Clinique médicale, t. II, p
les cuisses dans l’adduction; mais on n’observe ici ni la contracture vraie, ni la trémulation épileptoïde de la sclérose latérale. Aux mains, la rigidité des muscles peut déterminer à la longue de vraies déformations, analogues à celles du rhumatisme chronique progressif, moins toutefois les tuméfactions osseuses et moins aussi la déformation caractéristique du pouce, qui dans la maladie de Parkinson présente d’avant en arrière un aplatissement dû à son application permanente sur l’index.
Outre les symptômes que je viens d’énumérer, le malade éprouve des crampes douloureuses, il a un besoin continuel de changer déplacé ; il se plaint d’une sensation de chaleur excessive. Il est des cas où, le tremblement venant à manquer, la rigidité musculaire constitue le symptôme dominant de la paralysie agitante.
Par ses progrès incessants, la maladie aboutit à un affaiblissement des mouvements, à une sorte de parésie qu’on a nommée période paralytique, bien qu’il n’y ait pas de paralysie dans le vrai sens du mot, et le tremblement disparait à mesure que l’affaiblissement musculaire augmente. Cette paralysie, incomplète et disséminée, a été diversement interprétée : Charcot pense qu’il s’agit là d’une rigidité musculaire plutôt que d’une véritable impuissance des muscles; il y a pourtant des cas où la parésie est évidente. Trousseau admet que la paralysie est due à la perte continuelle de l’incitation nerveuse musculaire, les muscles n’emmagasinant plus la force nécessaire pour produire de véritables contractions.
La période ultime de la maladie survient après une durée de dix, vingt et trente ans ; cette période cachectique est caractérisée par des désordres de nutrition et par des troubles psychiques; le malade tombe dans l’amaigrissement et dans le marasme, avec anasarque, diarrhée, incontinence d'urine et affaiblissement des facultés intellectuelles. Avant cette période, la mort est souvent amenée par une maladie intercurrente (pneumonie).
Diagnostic. Étiologie. — Le tremblement coordonné des mains dans la paralysie agitante ne ressemble en rien aux oscillations brèves et isochrones du tremblement improprement nommé tremblement sénile1; il diffère aussi des tremblements toxiques (alcoolisme, hydrargyrisme, saturnisme) et du tremblement de la sclérose en plaques, qui n’apparaît qu’à l'occasion de mouvements volontaires. Enfin on ne retrouve nulle part les attitudes spéciales de la face, de la tête et du tronc, qui caractérisent la paralysie agitante.
11 y a des cas frustes dans lesquels le tremblement est insignifiant, et le diagnostic se fait au moyen de la rigidité musculaire et de l’attitude spéciale du sujet2.
La paralysie agitante est rare avant l’âge de quarante ans; ses causes sont le plus souvent ignorées; les émotions vives, la terreur, le refroidissement, le traumatisme d’un nerf3, ont pu quelquefois la provoquer; l’hérédité a été signalée.
Anatomie pathologique. — La lésion de la paralysie agitante est à trouver, et cette maladie mérite encore d’être placée dans le cadre des névroses ; bien qu’on ail signalé diverses altérations, telles que des scléroses diffuses du bulbe, de la protubérance, des cordons latéraux de la moelle, ou l’oblitération du canal central de la moelle4, « l’inconstance de ces lésions, au point de vue de l’existence et de la nature, lui enlève tout caractère spécifique » (Jaccoud).
1. Ce qu’on nomme improprement tremblement sénile n’est pas eu à la vieillesse (Luys, Charcot), il manque chez un grand nombre de vieillards. — Démangé. Rapports du tremblement sénile avec la paralysie agitante (Revue de médecine).
2. Doucher. Paralysie agitante, forme fruste. Thèse de Paris, 1877.
3. Charcot. Progrès médical, 1878, n” 18. — Grasset. Mal. du syst. nerv., p. 891. — Vandier. Thèse de Paris, 188G.
4. JoflVoy. Arch. de physiol., 1872, p. 106.— Domange. Mélanges de clinique. Paris, 1880.