CHAPITRE III
maladies des bronches
e 1. BRONCHITE AIGUË.
La bronchite aiguë est l’inflammation catarrhale des grosses et des moyennes bronches ; elle est souvent associée à rinflaramalion de la trachée (trachéo-bronchite).
MALADIES DES BRONCHES
et même, dans quelques cas, c’est la trachéite qui est dominante. Souvent la trachéo-bronchite est précédée de laryngite, on sait combien est fréquente cette expression : « Le rhume est tombé sur la poitrine. »
L’inflammation des petites bronches sera étudiée plus loin, sous le nom de bronchite capillaire.
Description. — La bronchite aiguë revêt, suivant son intensité, des allures différentes; ainsi la forme légère, qu’on nomme vulgairement rhume de poitrine, est presque apyrétique; à peine est-elle accompagnée de courbature et de céphalalgie; au début, la toux est pénible, sèche et quinteuse, l’expectoration est séreuse et grisâtre ; mais plus tard la toux devient grasse, les crachats sont épais, et en huit jours l’indisposition est terminée.
Dans sa forme intense, la bronchite s’annonce par une courbature générale avec frissons et fièvre à exaspération vespérale. Le malade se plaint de céphalalgie et d’inappétence; la respiration est sifflante et pénible, les quintes de toux, d’abord sèches, déterminent des douleurs déchirantes aux insertions des muscles intercostaux et du diaphragme, et fréquemment elles sont suivies de vomissements muqueux ou alimentaires.
A la percussion, la sonorité du thorax est normale; à 1 auscultation on entend, aux deux temps de la respiration, des bruits qu’on a nommés râles ronflants et sibilants; ils existent des deux côtés de la poitrine, parce que la bronchite est toujours double, et ils se propagent au loin en différentes directions.
Ces symptômes du début durent de trois à cinq jours; ils coïncident avec la période de crudité; mais lorsque la sécrétion de la muqueuse bronchique (ce qu’on appelle la période de coclion) remplace la tuméfaction sèche de la période de crudité, la fièvre tombe, la respiration est plus libre, la toux est grasse, les crachats sont épais, jaune verdâtre, et la colonne d’air mise en mouvement dans les bronches, au lieu de se briser sur les aspérités d’une muqueuse sèche, rencontre le liquide de la sécrétion
bronchique. 11 s’ensuit que les râles secs se transforment en râles humides, et à l’auscultation ces râles, au lieu d’être ronflants ou sibilants, prennent le timbre de bulles qui éclatent dans un liquide; ce sont des râles bullaires, muqueux et sous-crépitants. Les râles muqueux peuvent, quand ils siègent dans une grosse bronche, simuler le gargouillement d’une caverne; les râles sous-crépitants sont plus fins et prennent naissance dans des bronches d’un calibre inférieur. A l’inverse des râles secs, les râles humides peuvent disparaître sur tel ou tel point, après une secousse de toux qui a débarrassé les bronches des mucosités qui les encombraient.
Cette seconde période de la bronchite dure une huitaine de jours, pendant lesquels l’amélioration survient graduellement, jusqu’à la résolution, qui se fait du dixième au quinzième jour. A ce moment, l’urine devient abondante et sédimenteuse, souvent même une légère diarrhée : complète la crise. D’autres terminaisons sont possibles, ! telles que le passage à l’état chronique et la transformation en bronchite capillaire; enfin, chez les vieillards . affaiblis qui n’ont pas la force d’expulser les sécrétions qui encombrent leurs bronches, la bronchite peut se transformer en catarrhe sufl'ocant.
Étiologie. — La bronchite aiguë est une maladie des saisons froides et humides ; chez certaines personnes prédisposées, elle apparaît au moindre refroidissement et à l’approche de l’hiver. Elle est un des principaux éléments de la rougeole et de la grippe; elle est moins franche dans la coqueluche, dans l’asthme et dans la fièvre de foin, maladies où l’élément nerveux est généralement si prépondérant que l’élément inflammatoire est relégué au second plan. La manifestation bronchique qui apparaît au début de la fièvre typhoïde est une bronchite plus liypérémique que phlegmasique, elle peut cependant se transformer en un vrai catarrhe, et devenir une fâcheuse complication.
