Trousseau, Clinigue de V llôlel-Ditu
nature, l’évacuation rapide ou excessive d’un liquide abdominal (ascite, kyste), l’application des ventouses Junod, les modifications qu’éprouve la circulation encéphalique sous l’influence directe ou réfiexe des nerfs vaso-moteurs (émotion, névroses). Les altérations qualilatives sont dues aux maladies longues et graves, à l’inanition, aux cachexies, etc.
Les symptômes de l’anémie cérébrale varient suivant la cause qui leur a donné naissance. Quand la quantité de sang soustraite à l’économie est considérable ou rapide, le sujet a du vertige, des éblouissements, des bruissements d’oreille, il se refroidit et perd connaissance, sa pâleur est extrême, le pouls devient petit et inégal, les mouvements respiratoires se ralentissent, et l’on voit parfois des convulsions générales ou une syncope mortelle. Quand l’anémie cérébrale est lente à se produire et moins accusée que précédemment, les vertiges, les palpitations, l’insomnie, et un abattement général, joints à une impressionnabilité exagérée des sens (faiblesse excitable), en sont les principaux symptômes.
L’anémie totale et persistante d’un département vasculaire, due à l’oblitération d’un vaisseau (thrombose ou embolie), sera étudiée plus loin avec le ramollissement cérébral.
Quand l’anémie cérébrale se produit brusquement (perte de sang), on aura soin de coucher aussitôt le sujet, afin que sa tête soit dans une position déclive. Le traitement des autres formes se confond avec le traitement de l’anémie généralisée.
g 3. HÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE.
La description de l’hémorrhagie cérébrale mérite un certain développement, d’abord à cause de son impor-
MALADIES DE L'ENCÉDIIALE.
tance, et aussi parce que plusieurs de ses symptômes primitifs (apoplexie, hémiplégie), et plusieurs de ses symptômes secondaires (contractures, tremblement, etc.), sont communs à d’autres maladies cérébrales et demandent, pour être compris, une connaissance approfondie de l’anatomie du cerveau et de la circulation de ses différents territoires.
Anatomie pathologique. — Le sang extravasé dans la pulpe cérébrale se collecte en foyer et ne se rétracte pas; en se coagulant il prend 1 aspect gelée de groseille des caillots du cœur. Suivant que le foyer hémorrhagique est récent ou ancien, ces caractères sont diflérents. Si l’hémorrhagie est récente et si elle a été abondante, les parois du foyer sont déchiquetées, anfractueuses et formées de lambeaux de substance cérébrale; on y trouve des vaisseaux et parfois des anévrysmes miliaires. Quand le foyer est ancien, c’est-à-dire quand l’hémorrhagie date de plusieurs mois, le caillot et les parois du foyer se modifient; le sang se dépouille de sa partie séreuse, les éléments solides, globules et fibrine, se transforment, la dégénérescence granulo-graisseuse facilite leur résorption, mais la substance colorante, l’hématoïdine, persiste indéfiniment, et l’on voit de vieux foyers et d’anciennes cicatrices qui, malgré dix et quinze ans d’existence, ont encore conservé une coloration jaunâtre ou ocreuse.
A la longue, les parois du foyer se transforment en un tissu de sclérose ; si ces parois ne s’accolent pas, il en résulte un kyste; dans le cas contraire, il se forme une cicatrice.
Les foyers hémorrhagiques ont les dimensions les plus variables, ils sont souvent symétriques, ils peuvent faire irruption dans les ventricules et vers les méninges. A côté d’un foyer gros comme une amande on un œuf, on rencontre parfois des foyers d’hémorrhagie capillaire (apoplexie capillaire de Cruveilhier) plus petits qu’une tête d’épingle. La substance cérébrale est parsemée de points rouges, qui présentent, chacun à son centre, un vaisseau
soc
MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX
rapillaire dont la gaine lymphatique est distendue par le sang, et déchirée en un point qu’on ne peut pas toujours découvrir. Ces hémorrhagies capillaires sont souvent le premier degré d’une hémorrhagie en foyer.
