‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 122 sur 492 · Briquet. Traité de l’hystérie. Taris · texte numérisé non relu

Briquet. Traité de l’hystérie. Taris

presque toujours annoncée, quelques heures ou quelques jours à l’avance, par des prodromes, tels que palpitations, bâillements, lassitude, malaise, pleurs ou rires sans motif, constriction du thorax et du cou (boule hystérique).

Le plus souvent, l’attaque débute par une aura. L’aura est complète ou incomplète. L’aura complète est caractérisée par une sensation douloureuse qui part de l’ovaire ( ovatie ), gagne le creux épigastrique (constriction épigastrique), remonte le long du sternum (sensation de boule) arrive au pharynx, au larynx ( strangulation ) et se termine par des phénomènes céphaliques (sifflements d’oreilles, obnubilation de la vue), qui sont plus marqués du côté d’où est partie l’aura. A ce moment l’attaque commence, la malade tombe; mais, contrairement à l’épileptique, elle a le temps de choisir le lieu de sa chute et elle ne perd pas connaissance, au moins au début de l’accès. Elle pousse des cris, de vraies vociférations, elle suffoque, elle a la figure congestionnée et les veines cervicales très distendues; elle porte violemment la main à son cou, comme pour arracher tout objet qui pourrait gêner la respiration et, au milieu des sanglots et du hoquet, les convulsions apparaissent.

Les mouvements convulsifs sont essentiellement cloniques, ils sont très étendus, désordonnés : tantôt ce sont des contorsions qui agitent les membres et déplacent le corps tout entier; tantôt les mouvements convulsifs sont plus cadencés, ils prédominent dans les muscles du bassin (hystérie libidineuse) ; le tronc est le siège d'une sorte de balancement (mouvements de salutation); parfois la tête, violemment secouée, va heurter les objets environnants. La figure n’est pas grimaçante comme dans l'épilepsie; l’abdomen est distendu par des gaz, la perte de connaissance est généralement absolue. Après une durée qui varie de quelques minutes à plusieurs heures, durée qui dépend du nombre d’accès qui se suivent, les mouvements se calment, la physionomie trahit, les expressions diverses de la peur, de la colère, delà volupté, et l’attaque

se termine par d’abondantes larmes ou par 1 émission d’urines incolores.

Les attaques d’hystérie ne sont pas toujours aussi violentes et aussi complètes ; il en est où les malades perdent à peine connaissance, entendent ce qu’on dit et savent ce qui se passe autour d’elles. Dans l’hystérie, comme dans l’épilepsie, les attaques peuvent se répéter coup sur coup pendant plusieurs jours, les évacuations sécrétoires qui marquent la fin de l’accès font défaut, et la malade sent que l’attaque doit recommencer. Contrairement à l’épilepsie, les accès d’hystérie n’ont pas lieu la nuit.

Il est souvent possible de provoquer ou d’arrêter à volonté une attaque d’hystérie : il suffit de comprimer fortement les ovaires, l’ovaire gauche principalement, ou bien une zone hystérogène.

L’attaque d’hystérie ne se présente pas toujours au complet; parfois elle est précédée d’une phase de convulsions toniques, spasmes de l’œsophage, de la glotte, des masséters; et cette phase peut même, à elle seule, constituer toute l’attaque.

b. Grande hystérie, hystérie épileptiforme1. — L’hystérie vulgaire ou petite hystérie, celle que je viens de décrire, peut être considérée comme l’atténuation de la grande hystérie. La grande hystérie, ou hystérie épileptiforme, infiniment plus rare, diffère de la petite attaque en ce qu’elle commence par une phase épileptiforme; voici comment elle procède :

La crise, précédée d’une aura et des prodromes déjà décrits, éclate et se compose de quatre périodes qui se succèdent dans l’ordre suivant :

1° La première période, épileptoïde, simule absolument une attaque d’épilepsie, avec convulsions toniques, convulsions cloniques et résolution.

