Ranviei. Arch. de pkijs., I870, p
MALADIES DE L'ENCÉPHALE
contractiles de la tunique moyenne s’atrophient consécu tivement et disparaissent sans substitution graisseuse. Ces raréfactions parliellesdiminueiitlarésislance des vaisseaux et deviennent mécaniquement cause d’ectasies et d'anévrysmes miliaires.
Ces petits anévrysmes, qui ont en moyenne un demimillimètre de diamètre et dont la plupart sont visibles à l’œil nu, finissent par se rompre, et l’hémorrhagie se produit. Ces anévrysmes miliaires avaient été entrevus par Cruveilhier (apoplexie capillaire), Meynert, Heschel, par Charcot, mais nul, jusqu’à Bouchard S n’avait saisi les rapports qui existent entre l’anévrysme miliaire et l’hémorrhagie cérébrale. Nous savons maintenant comment se forment les anévrysmes miliaires et comment ils se rompent ; on a saisi sur le fait toutes les phases de la lésion, depuis la périartérite initiale jusqu’à l’hémorrhagie terminale.
Cette altération et ce processus ne ressemblent pas aux lésions athéromateuses de l’endartérite, lésions qui sont localisées dans les couches profondes de la tunique interne, et, tandis que l’athérome cérébral est surtout lié à l’histoire des thromboses et des ramollissements, la périartérite scléreuse prépare et provoque l’hémorrhagie.
Est-ce à dire que l’athérome doive être banni de la pathogénie de l’hémorrhagie cérébrale? Non, puisque dans un grand nombre d’autopsies on rencontre à la fois les lésions de l’eiidartérite et celles de la périartérite, et l’endartérite mérite de figurer comme cause puissante d’hémorrhagie cérébrale.
Les altérations vasculaires qui conduisent aux ané-
ysmes miliaires sont souvent le résullat de Y hérédité] n éanmoins certains états morbides, tels que la maladie de Bright (artério-sclérose), l’alcoolisme, la goutte, peuvent les provoquer. Ajoutons que toute cause de conges-
1. Voir pour plus de détails : Rouchard. /îec/ierc/ies sur paiAo. génie des hémorrhagies cérébrales, p. 68. Paris, 1866. — Charcot et Bouchard Ar-ch. de phys., 1868.
MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX
lion cérébrale agit pour produire l’hémorrhagie chez un individu prédisposé (excès de tension vasculaire, hypertrophie cardiaque, action brusque du froid).
Le rôle pathogénique de la syphilis est maintenant nettement déterminé. Les lésions de l’artérite syphilitique, qui ont pour les artères cérébrales une vraie prédilection, déterminent habituellement l’oblitération du, vaisseau, la thrombose et le ramollissement consécutif; nous étudierons cette question à l’un des chapitres suivants, mais les lésions de l’artérite syphilitique aboutissent également à l’anévrysme et à la rupture du vaisseau malade, et par conséquent à l'hémorrhagie consécutive. Nous verrons bientôt, en étudiant la syphilis cérébroméningée, qu’on a réuni une quinzaine d’observations*, où l’hémorrhagie méningée était manifestement due à la rupture d’une artère syphilitique ; il n’est donc pas improbable que la syphilis ait la même action sur les artérioles du cerveau.
Bien que l’hémorrhagie cérébrale soit l’apanage d’un âge avancé, elle se montre aussi aux diverses périodes de la vie. Elle est essentiellement héréditaire, ainsi que je l’ai établi dans un précédent mémoire*, plus héréditaire même que la phthisie et le cancer, elle détermine dans une même famille l’apoplexie et l’hémiplégie, et la gravité des accidents, la curabilité, la mort rapide ou la survie, ne sont subord«nnées qu’à la localisation de la lésion cérébrale. Elle frappe plusieurs membres d’une famille, et il n’est pas rare que dans une même lignée, une génération plus jeune soit atteinte avant une génération plus âgée,
Description. — L’hémoi-rbagie cérébrale se traduit : 1“ par des symptômes primitifs qui surviennent 'au’moment de l’hémorrhagie ou peu de temps après; 2° par
1. Spillmann. Anévr. syph. des art. cérébr. {Annales de Dcrm.el de Sijphil., 1886), p. 641.
2. Dieulafoy. Communication à l’Académie de médecine; voy. Cas. hebdomadaire, 1876.
PATHOLOGIE DU SANG
des symptômes secondaires qui n’apparaissent que des semaines ou des mois plus tard. Dans quelques cas, l’hémorrhagie cérébrale est précédée de prodromes (céphalalgie, bouffées de chaleur, congestion céphalîque passagère) qui peuvent durer depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois ; mais plus habituellement les prodromes font défaut, et celui qui est frappé d’hémorrhagie cérébrale passe sans transition de l’état de santé à ïapoplexie ou à V hémiplégie.
A. Symptômes primitifs. — L'apoplexie n’est pas un symptôme fréquent de l’hémorrhagie cérébrale, on pourrait presque dire qu’elle est rare. L'apoplexie est la perte totale du mouvement et du sentiment, suivant l’antique définition de Galien, définition malheureusement altérée par Rochoux et détournée par lui de son vrai sens. Rochoux était si persuadé que l’apoplexie est toujours le résultat d’une hémorrhagie cérébrale, qu’il avait fini par en faire un synonyme, et dès lors le mot apoplexie, indistinctement employé, servit, par une étrange confusion, à désigner tantôt la lésion, c’est-à-dire l’hémorrhagie, tantôt le symptôme, c’est-à-dire la perle de mouvevement et de sentiment. L’habitude prise, on écrivit « apoplexie capillaire » (Cruveilhier) pour hémorrhagie capillaire, « apoplexie du poumon » pour hémorrhagie du poumon, termes vicieux qu’on doit abandonner. Communément ce mot « apoplexie » éveille l’idée de soudaineté et de brusquerie; il faut s’entendre : l’apoplexie dite foudroyante est fort rare (hémorrhagie bulbaire, innodation ventriculaire ou méningée) ; le plus souvent, l’apoplexie survient lentement, graduellement ; elle met dix minutes, une demi-heure et plus encore à se développer (Trousseau) *.
Le malade frappé d’apoplexie est dans la résolution complète; il a la face congestionnée et les traits déviés vers le côté sain, tandis que les lèvres et la joue du côté