l'amylène. J'ai de mon côté, pour un travail noD encore publié, relevé tous les cas publiés dans les recueils péria diques ou dans les statistiques hospitalières, dans le but d'étun dier le mode d'apparition ou de production des accidents chlo( roformiques ; le nombre de faits dépasse 200, mais il me parai inutile d'insister sur les chiffres, car il est de toute évident qu'un nombre beaucoup plus considérable de cas mortels n'ont pai été publiés. Recherchons donc les enseignements qui résultent di l'étude de chaque cas en particulier. Le chloroforme peut tuer pa empoisonnement, par asphyxie ou par syncope.

1° Em'poisonnement ou asphyxie par inhalation d'une tro",.! grande quantité de chloroforme. — Il n'est pas douteux que 1 mort ne puisse être le résultat d'une inhalation trop prolongé^ d'une grande quantité de chloroforme, soit par l'action toxique ddl|; la vapeur, soit parce qu'on a empêché le mélange des vapeuri» avec une quantité suffisante d'air atmosphérique. Je ne connaûit qu'un seul cas où le chloroforme ait été employé pour commeltr<il| un meurtre. Le meurtrier, dentiste à Berlin, en proie au désespoiill causé par la misère, tua dans une auberge de Potsdam sa femmfilj et ses deux enfants, l'un âgé de huit ans et l'autre de dix, par deJl inhalations de chloroforme, et se suicida ensuite par le mômJli moyen. Dans un certain nombre de cas, le chloroforme a servi aiJli suicide de médecins ou d'étudiants en médecine, plusieurs fois IilUi sujet fut trouve dans son lit, ayant sur la figure un mouclioiJ|i imbibé de chloroforme et recouvert d'un bonnet ou d'une casquetteJI 11 est impossible de ne pas admettre que, dans le cas de meurtrall que je viens de citer, le chloroforme a agi comme agent toxique " aidé sans doute dans son action par l'obstacle apporté à l'arrivn de l'air atmosphérique ; le doute existe peu également sur la caus' de la mort dans les cas de suicide, et l'on peut être autorisé .

ANESTHÉSIE. 103

imettre h même explication pour la mort des docteurs Adams îla<=cxow) Coates Lynn (Newcastle), et de plusieurs étudiants ayant iccombé à Londonderry, à Sheffield, à Londres, à Sherness, penant qu1ls s'administraient eux-mêmes le chloroforme, soit a titre 'expérimentation, soit comme traitement de diverses névralgies. ,e même accident mortel est survenu dans les mêmes circontances à d'autres personnes étrangères au corps médical. Je crois u'on peut admettre comme possible que des malades aient sucombé par excès de chloroformisation ou par mauvaise admmistrai-ion de l'agent anesthésique dans les premières années de la écouverte de l'éthérisation ; mais il faut reconnaître qu'aujourd'hui ette cause de mort est peu à redouter, pourvu que l'on prenne la »récaution de laisser arriver une quantité suffisante d'air atmophérique mêlé aux vapeurs anesthésiques.

2° Asphyxie par spasme de la glotte.. — Pendant la période l'excitation, au moment où le malade se débat entre les mains des issistants, on a vu plusieurs fois le patient s'asseoir brusquement ur son séant, les yeux fixes, hagards, largement ouverts, la face )leuâtre, comme cyanosée, puis retomber brusquement en arrière lans cet état de résolution qui caractérise la mort. Dans ces cas, )n trouve toujours noté dans ks observations (où les phénomènes norbides sont indiqués) que la respiration s'arrête, mais que le ;œur continue à battre pendant un temps plus ou moins long. A 'autopsie on retrouve les poumons gorgés de sang spumeux, noi- •àtre et les phénomèmes cadavériques de l'asphyxie. La cause de a mort survenue toujours alors dans la période d'excitation paraît Hre un spasme convulsif des muscles du larynx s' opposant au passage de l'air. Dans le cas où cet accident se produirait, il faudrait, aon pas recoucher de force le malade, mais le laisser sur son séant Bf amener brusquement et immédiatement cette révulsion que tause sur tout l'organisme le jet sur la face d'un verre d'eau froide, st môme, comme il n'y a pas de temps à perdre, un soufflet vigou- (•eusement appliqué, moyen thérapeutique, non inscrit au Codex, mais qui a l'avantage d'être toujours sous la main du chirurgien. Il est inutile d'ajouter que, sauf le cas d'extrême urgence, il est préférable d'employer la fustigation faciale ou thoracique avec une Icompresse mouillée.

