MADRID
Cil. IIAILLY BAILLIÈRE, LIBRAIRE.
WELLCOME IN3TÎÏUTE
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Coll.
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No.
PRÉFACE
Le nom de Médecine opératoire a été créé par Sabatier pour désigner cette partie de la chirurgie qui procède par l’œuvre de la main et l’application des instruments. C’est là aussi le sens propre qu’avait le mot chirurgie chez les anciens, et qu’il a longtemps conservé. Les modernes lui en ont depuis attribué un autre; et, par un contre-sens qui a prévalu, chirurgie est devenu pour nous synonyme de pathologie chirurgicale. De plus, nous ne comprenons, dans la médecine opératoire proprement dite, qu’une certaine portion, arbitrairement choisie, des opérations chirurgicales; nous en retranchons, par exemple, du moins en France et sur le continent, l’application des bandages, la réduction des luxations et des fractures, œuvres de la main tout aussi laborieuses que les autres; de telle sorte que les mots luttent continuellement avec les choses, et que l’on peut porter à nos chirurgiens le défi de dire exactement en quoi consiste une opération chirurgicale. D'où vient une telle confusion dans les idées? Pour répondre à cette question, il est besoin de jeter un coup d’œil sur l'histoire de cette partie de l’art.
Hippocrate semble avoir eu le projet de nous laisser un Traité de médecine opératoire. Dans le livre De l'Iélreion , ou de l'of/icine du médecin, auquel il faut rattacher les livres Des Fractures et Des Articles , il a décrit d'une manière admirable ce qui a rapport a 1 application générale des bandages, à la réduction des luxations et des fractures, et à quelques autres opérations. Ce n est pas là sans doute une chirurgie complète ; on trouve çà
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et là dans ses œuvres quelques opérations qui manquent dans ce Traité ; et nous savons, par le témoignage des historiens contemporains, qu’on en pratiquait d'autres qu’il n'a pas décrites. Celse a tracé un tableau bien plus complet de la chirurgie antique. Après avoir traité de la diététique, ou des maladies qui guérissent principalement par la puissance du régime, et de la pharmaceutique, ou des maladies qui réclament surtout les médicaments, il en vient à la chirurgie , qui emploie les opérations, et la divise en deux parties, suivant qu'elle agit sur les parties molles ou sur les os. Dans la première partie, on voit reparaître toutes les maladies externes dont il a déjà été question dans la diététique et la pharmaceutique; et, en effet, elles ne reviennent à la chirurgie que par occasion, et quand la diète et les médicaments ont échoué ; tandis que les maladies vraiment chirurgicales, celles qui réclament de prime abord et sans partage le secours de la médecine opératoire, ce sont précisément celles que nous en avons exclues, c’est-à-dire les maladies des os.
Vous verrez cette même distinction exacte de la chirurgie pro- . prement dite dans Paul d’Égine ; vous la retrouverez encore dans Albucasis, le prince de la chirurgie arabe, et c’est pourquoi vous serez étonnés, à votre point de vue moderne, de rencontrer dans leurs livres chirurgicaux des lacunes qu’on ne saurait combler qu’en consultant leurs livres de médecine. Mais déjà, parmi les Arabes, quelques médecins peu habitués aux opérations, comme Rhazès et Avicenne, avaient exclu de leurs immenses traités la partie purement opératoire , ou la rattachaient à l'histoire de chaque maladie, ne faisant plus ainsi qu’un seul corps de toutes les sciences médicales. Ce fut là une nouvelle phase qui eut longtemps encore des imitateurs parmi les arabisles; toutefois, dès le xm° siècle, les chirurgiens italiens avaient réuni en corps de doctrine séparée, sous le titre spécial de chirurgie, l'histoire de toutes les maladies externes et de leurs traitements; et telle est l’origine de ce que nous avons nommé depuis Pathologie chirurgicale. Dans cette troisième phase, comme dans la précédente, la médecine opératoire reste confondue avec la pathologie, et il faut arriver au xvi° siècle pour trouver les premières traces de leur nouvelle séparation.
