‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 52 sur 292 · BRONCHITE PSEUDO-MEMBRANEUSE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

BRONCHITE PSEUDO-MEMBRANEUSE CHRONIQUE

Étiologie. — La bronchite pseudo-membraneuse chromique s’observe surtout chez l’adulte et le vieillard ; elle est plus fréquente chez l’homme que chez la femme. Les affections pulmonaires et l’arthritisme des ascendants paraissent la favoriser. Elle est parfois consécutive à une bronchite chronique commune, ou à une tuberculose pulmonaire qu’elle vient compliquer.

Anatomie pathologique. — A l’autopsie, on constate sur la muqueuse bronchique un peu de rougeur et d’épaisissement; les fausses membranes se localisent à la trachée, aux grosses bronches, et surtout aux divisions bronchiques de troisième et quatrième ordre1. Les fausses membranes sont ramifiées comme une branche d’arbre ou comme une branche de corail, elles prennent exactement l’empreinte des bronches et forment de véritables moules.

Ces moules peuvent être rejetés en petits fragments, ou en morceaux ramifiés de 10 à 12 centimètres de longueur. La substance qui les forme est blanche ou rosée, assez souvent disposée en feuillets concentriques.

Dans les grosses bronches, les fausses membranes sont creuses et présentent une lumière centrale; dans les bronches de petit calibre, les moules bronchiques sont pleins. La structure de ces membranes est variable : elles peuvent être composées de mucus concret, d'albumine coagulée (Grancher), de fibrine (Caussade), de graisse (Model). Quelquefois on y a trouvé des cristaux de Charcot- Leyden et des cellules éosinophiles. Au point de vue mi-

1. Paul-Lucas Champonnière. De la bronchite pseudo-membraneuse chronique. Th. de Paris, 1S76.

MALADIES DES BRONCHES

crobien l’étude est encore à faire, et c’est elle seule qui pourra nous renseigner exactement sur la nature et sur les causes réelles de la bronchite pseudo-membraneuse chronique. Dans une observation publiée par Claisse1, la bronchite membraneuse était associée au streptocoque.

Symptômes. — C’est en général par une phase de bronchite aiguë que débute l’affection : la bronchite aiguë s accompagne ou non de l’expectoration de fausses membranes et peu à peu l’afTection devient chronique; parfois c’est longtemps après la disparition de la bronchite aiguë qu’apparaissent les fausses membranes; chez quelques sujets, l’affection est chronique d’emblée.

Sa marche n est ni continue ni progressive; elle procède par accès. A intervalles plus ou moins éloignés, les malades sont pris de dyspnée intense, de douleurs rétrosternales, de toux souvent convulsive; ils rendent d’abord des matières filantes, très abondantes, puis ils rejettent es ausses membranes, sous forme de fragments isolés, ou de pelotons enroulés, pelotons qui se déroulent quand on les plonge dans l’eau. Parfois c’est un arbre bronchique tout entier qui est rendu. Les hémoptysies sont très rares. Apres l’expulsion des membranes la dyspnée cesse. Pendant l’accès, le murmure vésiculaire est souvent affaibli; parfois on observe un foyer de râles crépian s qui peuvent persister longtemps (Hyde Salter), ou un bruit de drapeau, comme dans le croup. L’accès est en general apyrétique.

J’ai observé dans mon service de l’hôpitalNecker, en 1891

tlr:me ide cin(Juante ans qui avait depuis quelque p une bronchite pseudo-membraneuse. Après être este une annee entière sans rendre de membranes, il

huit io»^enr fejeier Pendant un presque tous les

t J0Urs- L acces eta>t annoncé la veille par certains

1896.ClaiSSe Br0DChite memhraneU8e ironique. Presse médicale.

MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE

symptômes; le malade se sentait sombre et triste, et le lendemain, au milieu d’une quinte de toux et dans un fort accès de dyspnée, il rendait de véritables arbres bronchiques. Jamais il n’eut d’hémoplysies, et jamais je ne constatai quoi que ce soit à la percussion et à l’auscultation. 11 s’améliora rapidement par l’emploi de l’iodure de potassium, quoique n’étant pas syphilitique.

La durée de la maladie est illimitée : on a cité un cas datant de 25 ans (Kirch). Le pronostic, assez semblable à celui delà bronchite chronique simple, n’est grave que chez les tuberculeux.

Diagnostic. — Le diagnostic repose tout entier sur l’examen de l’expectoration. Quand les fausses membranes seront reconnues, on en pratiquera l’examen histologique et surtout l’examen bactériologique pour savoir s’il s’agit d’une diphlhérie, dune pneumonie ou d’une bronchite chronique avec ou sans association tuberculeuse.

Le traitement rationnel doit consister en l’emploi de l’iodure de potassium, du mercure, du goudron et de ses dérivés, terpine et créosote.

§ 6. SYPHILIS TRACHÉO-BRONCHIQUE.

Suivant la juste remarque de M. Mauriac1, la trachée et les bronches, simples conducteurs de l'air, ont un rôle purement passif, qui n'est en rien comparable aux fonctions multiples du larynx. Aussi les symptômes des affections syphilitiques trachéo-bronchiques se réduisent à destroubles respiratoires; seulement ces troubles respiratoires sont encore plus terribles ici qu’au larynx, parce

1. Syphilose du larynx, de la trachée et des bronches. Arch. de méd., 1888.

MALADIES DES BRONCHES

que la trachéotomie, recours suprême dans les affections laryngées, n’est plus applicable quand la lésion siège à la trachée ou à sa bifurcation.

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