3° Asphyxie par rétrocession de la langue. — Pendant la période de résolution, la respiration, devenue bruyante, se traduit par des ronflements plus ou moins sonores ; mais parfois ces ronflements (changent de caractère, deviennent du stcrtor cl le bruit respira-

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

toire cesse tout à coup en môme temps que la face pâlit; ou ai contraire, ce qui est plus fréquent, prend une teinte cyanosée Cei accident est dû à la rétrocession de la langue dont la base vieiii appuyer sur l'ouverture supérieure du larynx en renversant sur dh l'épiglotte. Le meilleur moyen, le seul même complètement effi cace, consiste à saisir la pointe de la langue avec ime pince, et à la. tirer hors de la bouche.

k° Syncope. — La mort est rarement survenue par les cause? que nous venons d'examiner, elle est au contraire assez fréquent€i par syncope, et lorsqu'on prend la peine de lire et d'étudier les nombreuses observations publiées, on voit que la syncope est survenue dans des conditions diverses qu'en peut ramener à cinqi principales.

A. Avant l'invention des anesthésiques, la mort par syncope eslassez souvent survenue p£ndant les opérations et même tout à fait au début de la chloroformisation, de telle sorte qu'on ne peut guère l'attribuer qu'à la frayeur, à une émotion morale vive, et non à lo. douleur et encore moins à l'hémorrhagie. La syncope peut aussisurvenir tout à fait au début de la chloroformisation, sans qu'oui puisse attribuer la mort à l'administration de l'agent anesthésique.' puisque le malade n'en avait pas encore respiré les vapeurs.

B. Ce qui est plus fréquent, c'est de voir la chloroformisationi déterminer une syncope chez un malade déjà extrêmement faible, assez même pour qu'on redoute pour lui l'ébranlement causé pan la douleur de l'opération. J'ai moi-même perdu un malade dansi ces conditions. A peine le chloroforme eut-il été placé à dislancei devant la bouche du malade, que sa pâleur déjà excessive devins presque cadavérique en même temps que les yeux perdaient toutet expression. Je crois donc que dans un élat d'extrême faiblesse ouill d'anémie très-prononcée il vaut mieux s'abstenir des anesthésiques^B

C. i>a syncope peut survenir par le fait de la douleur causée par II l'opération, alors môme que l'anesthésie est à peu près complète. Il Je suis obligé d'entrer ici, très-exceptionnellement, dans des consi- 1 dérations théoriques que j'abrégerai le plus possible. Un homme il ivre peut, pendant son ivresse, commettre des actes délictueux M dont il a perdu tout souvenir lorsqu'il se réveille du sommeil qui 1 suit toujours l'excès des alcooliques. L'anesthésié ne sait pas au I réveil ce qui lui a été fait, car il n'a pas eu la perception de se? ' souffrances et de leurs causes ; mais Tcconomie a ressenti l'ébran lement causé par la douleur, surtout lorsque le sommeil n'est pas j absolu. Ainsi, le malade est immobile, endormi, ouîîien il s'agite un peu, parle ou chante, pendant que le bistouri sectionne les '

ANE8THÉSIE.

luscles, le tissu ■ cellulaire ; mais, que l'instrument atteigne un erf le chirurgien entend alors un cri, une plainte, qui cessent ausilôt ; et cependant, le malade réveillé ne sait même pas qu'il est péré Cette douleur dont le malade Comme être pensant et rélléhissant n'a pas eu conscience, n'a-t-elle pas pu ébranler le sysème nerveux, assez pour amener une syncope? Je le crois, et uelques faits tendent à le prouver, mais il est tout à fait certain ue lorsque le sommeil est incomplet, la douleur peut amener une yncope mortelle. Nous en avons plusieurs exemples. C'est au loment où le bistouri a porté sur un nerf, c'est au moment où opération a débuté, où la peau a été incisée, que le malade a pâli, ue le pouls s'est arrêté et que la mort est survenue. Je crois donc u'il ne faut point commencer l'opération avant que l'aneslhésie oit complète et qu'il y a beaucoup moins de danger à provoquer n sommeil profond qu'une sorte de demi-sommeil. Quelles que uissent être les explications théoriques, un fait subsiste : la plus rande fréquence de la mort par syncope dans la chloroformisation icomplète que dans les conditions opposées.

D. — Il est à peine utile de parler du danger de la chloroforraiation dans la station assise. Elle facilite singulièrement la syncope, t les nombreux cas de mort survenus entre les mains de dentistes jgent définitivement la question.- Il faut de même s'opposer ace ue le malade, à peu près endormi, se relève sur son séant, comme eaucoup cherchent à le faire ; c'est dans un pareil mouvement u'un chirurgien d'Exeter a vu survenir une syncope brusque et lorlelle.