A. Paré fut l'instituteur de celte nouveauté. Il fit un livre spécial pour certaines opérations de chirurgie : essai incomplet, car il ne réunissait ainsi que les opérations qu'il n’avait pu faire
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entrer dans ses autres livres; et les bandages et les maladies des os étaient particulièrement traitésà part. Après lui, Guillemeau, son élève, donna un traité des opérations bien plus étendu, y comprenant les bandages, en rejetant les luxations et les fractures; tandis qu’en Italie, Fabrice d’Aquapendente, plus fidèle imitateur des anciens, rassemblait, sous le titre d' opérations , tout ce qui constituait la chirurgie de Celse. Cette tentative de Fabrice fut perdue, au moins pour longtemps; et l’école française imprimant son cachet à l’enseignement de la chirurgie par toute 1 Europe, on Ait M.-A. Severin même, l’illustre compatriote de Fabrice, exclure de ce remarquable traité d’opérations, qu’il intitula Médecine efficace, ce que les disciples de Paré en avaient exclu. Il serait superflu de suivre à la trace sous ce point de vue la marche de la médecine opératoire; la France, un moment éclipsée par 1 Italie, se relève avec Dionis, trône d’une manière bien plus éclatante encore dans le xvme siècle, crée le nom de Médecine opératoire pour cette branche de la chirurgie qu’elle a separee la première, et ne trouve encore de rivale au xixe siècle que Angleterre, qui, sous un autre nom, celui de Chirurgie opératoire, embrasse aussi d’autres matières, c’est-à-dire tout ce que la chirurgie comprenait pour Celse, Paul et Albucasis, fractures, luxations et opérations tout ensemble.
S il fallait comparer à cet égard l’enseignement des deux nations, les Anglais l’emporteraient certainement sous le rapport de ordre et de la méthode. Nous avons divisé ce qu’ils ont justement réuni ; nous ne décrivons qu’une moitié de la science qu’ils parcourent tout entière, et il est probable qu’un jour nous adopterons leur mamere d envisager la médecine opératoire, et peutêtre même le titre plus convenable qu’ils lui ont donné
*rfrant cette innovation, si elle arrive, jetons un coup œil sur les progrès de la medecine opératoire, telle qu’elle est comprise encore sur tout le continent européen
nn2Î époque d’A. Paré, les opérations, considéréesuni-
l. ment comme lndlcall°ns thérapeutiques, étaient plutôt si°maemnêSifSrP ? d6faUt d° d°,nnéeS anatomiques suffisantes
empêchait d entrer dans certains détails ; les autres paraissaient en quelque sorte inutiles pour des élèves qui, nepouvanTrép e la manœuvre sur le cadavre, devaient saisir e manuel en vôvan opérer le maître lui-même; et à la rareté des détails pour Eu procédé correspondait la rareté des procédés pour chaque T
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thode. Comme d’ailleurs le joug de l’autorité pesait encore de tout son poids, les écrivains se bornaient généralement à copier leurs devanciers. Paré, riche à la fois de ses curieuses investigations et de sa longue expérience, entré d’ailleurs assez avant déjà dans la voie du libre examen, ajouta des procédés nombreux à ceux que l’on connaissait avant lui; mais il n avait fait que pressentir l'utilité de l'anatomie chirurgicale, et il s’attacha surtout à la partie mécanique et instrumentale. Cette direction, forcée en quelque sorte par l’état des choses, est le caractère essentiel de la médecine opératoire à cette époque; elle s’exprime à la fois d’une manière bien remarquable sur tous les points du continent européen : en Italie, par l’ouvrage d’André de La Croix; en France, par celui de Guillemeau; en Allemagne, par la laborieuse compilation de Scultet.
