Jaccoud. Clin, mitl., t. 111. p
MALADIES DE L’ESTOMAC
gitive, angoissante ; elle irradie dans toutes les directions : dans le dos, sur les côtés du thorax, à la base de la poitrine (irradiations aux nerfs intercostaux) ; elle envahit le ventre (entéralgie); elle arrive aux hypochondres, aux reins, et jusqu’au cordon spermatique (irradiations au plexus solaire). Dans les accès violents, le malade a la face pâle et les traits contractés, il pousse des gémissements, il comprime avec force la région douloureuse, il cherche par toutes les positions possibles à diminuer l’intensité du mal. L’accès dure quelques minutes, un quart d’heure, une heure; il peut reparaître plusieurs fois dans les vingt-quatre heures et plusieurs jours de suite.
Si la gastralgie est associée à un état dyspeptique, à un catarrhe stomacal, il y a en même temps des troubles digestifs; dans d’autres cas, les digestions sont normales, l’appétit est conservé, parfois même augmenté (boulimie). Chez les femmes hystériques et chloro-anémiques,le goût est perverti (pica, malacid). Dans l’ataxie locomotrice, les accès de gastralgie (crises gastriques) revêtent des caractères qui ont été décrits ailleurs et qui peuvent devancer les autres symptômes de la maladie.
La durée de la gastralgie est subordonnée à sa cause ; elle est tantôt passagère, tantôt persistante et sujette à répétitions.
Diagnostic. — L 'ulcère simple de l’estomac provoque des douleurs qui ont une grande analogie avec la gastralgie essentielle; mais on reconnaît l’ulcère à d’autres symptômes, tels que l’intolérance de l’estomac pour les aliments, l’apparition ou l’aggravation des douleurs après les repas, le siège xiphoïdien et rachidien de la douleur, la présence de sang dans les vomissements (hématémèse). Le cancer de l’estomac est une maladie moins douloureuse; néanmoins la lésion cancéreuse s’annonce quelquefois par une douleur persistante et tenace à la région épigastrique, et le diagnostic doit être fait avec la gastralgie; l’àge du malade, son dépérissement progressif
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l’hématémèse, le mélæna, la phlegmatia alba dolens, la présence d’une tumeur stomacale, l’hypochlorhydrie, sont les symptômes du cancer. Il ne faut pas confondre la gastralgie avec les névralgies superficielles de la peau ou du plan musculaire de la région épigastrique; Y épigastralgie et la névralgie des nerfs intercostaux sont accompagnées d’hyperesthésie et de points douloureux qu’il est facile de provoquer par la pression à l’émergence des rameaux nerveux. Les coliques hépatiques légères, celles surtout qui ne sont pas suivies d’ictère, sont fréquemment prises par les malades pour des accès de gastralgie, pour des crampes d’estomac ; afin d’éviter l’erreur, il faut s’assurer du siège précis de la douleur, qui dans le cas de colique hépatique siège à l’hypochondre droit et irradie fréquemment à l’épaule droite; il faut percuter le foie, qui est souvent douloureux et augmenté de volume; il faut examiner les urines, qui sont souvent ictériques; les coliques hépatiques, même légères, sont souvent accompagnées de vomissements, et suivies, sinon d’ictère, du moins d’une teinte subictérique des conjonctives.
Il ne suffit pas de faire le diagnostic de la gastralgie, il faut encore faire le diagnostic de sa cause, car le pronostic y est sérieusement engagé; il faut savoir si la gastralgie est essentielle ou symptomatique, si elle n’est pas le signe avant-coureur d'une ataxie locomotrice, ou l’un des premiers symptômes d’une tuberculose pulmonaire en voie d’évolution.
Traitement. — Au moment de l’accès, l’indication principale est de calmer la douleur; on applique des sachets de glace au devant de l’estomac, on prescrit un ou deux grammes d’antipyrine, on fait une injection de morphine à la région épigastrique. Le nombre des injections et la quantité de morphine injectée (de 1 à plusieurs centigrammes) dépendent de la durée et de l'intensité de l’accès. En dehors des accès, on prescrit un traitement en rapport avec l’état général qui a pro-
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voqué la gastralgie : les préparations ferrugineuses et arsenicales pour la chloro-anémie ; les antispasmodiques (valériane, bromure de potassium), dans les cas où l’élément nerveux est prédominant; les alcalins, les amers, si la gastralgie est liée à l’une des formes de dyspepsie précédemment décrites. Les potions opiacées, quelques gouttes de laudanum, seront données avant les repas, si l’accès douloureux est provoqué par l’ingestion des aliments; en pareil cas, le régime lacté est également indiqué. Dans la majorité des cas, l’hydrothérapie rend de véritables services.