Topographie de l’hémorrhagie. — Les hémorrhagies ne se font pas indistinctement dans tous les points, elles choisissent la substance grise plus souvent que la substance blanche, et les parties périphériques du cerveau, les circonvolutions, sont rarement atteintes, eu égard aux parties centrales ganglionnaires, corps striés et couches optiques. Mais veut-on avoir une idée exacte de la lopograpliie du foyer, de l’inondation possible des ventricules latéraux, de l’envahissement de la capsule interne, des lésions du faisceau pijramidal, des dégénérescences scléreuses secondaires qui peuvent être le résultat de l’hémorrhagie, des atrophies musculaires qui compliquent parfois ces dégénérescences, il est nécessaire au préalable de connaître la conformation anatomique de celte région centrale, que je vais rappeler en quelques mots.
Quand on écarte les deux lèvres de la scissure de Sylvius, on aperçoit un groupe de quatre ou cinq circonvolutions courtes et recouvertes parles branches de l’artére sylvienne : c’est Vinsula de Reil. Le cerveau étant préparé et suffisamment durci, si l’on enlève avec précaution, par le raclage, ces circonvolutions de l’insula de Reil, on rencontre une lame de substance blanche ayant 2 millimètres d’épaisseur, nommée capsule externe, et englobant dans sa substance blanche un tractus de substance grise appelé \'avant-mur. Détachons la capsule externe, et nous arrivons sur un gros amas de substance grise; c’est le noyau extra-ventriculaire du corps strié, encore nommé noyau lenticulaire, et divisé lui-même en plusieuts segmenis. Poursuivons dans la même direction, enlevons ce noyau, cl nous rencontrons un épais tractus de sub.stance blanche, la capsule interne, dont l’imiiortance est de iiremier ordre. La capsule interne étant détachée, nous trouvons le noyau gris intra-vcnlriculaire du corps
MALADIES DE L’ENCÉriIALE.
strié, ou noijüu caudé, et enfin une masse de substance grise, la couche optique, faisant saillie dans le ventricule latéral. Il est à remarquer, d’après cette disposition, que les trois amas de substance grise, la couche opiique et les noyaux du corps strié sont, suivant une heureuse expression, appendus à la capsule interne à la manière de cotylédons (Fo ville).
Capsule interne. — La capsule interne (Burdach) joue dans cette région un rôle si important que je ne crains pas d’insister sur sa conformation. Pour bien étudier la capsule interne, il faut pratiquer une coupe horizontale du cerveau, en sectionnant le cerveau soit de dehors en dedans, un peu au-dessus de la scissure de Sylvius (Flechsig), soit de dedans en dehors en dirigeant le couteau un peu en bas et en arriére (Brissaud)*. La capsule interne présente alors : i° un segment antérieur (lenticulo-strié) qui se dirige en dedans et en arrière, et qui est limité en dedans par le noyau caudé et en dehors par le noyau lenticulaire; 2° un coude, ou genou de la capsule, situé entre la couche optique et le corps strié; 5° un segment postérieur (lenticulo-optique) qui se dirige en dehors et en arrière, et qui est limité en dehors par le noyau lenticulaire et en dedans par la couche optique. Après avoir dépassé la région comprise entre les noyaux centraux, les fibres de la capsule interne pénètrent dans le centre ovale, forment des irradiations décrites sous le nom de couronne rayonnante de Reil, et se dispersent dans toutes les directions vers les parties périphériques du cerveau. La capsule interne contient des fibres nerveuses, centrifuges et centripètes, de provenances diverses; les unes, venues des parties périphériques du cerveau, s’arrêtent dans le noyau lenticulaire, dans le noyau caudé, dans la couche opiique; les autres ne s’arrêtent pas dans les masses centrales, forment de véritables commissures entre le cerveau d’une part,
1. Brissaud, liccherches sur la contracture permanente des hémiptéyiques. ïh. de l'aris, 18S0.
MALADIES DE L'ENCÉPHALE