‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 377 sur 492 · APERÇU GÉNÉRAL DE L'ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE DU FOIE · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL DE L'ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE DU FOIE

Anatomie. — Avant de décrire les lésions du foie, les cirrhoses, qui jouent dans la pathologie de cet organe un

rôle si considérable, les dégénérescences de toute nature (graisseuse, pigmentaire, amyloïde) qui frappent la cellule a des titres divers, les altérations des canaux sanguins et des canaux biliaires, etc., il est essentiel de rappeler en quelques mots la structure normale et les fonctions de la glande hépatique.

Le 1 oie, contenu dans l’hypochondre droil, pèse environ 1 450 grammes. Il reçoit deux ordres de vaisseaux afferents : 1° l’artère hépatique, qui est le vaisseau de nutrition; 2° la veine porte, qui ramène au foie le sang veineux de l’intestin, de l’estomac et de la rate. Il n’émet qu’un seul ordre de vaisseaux efférents, les veines sus-hépatiques, qui déversent dans la veine cave le sang recueilli dans le foie. Sur une section du foie, on peut facilement distinguer les veines portes et les veines hépatiques; les veines portes sont accompagnées par les expansions de la capsule de Glisson, ne sont pas adhérentes au tissu du foie et s affaissent; les veines hépatiques adhèrent au tissu du foie et restent béantes. Sur une coupe du foie on aperçoit à l’œil nu ou à un faible grossissement une foule de petits ilôts plus foncés au centre qu’à la périphérie, qui donnent au foie un aspect granité. Ces ilôts représentent les lobules hépatiques. Qu’est-ce donc que le lobule hépatique ?

Le foie est formé par la réunion de lobules, il en contiendrait douze cent mille d’après M. Sappey; connaître la structure d’un de ces lobules, c’est connaître la structure du loie tout entier. Les lobules hépatiques, ou îlots hépatiques, sont de petites masses ayant 1 millimètre de large sur 2 millimètres de long, et appendues aux divisions de la veine hépatique, comme des globules glandulaires à leurs conduits excréteurs. La forme polyédrique des lobules est due à leur pression réciproque; ils sont séparés les uns des autres par des fissures et par des espaces triangulaires qui résultent de l’émoussement de leurs angles. Au centre du lobule est une veine, la veine sus-hépatique, adhérente au tissu du foie, et qui

pénètre dans le lobule après être née à court trajet d’une veine hépatique extra-lobulaire. La veine sus-hépatique est formée de tissu fibro-élastique avec quelques fibres musculaires lisses, et doublée d’un endothélium. A l’état pathologique cette veine sus-hépatique, fibreuse et épaissie, est un point de repère important pour les examens histologiques. Autour du lobule, dans les espaces triangulaires et dans les fissures, sont les veines portes, l’artère hépatique, les canaux biliaires, les vaisseaux lymphatiques; tout cela plongé dans une gangue de tissu conjonctif. On comprend déjà toute l’importance des fissures et des espaces dans l’anatomie pathologique de l’organe. Entre la veine hépatique, qui est centrale, et les veines portes, qui sont périphériques, existent des capillaires qui transportent le sang de la périphérie au centre du lobule, qui forment à l’intérieur du lobule un réseau veineux à forme radiée et qui sont reliés entre eux par des anastomoses transversales. A l’état pathologique ces capillaires sont souvent encombrés de globules rouges et de microbes. Dans les mailles de ce réseau capillaire sont contenues les cellules hépatiques, qui ont des rapports immédiats avec le réseau des canalicules biliaires. Mais tout ceci demande quelques explications : nous connaissons le lobule hépatique, étudions maintenant chacun des éléments qui concourent à sa formation.

a. Les cellules hépatiques constituent l’élément essenliel, l’élément spécifique du foie; ce sont de petits blocs de substance molle et granuleuse; la variété de leur forme lient à la pression qu’exercent sur elles les cellules et les vaisseaux qui les entourent. A l’état de jeûne les cellules sont petites et assez mal délimitées, mais pendant la digestion elles sont volumineuses et très distinctes. On les isole facilement; elles sont aplaties, polygonales et à plusieurs faces, ce qui fait que chaque cellule est en rapport avec six ou sept de ses voisines, avec des capillaires sanguins et avec des capillaires biliaires. La cellule hépatique ne parait pas avoir d’enveloppe; elle,* est formée

d’un protoplasma granuleux possédant un ou deux noyauxelle contient des granulations jaunes de pigment biliaire qui sont en rapport avec la fonction biligenique, des granulations rouges de pigment sanguin, et des granulations graisseuses. Elle renferme de la substance glycogène et la matière iermentescible par laquelle la substance glycogène se transforme en sucre. Cette matière glycogène est surtout abondante dans les cellules du centre des lobules ; elle apparaît sous forme de petites masses amorphes, presque fluides, se colorant en rouge acajou avec la teinture d’iode. La disposition des cellules dans le lobule est remarquable : elles rayonnent du centre vers la circonférence, suivant en cela la disposition radiée des mailles vasculaires, et elles se disposent en réseau à la périphérie du lobule (Frey)1 2.

La disposition radiée des cellules s’étageant du centre a la périphérie du lobule leur donne l’aspect de petites colonnettes qu’on désigne parfois du nom de travées ou trabécules (trabecula, petite poutre, de trabes, poutre). Eberth avait même comparé ces trabécules à des tubes le tube étant formé des cellules hépatiques radiées entourées par une membrane. Cette disposition tubulaire du foie biliaire qui existe chez quelques animaux, surtout chez le phoque, est réalisée chez l’homme à l’état pathologique.

b. Les veines portes qui entourent le lobule hépatique (veines interlobulaires de Kiernan, périphériques de Gerlach) cheminent dans les espaces ( espaces portes ) et dans les fissures que laissent entre eux les groupes de lobules et les lobules. Chaque lobule est pénétré par des capillaires qui émanent de plusieurs vaisseaux portes : ces capillaires cheminent en rayonnant de la périphérie vers le centre du lobule (Kôlliker) s ; ils sont unis entre eux par des anastomoses transversales et ils s’anastomosent

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