‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 173 sur 188 · XI. Strabisme · texte numérisé non relu

XI. Strabisme

On comprend, sous le nom général de stràbismCt toute difformité caractérisée par le défaut d'harmonie dans la position des deux yeux.

On distingue deux grandes variétés de strabisme : l'un, dans lequel Vœil est actif, c'est-à-dire que l'œil provoque lui-môme la déviation qu'il subit, strabisme optique ; l'autre dans lequel Vœil est passif, c'est-à-dire dans lequel le globe de l'œil subit une déviation qu'il n'a pas provoquée, strabisme musculaire. Il reste encore une autre variété dans laquelle l'œil est fixé dans une position invariable par une cicatrice vicieuse, strabisme fixe.

Nous ne nous arrêterons pas, 1° sur le strabisme optique, qui est provoqué par un staphylôme de la cornée , une opacité centrale de cette membrane, une pupille artificielle pratiquée sur la circonférence de l'iris, une cataracte commençante, etc., cette espèce n'est en effet que le symptôme de la maladie qui Ta produite ; 2° sur le strabisme fixe. Nous n'aurons donc à nous occuper que du strabisme musculaire, encore ne ferons-nous que mentionner la variété qui est déterminée par la paralysie des muscles de l'orbite, et qui porte le nom de strabisme paralytique.

Strabisme musculaire, — Désigné encore sous le nom de strabisme

sMumodigtM, cette variété tient ou à la contraction ou à la rétractioa musculaires ; on la voit survenir à la suite des affections GonvuUim de l'enfance, à l'époque de la dentition.

Divisions. — Tant qu'il n'y a qu'excès de contraction, le strabisme esifMssager^ c'est-à-dire que c'est seulement quand le sujet regarde tel ou tel objet que l'œil se trouve dévié : cette espèce de strabisme se produit volontairement chez quelques individus. A un degré plui avancé, ou plutôt au bout d'un certain temps le muscle se raccourcit; il se produit de la rétraction , de la contracture ; le strabisme est alors pet-marient. Cette distinction ne manque pas d'importance, et il est possible de reconnaître ces deux variétés par une expérience bien simple. Dans le strabisme passager, si l'on Ternae l'œil stio, Tœil dévié reprend sa position normale, jouit de tous ses mouvements, et peut même se diriger du côté opposé à sa déviation habituelle; tandis que, dans le strabisme par contracture, l'œil se redresse ; mais, attaché par la bride musculaire, il ne recouvre pas l'intégrité de ses mouvements normaux.

L'œil peut être dévié en dedans , strabisme convergent ; en dehors, strabisme divergent; en haut ou en bas, slraJbisme supérieur ou infé* rieur; ces deux dernières variétés sont fort rares. La déviation tient au trouble fonctionnel d'un seul muscle droit externe, etc. Si deux muscles sont affectés en même temps, on observe un strabisme intermédiaire, par exemple, en haut et en dehors, en haut et en dedans y etc., le strabisme convergent est de beaucoup le plus fréquent. Le strabisme est simple quand il n'existe que d'un seul côté ; il est double quand on le constate sur les deux yeux. Il est alternat»/'lorsque la déviation porte tantôt sur un œil, tantôt sur l'autre.

Le strabisme est total quand il existe dans toutes les positions des yeux et dans toute l'étendue du champ de la vision ; cet état est le plus fréquent. Plus rarement le strabisme est partiel, c'est-à-dire qu'il y a un accord des deux yeux dans une portion du champ visuel, et une désharmonie dans l'autre, strabisme droit (h. Corvisart).

M. Bouvier (1) admet trois degrés de strabisme. Dans le premier degré, la déviation est peu sensible ; elle se désigne sous le nom de /hua; trait de la vue. Dans le deuxième degré, la déviation est plus étendue; < elle atteint le milieu de l'espace qui sépare le centre de la pupille d'an des angles de l'œil. Dans le troisième degré, l'iris est caché complètement ou partiellement dans un des angles.

Symptomatologie. — Le strabisme , au début, est accompagné de diplopie ; cet état peut persister pendant un temps variable, plus long, toutefois, dans le strabisme passager que dans le strabisme permanent. L'œil dévié est toujours plus faible que l'autre ; le plus souvent, c'est la myopie qui constitue cette faiblesse ; plus rarement elle tient à l'amblyopie.

Diagnostic. — S'il est extrêmement facile de reconnaître l'existence (4) Maladiet chroniquet de l'm>areU locmeUurt 1856, p. 183.

ÂFFSCTI0N8 DU GLOBE DE L'CEIL. ftST

du strabisme, il est plusieurs points, dans le diagnostic de cette affection , qui présentent de grandes difficultés , et qu'il est cependant indispensable de déterminer d'une manière exacte ; ainsi il faut savoir si le strabisme est passager ou permanent; il faut surtout reconnaître quel est Tœil affecté de strabisme : ce n'est que par un examen des plus attentif^, et en variant à l'infini les expériences, que l'on peut arriver à un diagnostic exact, et encore arrive-til quelquefois que l'on ne peut dire quel est l'œil malade.