Descartes ouvrit une nouvelle ère pour la chirurgie comme pour les autres sciences : faisant table rase des anciens, il força les modernes à penser par eux-mêmes , et la création des journaux et des académies vint à propos favoriser cette ardeur.toute juvénile de raisonnement et de discussion. Louis XIV créait en même temps une chaire spéciale pour les opérations ; et, constituées ainsi comme une branche distincte de la chirurgie, elles commencèrent à être décrites comme opérations, et non plus seulement comme indications, et elles furent raisonnées et discutées comme toutes les autres parties de la science. Le livre de Dionis est à cet égard l’expression la plus originale et la plus remarquable de cette nouvelle époque ; il fit pour les opérations ce qu’avaient fait Mauriceau pour les accouchements et J.-L. Petit pour les maladies des os. La médecine opératoire de Dionis et celle de l’Académie de chirurgie, qui marcha dans la même voie, encourent cependant de graves reproches; elles ont hérite de l’époque antérieure un certain amour pour la partie instrumentale et mécanique, et elles négligent trop encore la partie anatomique. Chose bien étrange, et qui se concevrait à peine si on ne savait où les rivalités d’intérêts et d’amour-propre emportent les meilleurs esprits, la Faculté de médecine de Pans avait voulu instituer, au commencement du dernier siecle, des répétitions des opérations sur le cadavre : toute ^corporation des chirurgiens s’éleva à grands cris contre cette innovation, qu elle dénonçait comme téméraire et fatale. La médecine opératoire du xvm siècle porte de plus la peine des idées philosophiques trop exclusives
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sous l’influence desquelles elle avait été fondée; elle a rompu avec le passé, et par là même elle ne présente qu’une vue incomplète et inexacte de l’art.
Enfin, la médecine opératoire moderne a su mieux profiter que les époques précédentes des diverses sources de lumières et de progrès qui lui étaient offertes. La chirurgie anglaise, formée à l'anatomie pathologique et aux expérimentations par l’exemple et les leçons de J. Hunter, nous a un moment dépassés; et telle est môme la vigoureuse impulsion qu’elle a reçue, qu’elle marche encore à peu près notre égale. Toutefois, nous n’avons pas lardé à la suivre sur ce terrain, et la médecine opératoire en France s’est ouvert en outre deux autres voies : premièrement, la voie historique, unique moyen de préciser l’état réel de la science et d'en apprécier les lacunes ; deuxièmement, l’anatorpie chirurgicale, seule ressource également pour donner au couteau toute sécurité dans sa marche, et au procédé toute lucidité dans la description. Sabatier, le premier, nous a ramenés aux études historiques, où il a été de bien loin dépassé par M. Velpeau ; de môme, par 1 exemple et sous l’influence des grands opérateurs qui ont les premiers éclairé par l’anatomie les difficultés de certaines opérations, Boyer, Dupuvtren, Lisfranc, pour ne parler que des morts, cette branche de l’art a véritablement pris une physionomie nouvelle par l’exactitude des descriptions et la précision des détails.
Je ne sais cependant si , dans les progrès réels que la médecine opératoire a faits de nos jours, elle n’a pas outrepassé le but. A force de soumettre les opérations à l’épreuve sur le cadavre, peut-être a-t-on trop oublié le vivant ; à force de perfectionner la manœuvre, on a laissé dans l’ombre tout ce qui doit la précéder et la suivre, les indications et les résultats. Ainsi que je le disais dans les premières éditions de ce livre,
« un Traité de médecine opératoire, pour satisfaire aux besoins de 1 époque actuelle, devrait, pour chaque opération, discuter d abord les indications, étudier exactement l’anatomie chirur°-icale, passer en revue tous les procédés, et, après un mûr examen et un choix motive des meilleurs, en tracer le manuel avec tous les details nécessaires; décrire ensuite les diverses méthodes c e pansement, établir la statistique clos succès et des revers cl chercher enfin dans les autopsies les causes qui ont fait succomber les opérés, afin d’en indiquer le remède. » J’ai montré do-
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puis lors que ces conditions môme ne sont pas suffisantes : l'expérience apprend tous les jours qu’il ne faut pas regarder comme bien guéris tous ceux qui guérissent en apparence, et qu’il est urgent de tenir un compte exact des récidives, et selon la nature des maladies, et suivant les procédés suivis. Ce n’est pas tout, et après les guérisons les plus assurées , il est curieux encore d’étudier les conséquences de chaque opération, soit sur les organes ou sur les fonctions, soit sur la vilalité générale de l’opéré. Toute observation qui ne va pas jusque-là doit être réputée incomplète, et c’est un champ presque tout nouveau qui s’offre à la chirurgie de nos jours.