La bronchite des biightiques (bronchite albuminurique)
MALADIES DES BRONCHES
n’est pas une Droncliite franche, elle emprunte à l’œdeme pulmonaire ou à la dyspnée urémique ses caractères particuliers. J’en dirai autant de la pseudo-bronchite qui est associée aux maladies de cœur, et qui est surtout caractérisée par des phénomènes de congestion et de stase dans l’appareil broncho-pulmonaire. Les poussières, les vapeurs irritantes (boulangers, rémouleurs) peuvent déterminer une phlegmasie des bronches habituellement associée à des lésions pulmonaires.
Je mentionne tout spécialement la bronchite syphilitique. L’érythème et le catarrhe syphilitique, qui sont si fréquents au larynx pendant les premières années de l’infection, existent également à la trachée et aux grosses bronches ; il y a une irachéo-bronchite syphilitique, à allure subaiguë, sujette à répétition, et facilement ravivée par le froid. Bon nombre de syphilitiques se plaignent de la facilité avec laquelle ils s’enrhument, de la facilité avec laquelle ils prennent des laryngites, des bronchites, eux qui autrefois ne s’enrhumaient jamais! Ils sont sous le coup des érythèmes et des catarrhes syphilitiques du larynx, de la trachée et des bronches, catarrhes facilement exaltés par les refroidissements.
La bronchite des jeunes enfants mérite une mention spéciale; chez eux, elle paraît être quelquefois associée à la dentition, à des troubles digestifs, et à ce sujet on a voulu faire jouer un rôle prépondérant au bacterium coli\ Même dans ses formes les plus légères, la bronchite des jeunes enfants peut se compliquer de congestion pulmonaire; la température du petit malade s’élève, et l’on entend à la hase des poumons des râles fins qui pourraient faire redouter l’éclosion d’une bronchite capillaire, mais après un ou deux jours de fièvre et de maladie tout rentre dans l’ordre (Cadet de Gassicourt).
Diagnostic. — Il ne suffit pas de diagnostiquer la bronchite, ce qui est fort simple; il faut encore ne pas
t. Lesage, Soc. méd. des hôpitaux, janvier 1892.
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la confondre avec les états qui peuvent la simuler, il faut surtout remonter à la cause qui lui a donné naissance, car le traitement est absolument variable suivant les cas. Ainsi la bronchite syphilitique exige un traitement mercuriel et ioduré, la bronchite des brightiques ne s’améliore qu’avec le régime lacté; la bronchite des cardiaques est justiciable du traitement des maladies du cœur. La bronchite des tuberculeux est parfois impossible à diagnostiquer par l’étude seule des symptômes; son origine tuberculeuse est dans quelques cas mise en doute jusqu’à la découverte des bacilles dans les crachats.
D’une façon générale il faut se méfier d’une bronchite qui ne débute pas avec des allures franches; les bronchites qui débutent sans fièvre sont souvent de fausses bronchites. D’autre part, il faut se méfier également des soi-disant bronchites dans lesquelles la toux est le symptôme prépondérant, à l’exclusion de la fièvre et de l’expectoration. De ce qu’un individu tousse beaucoup il ne faut pas aussitôt le supposer atteint de trachéobronchite ; il y a des hystériques qui sont prises de toux parfois fréquente et incessante sans avoir la moindre bronchite. 11 y a des gens chez lesquels le tænia ou des * lombrics provoquent une toux qu’on qualifie bien à tort de bronchite; après l’expulsion du tænia la toux disparaît; Graves en cite un exemple bien 'remarquable1.
Bactériologie. — L’étude bactériologique ne peut pas nous servir à établir une classification des bronchites. : Les microbes qui normalement, en état de santé, habitent nos conduits aériens, les staphylococcus albus et aureus, le streptococcus pyogenes, le pneumococcus, le pneumobacille, tous ces microbes peuvent se retrouver en quantité plus ou moins considérable dans les crachats des bronchites; ils n’ont donc aucune spécificité. Outre ccs microbes, les crachats de la bronchite contiennent sou-