On ne peut pas dans toutes les observations classer nettement es causes de la mort et les faire rentrer dans les catégories que je iens de tracer; quelquefois la respiration, irrégulière d'abord, ^'embarrasse peu à peu, et la mort survient malgré la chloroformiation, d'autres fois, les accidents sont dus à une maladie de cœur préexistante dont le chirurgien ne s'est pas préoccupé ; dans ce tas, les troubles surviennent à la fois du côté de la respiration et lu côté de la circulation, tandis que dans les faits malheureusenent si nombreux dans lesquels la mort est survenue par syncope, m trouve presque toujours que les battements du pouls et du cœur >nt cessé brusquement, mais que la respiration a continué plus ou noins régulière quelques secondes ou quelques minutes encore, i;indis que les phénomènes inverses ont été observés dans les cas l'asphyxie par spasme de la glotte ou par rétrocession de la langue.

Nous avons à nous demander quelle part prend le chloroforme laiis la syncope et dans la mort? La réponse est assez facile. Le

liluroforme n'empêche pas la syncope, surtout s'il est donné in-

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

complètement, chez un individu robuste et vigoureux ; il peut môm la provoquer chez un individu très-affaibli; mais chez l'un et chu l'autre il a causé une dépression telle qu'une syncope spontanée q j chez un malade non chloroformisé eût cédé aux moyens ordinairei devient mortelle chez l'anesthésié, par défaut de réaction.

Phénomènes de l'anesthésié, mode d'administration du chlon forme. — Le malade qui doit êtfe soumis aux inhalations dC' être débarrassé de tous les liens capables de gêner la respiratid ou de comprimer le cou; tels que cravate, brides de bonnet, col ( chemise, cordons de jupons, etc.; il doit être dans le décubitus dorst; la tête peu élevée, mais pas tout à fait horizontale. Qu'on se serr d'un mouchoir, d'une compresse ou d'un des cornets dont j'i donné plus haut la description, il faut ne verser tout d'abord q^ quelques gouttes de chloroforme et tenir la compresse assez éld gnée de la bouche du patient, la plupart d'entre eux éprouvas pour le chloroforme une certaine répugnance. Soit avant de coni mencer l'administration du chloi'oforme, soit après l'avoir présein devant la bouche du malade et observé la manière dont il le respiri il est utile de lui recommander de respirer franchement, naturel lement, sans efforts, et d'éviter surtout ces mouvements de dégli^ tilion qui, trop souvent, sont la cause de vomissements par sviÀ de l'ingestion dans l'estomac d'une certaine quantité d'air mélanjiB de vapeurs. Si le malade respire mal, on interrompt un instant po» lui faire de nouvelles recommandations; s'il fait des mouvements il déglutition, on l'engage à tenir la bouche ouverte. I

Les premiers phénomènes qui se manifestent d'abord consisteeB en des bourdonnements d'oreilles et de la loquacité, puis survie™ la période d'agitation. Le malade se débat plus ou moins énergiquJ m€nt, et cette période qui peut cependant manquer ou être pol marquée est presque constante. Il ne faut donc pas prendre po^ une véritable résolution chloroformique l'apparente insensibilM dans laquelle tombent assez rapidement quelques malades avaM l'apparition d'aucune agitation ; la llaccidilé des membres n'e^ pas alors suffisamment caractéristique, et, pour ne pas s'exposerB voirie malade en apparence endormi s'agiter au premier coup il bistouri et forcer l'opérateur à s'interrompre pour faire redonnai du chloroforme , il est bon de piquer avec la pointe du bistoiw l'endroit sur lequel doit porter l'opération. I

Une dernière période, qui manque rarement, surtout ciiez !■ hommes, est celle de sputation ; le patient crache fort au hasard il presque toujours avec une certaine force. Cette deuxième pôriool en précède une troisième avec laquelle elle se confond quelquefoiiH

ANESTHÉSIE

'est celle qu'on pourrait appeler confusion des langues. A partir e ce moment, l'anesthésie survient en général rapidement.

J'ai déjà dit qu'il fallait toujours laisser arriver aux poumons une ertaine quantité d'air atmosphérique, j'ajoute que la quantité de hloroforme varie beaucoup avec les individus, et surtout avec leurs abitudes de sobriété ou d'intempérance ; on peut dire d'une maière Générale qu'une fois qu'on est arrivé à la période d'agitation, i vaut°mieux verser à la fois dans l'appareil une certaine quantité e chloroforme que de diviser cette même quantité en doses plus -élites et successives.

