I. — ConsolidatiouiS retardées
1° Traitement médical. — Je ne saurais m'étendre sur ce point. On sait quelle est l'influence de toutes les diathèses sur la guérison des fractures; la plus importante par sa gravité et sa fréquence est la diathèse syphilitique. De très nombreux exemples montrent qu'un traitement mercuriel bien dirigé a suffi pour amener des consolidations qui se faisaient attendre depuis plusieurs mois.
2° Immobilité prolongée. — Ce moyen n'est en somme que la continuation du traitement ordinaire ; il n'est réellement utile que lorsque, le travail de sécrétion du cal persistant encore, on peut attribuer la non-consolidation à l'emploi d'appareils insuffisants ou trop souvent renouvelés, comme cela est fréquent avec l'appareil de Scultet. Les gouttières métalliques, de gutta -percha, les appareils inamovibles, ont réussi fréquemment, mais parce qu'ils en remplaçaient d'autres plus défectueux, et qu'on les employait à une époque où le travail d'organisation du cal n'était pas encore arrêté.
3° Immobilité et compression. — Amesbury des 1822 eut recours à ce moyen. Ollier a employé avec succès la pointe de Malgaigne pour le cas de retards dans la consolidation. On comprend par quel mécanisme la pointe est utile en mettant en contact parfait des os jusque-là placés dans de mauvaises conditions pour leur réunion. La pression en contondant les surfaces osseuses en rapport contribue à exciter le travail non encore arrêté de sécrétion du cal.
4° Immobilité et extension continue. — Elle peut agir comme la compression et dans les mêmes conditions; mais elle peut être
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assez énergique pour guérir des pseudarthroses confirmées comme je le dirai plus loin.
S** Irritants extérieurs. — Les vésicatoires proposés par Valker (d'Oxford) en 1815, employés plus tard et fréquemment par Brodie; la cautérisation conseillée et pratiquée par Hatshorn (1811), Kirkbride, les badigeonnages iodés ne sauraient guérir, et n'ont point guéri des pseudarthroses, comme on l'a cru à tort, mais ces moyens peuvent être utiles dans les consolidations retardées.
6" Frottement. — Applicable à la cure des pseudarthroses confirmées, le frottement employé d'une certaine façon peut surtout achever des consolidations incomplètes. En 1768, White ayant affaire à une fracture du fémur non consolidée après dix mois, fit lever et marcher le malade après avoir fait appliquer autour de la cuisse une gaine de cuir lacée. J. Hunter conseillait de faire marcher le malade avec le membre entouré d'attelles. Ev. Home et Inglis en Angleterre, Kluge en Allemagne, Champion et Jacquier en France, ont ainsi obtenu des guérisons. Aujourd'hui,l'invention des appareils inamovibles rend très facile et très siir l'emploi de ce moyen dans les cas de retard dans la consolidation.
Appréciation. — Détruire par une médication appropriée les mauvais effets d'une diathèse, remplacer par un bon appareil un appareil défectueux, mettre par la compression directe les os dans un rapport exact, sont des moyens élémentaires qui appartiennent plutôt à la thérapeutique ordinaire des fractures qu'à celle des consolidations retardées. Mais, si malgré la régularité du traitement la fracture ne paraît pas vouloir se consolider, que faut-il faire? En général, on applique de nouveaux appareils inamovibles, on condamne le malade à garder le lit quelques semaines ou quelques mois. C'est là un traitement irrationnel. Si la fracture bien traitée tarde à se consolider, c'est que le travail de sécrétion du cal s'est arrêté avant d'être complet, et l'immobilité ne saurait le réveiller. Au contraire, si après avoir appliqué un appareil inamovible on fait lever le malade en lui conseillant d'appuyer sur le membre fracturé, préalablement entouré d'un appareil inamovible exactement appliqué, la pression des fragments l'un contre l'autre, la contraction des muscles qui entourent la fracture, suffisent à ranimer, à réveiller le travail de sécrétion plastisque, et l'on ne tarde pas à voir la consolidation devenir
complète. Telle est la pratique que depuis vingt ans je suis en pareille circonstance ; on trouvera rapportées dans Bérenger-Ferraud mes deux premières observations et dans des cas assez nombreux elle m'a toujours procuré des succès rapides. Au membre supérieur, des tassements, des massages exécutés par le chirurgien auraient probablement le même résultat. Quant à l'absence complète de consolidation, elle est passible du traitement des pseudarthroses confirmées, après qu'on aura inutilement essayé les frottements énergiques et ensuite l'immobilité prolongée.