2° Après cette période épileptoïde qui dure de trois à

1. Iticlicr. Élude clinique sur la grande hystérie. Paris, i88S.

quatre minutes, tout le reste est de l’hystérie pure. 11 y a d’abord une phase de contorsions, de grands mouvements, de clownisme (Charcot); la malade s’appuie sur la tête et sur les pieds en forme de pont, ou bien elle exécute un balancement rythmé de la partie supérieure du corps, une sorte de salutation, etc.

3° Puis survient la phase des attitudes passionnelles qui se manilestent sous l’empire d’hallucinations tristes ou gaies (frayeur, amour, volupté).

4° La période terminale est celle des hallucinations avec visions effrayantes (rats, vipères, animaux noirs).

La succession de ces attaques constitue un état de mal qui peut durer plusieurs semaines avec cent attaques par jour; il n’y a pas ici d’élévation de température comme dans l’état de mal épileptique, et la compression de l’ovaire peut arrêter la grande attaque d’hystérie comme elle arrête la petite attaque.

L’attaque d’hystérie épileptiforme revêt encore d’autres formes plus rares; telles sont : la forme syncopale (Briquet), la syncope constituant toute l’attaque, la forme cataleptique (Lasègue), la léthargique, le coma et la léthargie survenant comme terminaison de l’attaque.

Hystérie non convulsive. — Les manifestations non convulsives de l’hystérie sont extrêmement multiples : les paralysies, les troubles trophiques, les atrophies musculaires, les contractures, les tremblements, les anesthésies, les névralgies, les congestions avec ou sans hémorrhagie, les troubles respiratoires, digestifs et urinaires, les désordres des organes génitaux et des organes des sens, les troubles intellectuels, l’altération des facultés mentales, tout cela se rencontre dans l'hystérie. Ces manifestations multiples de l’hystérie peuvent être étudiées successivement, et sans ordre, car elles ne suivent aucune règle dans leur époque d’apparition.

Paralysies. — Les paralysies hystériques atteignent les muscles de la vie organique aussi bien que les muscles delà vie de relation, elles ont été notées 139 fois sur 450

malades (Briquet)1. Les paralysies a forme hémiplégique ou paraplégiques sont les plus frequentes; parfois un seul membre est atteint ( monoplégie ), surtout le membre supérieur3. Les paralysies hystériques succèdent a une attaque ou surviennent en dehors de toute manifestation convulsive : un traumatisme, même léger, une émotion, une frayeur en sont souvent la cause déterminante. Suivant le cas, leur apparition est brusque ou graduelle, elles sont mobiles, paraissent et disparaissent avec une égalé facilité, persistent indéfiniment ou guérissent brusquement. Une paralysie accompagnée d’anesthésie, l’anesthésie prenant la forme de contours perpendiculaires à l’axe longitudinal du membre, avec contractilité électrique normale, réflexes exagérés, normaux ou diminués, tels sont les caractères des paralysies hystériques4.

L’hémiplégie hystérique diffère de l’hémiplégie par lésion cérébrale en ce qu'elle atteint rarement la face-, c’est là un signe distinctif bien important à connaître. Toutefois, ce signe distinctif n’est pas absolu, car on a publié des observations d’hémiplégie hystérique dans lesquelles la face était légèrement déviée. Mais, répond Charcot, on a commis une erreur, on a pris pour une hémiparalysie faciale ce qui est une contracture, un hémispasme. a Dans l’hémiplégie hystérique il n’existe jamais, du côté paralysé, de participation du facial inférieur comparable à celle qui se voit dans l’hémiplégie vulgaire. Les déviations de la face qui se surajoutent à l’hémiplégie hystérique, sont la conséquence d un spasme glosso-labié hémilatéral, qui occupe tantôt le côté opposé à l’hémiplégie, tantôt le même côté. Dans cet hémi-

1. Briquet. Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie. Paris,

2. Coronel. De l’hémiplégie hystérique. Thèse de Paris, 1875. — Desbrosso. Thèse de Paris, 1876. — Chevalier, Thèse de Paris,

5. Méchin. Monopi. brach. hysl. Thèse de Paris, 1887. i. Paralysies, contractures, affections douloureuses de causes psychiques. Lober. Thèse d’agrégation, 1886.

spasme glosso-labié, la commissure des lèvres et la langue sont fortement déviées du côté convulsé ; la joue est parfois agitée de saccades convulsives. » Charcot est revenu plus tard sur cette affirmation, et l’hémiplégie faciale hystérique est actuellement prouvée.