Pendant la durée de l'opération, l'aide chargé du chloroforme ne oit pas laisser le malade se réveiller, et il doit faire la plus grande ttention aux changements qui peuvent survenir dans la physionomie e l'opéré, dans la force et la régularité des battements du cœur, es pulsations radiales et de mouvements respiratoires. Celte sureillance doit être continuée, même après l'opération et jusqu'à ce [ue le malade soit complètement réveillé ; on a vu plusieurs fois la non survenir, même à ce moment et à l'insu du chirurgien.

Des accidents de la chloroformisation. Les accidents ou mieux es incidents sont assez fréquents pendant la chloroformisation ; antôl la respiration semble s'arrêter comme si le malade se refulait à respirer, tantôt des nausées ou des vomissements se décla- ■enl, tantôt le pouls faiblit ou devient irrégulier ; ces phénomènes Deu graves cèdent facilement ou causent plus d'ennui que d'inluiélude ; mais il n'en est plus de même des véritables accidents, jiresque toujours rapidement mortels. J'ai dit ce qu'il y avait à l'aire dans le cas de spasmes de la glotte, de rétrocession de la langue; [pie peut-on faire dans les cas de syncope ?

La respiration artificielle par les mouvements imprimés au thorax a ramené à la vie un malade de Cock opéré à Saint-Thomas iHospilal en 1862 ; mais la respiration artificielle bouche à bouche fest cortaincnient préférable. Confervon, en 18/i9, Roscr, en 1856, IRicord, en 1850 et 1853, lui ont dû la résurrectionde leurs malades.

Le renversement, la tête en bas, a réussi à Nélaton, à Holmes (de iChicago) dans une syncope chloroforlnique ; chez le malade de [Holmes, les accidents reparurent quand on remit le malade dans la position horizontale ; il fallut revenir de nouveau au renversement qui fut suivi d'un succès complet.

Vélectrisation énergique u procuré plusieurs succès. Après avoir'

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

pratiqué la respiration artificielle pendant vingt minutes, T. H. TIk mas (de. Philadelphie) appliqua les deux pôles d'une batterie galv; nique au cou et dans les régions intercostale et diaphragmatiqu( Les muscles se contractèrent, les paupières s'ouvrirent, et en d minutes tout danger disparut. Thomas paraît avoir employé 1< courants galvaniques. Le plus souvent on eut recours à la farad sation. Friedberg extirpait une tumeur de la paupière, chez ii enfant de quatre ans; une syncope chloroformique étant survenu^ on essaya, mais sans résultat, la respiration artifii;ielle, on en li ploya alors la faradisation avec l'appareil de du Bois-Reymond, et appliquant un des pôles au niveau du nerf phrénique au cou, l'autri au niveau du 7" espace intercostal. Dix fois on établit et l'on inter rompit le courant ; à la 3'= interruption, il y eut une inspiralioc profonde, spontanée, suivie de plusieurs autres, on continua égale* ment la respiration artificielle, et vingt minutes après l'apparitioo des accidents la connaissance était complète. Dantzel (de Hamhourgj en 1866 réussit de même par. les mêmes moyens. J'y ai eu rei cours dans le cas dont je fus témoin, et sile succès ne couronna pa* mes efforts, je pus voir que la faradisation énergique est le moye? qui peut le mieux faire espérer le succès. La respiration arlifli cielle n'amena aucune inspiration spontanée, tandis que la faradLi sation en provoqua à chaque application des rhéophores ; maij après une quinzaine d'inspirations de plus en plus faibles, l'électri i cité elle-même resta sans effet.

En présence d'accidents chloroformiques, il faut donc couche:' le malade horizontalement, la tête beaucoup plus abaissée que U bassin, tirer la langue au dehors, pratiquer la respiration artifin cielle, de préférence bouche à bouche , recourir à la faradisationa Mais comme il ne faut pas perdre une seule minute, il est prudent d'avoir toujours avec soi, tout prêt à fonctionner, un appareil à fa-i radisation. MM. Onimus et Legros ont préconisé les courants con-i slants ; on conçoit qu'alors qu'il s'agit de syncope, nous n'accor -Il dions que peu de valeur à des expériences faites sur des lapins ouJj des chiens chez lesquels on n'amène des accidents qu'en forçant laS dose ou la durée de la chloroformisation. I D'après quelques chirurgiens, l'éther n'oiïrirait pas les dangeri-B du chloroforme. Cette assertion est une imaginalion pure. On afl d'assez nombreux cas de mort par l'éther, et si les décès par chIo-.»l reforme sont beaucoup plus fréquents, c'est que le chloroforme afl a été pendant longues* années et est encore à peu près le seul aiies«B thésique employé. Ce que j'ai dit plus haut sur la syncope doitil faire comprendre que l'agent chimique employé n'a que peu d'eifet,;! si toutefois il y en a, sur la fréquence et la gravité des accidents. I

ANESTHÊSIË.

Page 1