Tel est le cadre que j’ai essayé de remplir dans mon Cours de médecine opératoire ; maison comprend qu'il ne pouvait entrer dans les étroites limites d’un Manuel. Les discussions m’étaient ici à peu près interdites ; c'était assez d’indiquer les résultats. Il m’a fallu, à mon grand regret, écarter à peu près complètement. la partie historique ; je n’ai guère agité la question des indications que dans l’appréciation des diverses méthodes applicables à une même maladie ; enfin, la description du pansement, l'étude des accidents et du traitement consécutifs m’auraient entraîné beaucoup trop loin.
Les deux grandes parties de l’art que j’ai traitées avec un soin particulier sont l’anatomie chirurgicale et le manuel opératoire; et, sous ce double rapport, peut-être encore cet ouvrage est-il demeuré plus complet que les Traités, même les plus volumineux, qui l'avaient précédé. C’est là sans doute ce qui lui a valu un succès plus grand qu’on n’aurait cru pouvoir le lui promettre. Malgré doux contrefaçons belges et cinq traductions étrangères, il est arrivé en dix-neuf ans à sa sixième édition, chose rare pour un livre de science ; et quand je ne le destinais qu aux élèves, j'ai eu la satisfaction do le voir consulté par les maîtres, et cité avec honneur par tous ceux qui s occupent de médecine
opératoire. . , .
J’aurais mal reconnu de tels encouragements, si je ne ni étais appliqué sévèrement à revoir tous les articles de ce livre, a corriger ce qui n'était pas suffisamment exact, et à remplir a chaque édition les lacunes laissées dans les précédentes, soit par la faute do l’auteur, soit par le progrès incessant de la science. Un simple coup d’œil jeté sur la table des matières suffira pour montrer l’étendue de ces additions do détail ; un point plus important
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a trait à la manière de considérer les méthodes et les procédés. Jusqu ici ces mots avaient été employés sans règle et sans mesure; aussi n'est-il pas facile de dire en quoi ils différent, si ce n est que la méthode embrasse généralement plusieurs procédés. A un point de vue plus élevé, la médecine opératoire, comme toute autre partie de lat hérapeutique, se résume en indications • a chaque indication, à ce que j’appelle l’idée thérapeutique, devrait correspondre la méthode, les procédés n’étant que les divers moyens d'y arriver. C’est ainsi que, le premier, j'ai rallié les innombrables procédés proposés pour les tumeurs érectiles à quatre indications, quatre idées, quatre méthodes; et c’est ce que j ai lâché de faire dans mon cours et dans cette édition nouvelle pour la plupart des opérations. Quelques unes s’y plient difficilement, et demandent au moins qu’au-dessous des méthodes generales on admette des méthodes secondaires; soit que, 1 indication thérapeutique bien formulée, pour la destruction d une tumeur, par exemple, on ait recours à la ligature au 1er rouge, aux caustiques, au bistouri, agents assez divers pour que leur emploi constitue autant de méthodes chirurgicales soit que le bistouri, pour arriver au même but, attaque des ré-ions d'fferentes ; ainsi les calculs vésicaux n’offrent vraiment que trois méthodes generales : 1 extraction, le broiement et la dissolution qui n est pas encore passée dans la pratique; mais il est difficile de ne pas admettre les trois grandes espèces de tailles à titre de méthodes secondaires purement anatomiques. Celle innovation sen ira d abord a soulager la mémoire et à simplifier l'étude et le classement des procédés; mais je vais plus loin, et je n’hésite pas a d|re qu elle éclairera d’un jour nouveau un bon nombre de questions restées jusqu à ce jour dans une fâcheuse confusion
nanbMp? Pr6cédentes.édltl0ns, j’avais donné un tableau comparatif des mesures anciennes et nouvelles pour les mesures de ongueur et de poids dont il est fait un fréquent usage enléecine opératoire. Malgré le temps déjà écoulé, il ne mannuon pas encore aujourd hui d'une certaine utilité. d
7 août 1 8o3 .
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