Les paralysies concernant les organes seront étudiées plus loin.

Contractures. — Les contractures hystériques peuvent atteindre presque tous les muscles volontaires et involontaires; tantôt elles affectent les formes monoplégique, hémiplégique et paraplégique, elles peuvent même se généraliser aux quatre membres, aux muscles lombaires, aux muscles du cou, des mâchoires, de la langue, des globes oculaires, etc. ; tantôt elles frappent isolément un muscle ou un groupe musculaire. Ces contractures sont permanentes; habituellement très douloureuses, elles durent des mois et des années, elles apparaissent graduellement ou brusquement et disparaissent parfois avec la même brusquerie; elles succèdent aux paralysies ou s’établissent en dehors de tout état paralytique; elles ne cèdent pas au sommeil, mais elles cèdent, au moins temporairement, au chloroforme.

Ces caractères distinguent les contractures hystériques des contractures qui succèdent aux scléroses des cordons latéraux de la moelle; ces dernières s’établissent lentement, progressivement, et ne sont pas modifiées par le chloroforme. Néanmoins, il paraîtrait que la contracture hystérique peut, elle aussi, à la longue, et dans des cas tout à fait exceptionnels, s’associer à une lésion des cordons latéraux de la moelle (Charcot8). Ce fait doit être en effet bien exceptionnel, car dans une remarquable observation, contrôlée par Yulpian, on n’a retrouvé aucune trace de lésions médullaires chez une hystérique qui avait eu pendant cinq ans des contractures généralisées,

1 . Charcot. Sclérose des cord. lalér. de la moelle épinière chez une femme hystérique (Soc. méd. des. hôp., 25 janvier 1805).

avec troubles trophiques, atrophie musculaire et contractions fibrillaires des muscles (Klumpke1).

Le bras contracturé est généralement en flexion forcée, la jambe est en extension avec pied-bot varus-équin. Toute tentative faite pour vaincre la contracture est accompagnée de douleurs violentes. Si, pendant l’état de contracture du membre inférieur, on redresse fortement la pointe du pied, on détermine dans ce membre une trépidation épileptoïde qui dure quelque temps et qui peut être arrêtée à son tour par la flexion brusque du pied. L’application d’un aimant détermine quelquefois le transfert de la contracture au côté opposé. Voici l’énumération d’un certain nombre de contractures hystériques : la contracture des extrémités (tétanie), les contractures péri-arliculaires du genou, de l’épaule, souvent fort douloureuses (Brodie) 2 * 4, les contractures des muscles de la hanche qui simulent la coxalgie, la contracture des muscles du cou (torticolis), des muscles masticateurs (trismus), des muscles moteurs de l’œil (strabisme), des muscles de la langue ; sans compter la contracture des sphincters (rétention d’urine), les spasmes de l’œsophage pouvant durer des semaines et des mois (rétrécissement spasmodique), les spasmes de la glotte et accès de dyspnée consécutifs, etc., qui seront étudiés avec chacun de ces organes.

Les contractures hystériques surviennent tantôt spontanément, sans cause apparente, tantôt elles sont suscitées par des causes insignifiantes, par un léger traumatisme (chute, contusion, entorse, piqûre d’aiguille)5, et il est remarquable que la contracture déterminée fortuitement par un traumatisme est souvent la première manifestation d’une hystérie jusque-là latente*.

1. Klumpke. Contractures hystériques [Rev. de méd., mars 1885).

Page 1