Le strabisme peut être confondu avec le nystagmus et la paralysie des muscles de l'œil.

Pronostic. — Le strabisme survenu chez les jeunes enfants diminue ({uelquefois avec l'ftge ; souvent aussi il reste stationnaire ou fait des progrès.

TraUemmt, — On a obtenu des cas de guérison de strabisme en fermant l'œil sain avec un bandeau, afln que l'œil dévié puisse, par l'exercice, augmenter de force ou recouvrer la puissance qu'il avait perdue. Les louchettes ont aussi rendu quelques services ; mais lorsque le strabisme est ancien, lorsqu'il existe chez un adulte, qu'il est considérable, on aura recours à idimyotomie oculaire. Quoique cette opération n'ait pas donné tous les résultats qu'elle a fait espérer, quoiqu'elle expose à la saillie du globe de l'œil, à un strabisme en sens inverse, etc., elle n'en a pas moins rendu des services réels. Avant de recourir à cette opération, on pourra essayer l'électricité, employée avec une grande précaution , ainsi que la cautérisation de la conjonctive vis-à-vis du muscle affaibli (DieÎTenbach).

XIL Myopie.

La myopie est un vice fonctionnel de l'œil caractérisé par l'impossibilité de distinguer tous les objets, à moins qu'ils ne soient placés en deçà de la distance moyenne. Elle se présente à des degrés variables : ainsi, tels sujets peuvent lire à une distance de 20 centimètres ; d'autres ne peuvent apercevoir les caractères d'un livre qu'en le plaçant tout près du nez. Les deux yeux sont souvent affectés à des degrés différents, ce dont il est facile de s'assurer en faisant lire alternativement d'un œil, puis, de l'autre, en fermant l'œil du côté opposé. La myopie coïncide souvent avec le strabisme ; elle peut être déterminée par un staphylômepellucide de la cornée ; mais souvent elle existe sans aucune altération du globe de l'œil.

Les myopes ont quelquefois les yeux saillants, leur pupille est dilatée ; s'ils veulent regarder un objet éloigné , ils froncent les sourcils, rapprochent les paupières, et font un effort comme s'ils voulaient aplatir le globe de l'œil.

La myopie est quelquefois congénitale : le plus souvent elle est acquise ; elle s'observe alors chez les individus livrés à des travaux de cabinet, qui examinent des objets de très petite dimension, et qui font usage de verres grossissants.

5g8 PATHOLOGIE CHIRURGICALE.

Si l'on jette un coup d'œil sur les diverses théories de la myopie, on voit que l'on a invoqué ; la plus grande courbure de la cornée, l'augmentation de la quantité des humeurs de l'œil, le changement de forme du cristallin. Il paraît plus probable que , dans la myopie acquise, l'accommodement est l'effet de l'action musculaire, les muscles droits exerçant sur l'œil une pression qui l'allonge d'avant en arrière, et que la myopie devient permanente par la répétition trop fréquente de cette action musculaire.

Le traitement prophylactique consiste à habituer les yeux à ne pas regarder de trop près ; l'usage des lunettes, des lorgnons, sera complètement interdit : on peut espérer, lorsque la myopie est légère , et quand ce traitement est conseillé de bonne heure, que la vue redeviendra normale.

Le traitement palliatif consiste dans l'emploi de verres concaves dont la courbe sera en rapport avec le degré de la myopie ; car nous repoussons, quant à présent, la myotomie oculaire comme traUemeni curatif de la myopie. Nous la conseillerons seulement dans les cas où cette affection serait compliquée de strabisme.

XIU. Presbytie.

La presbytie est cet état qui ne permet de distinguer que les objets éloignés.

La presbytie s'observe vers l'âge de quarante à cinquante ans, et les sujets s'aperçoivent de l'état de leur vue par la nécessité où ils sont de tenir plus éloigné le livre qu'ils veulent lire. S'ils ne distinguent pas les objets rapprochés, en revanche ils voient les objets éloignés bien plus nettement qu'avec la vue ordinaire. Comme la myopie, la presbytie présente des degrés variables ; seulement, au lieu de diminuer avec l'âge, elle tend à augmenter.

On a invoqué, pour expliquer la presbytie, des théories inverses de celles que nous avons mentionnées dans la myopie : cette affection pourrait peut-être tenir à un affaiblissement des muscles de l'œil, qui n'ont plus assez d'énergie pour accommoder les yeux pour la vision à courte distance.

Le traitement palliatif consiste dans l'usage de lunettes biconvexes à courbure en rapport avec l'intensité du mal. Comme la presbytie tend toujours à s'aggraver, on ne saurait trop recommander aux presbytes de ne passer d'un numéro à un autre que quand le changement est devenu indispensable.

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