Remy. Thèse de Jacquin, ISSi. Obs
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les alvéoles, pour aboutir rapidement à une caséification des tissus envahis. La syphilis tertiaire détermine alors un véritable phagédénisme rapide du poumon, comme elle détermine un phagédénisme rapide du voile du palais ou du pharynx.
D’après les recherches de Porter, les alvéoles pulmonaires au cas de pneumopathie syphilitique sont remplis d’un exsudât inflammatoire dont le contenu est le suivant1 : 1° Globules. sanguins, leucocytes, cellules endothéliales desquamées, fibrilles de fibrine semblables à celles que l’on trouve dans la deuxième période de la pneumonie lobaire ; 2° cellules rondes décolorées comme dans l'hépatisation grise; 5° cellules endothéliales volumineuses arrondies ; 4° substance granuleuse qui ne peut se colorer et qui résulte évidemment d’un processus dégénératif. Chacun de ces quatre aspects peut se voir dans des alvéoles voisins les uns des autres, aussi semble-t-il que dans chaque alvéole pulmonaire le processus évolue d’une manière distincte.
Les lésions scléreuses broncho-pulmonaires delà syphilis ressemblent à la broncho-pneumonie scléreuse vulgaire. La lésion est constituée par une hypertrophie du tissu conjonctif qui forme le stroma du poumon. Un véritable tissu de sclérose est ainsi répandu et disséminé dans tout le parenchyme. Celte cirrhose pulmonaire syphilitique, qui revêt cliniquement, le plus souvent, l’aspect de la broncho-pneumonie chronique vulgaire, présente, en général, les altérations anatomiques suivantes :
Dans un lobe du poumon, apparaît un bloc gris rougeâtre, dur, criant sous le scalpel, parsemé de bronchectasies ampullairas ou sacciformes, recouvert d'une plèvre très épaissie et avoisinée par des lésions de périostite intercostale. Parfois le poumon est raviné à sa surface par des sillons qui irradient à la façon des cicatrices que l’on observe sur le foie des syphilitiques; il est encore
1. W.-1I. Porter ( New-York med. Journ., 1" août 1885, p. 192).
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segmenté dans sa profondeur par de larges bandes de sclérose ayant l’aspect blanc nacré des tendons.
La lésion peut offrir un mode d’agencement très variable. Elle peut être purement scléreuse, sans nodules caséeux ou gommeux apparents. Elle peut être sclérogommeuse : on découvre alors sur les bronches, autour d’elles, ou dans le tissu sclérosé péri-lobulaire, des gommes parfois si petites qu’on ne saurait dire au premier abord si ce sont des granulations tuberculeuses ou des gommes microscopiques. Elle peut revêtir une forme analogue à la pneumopathie syphilitique des nouveaunés, que nous aurons à étudier plus tard sous le nom de pneumonie blanche.
Le processus de cette sclérose pulmonaire et son histogénèse présentent quelques particularités intéressantes.
La lésion débute le plus souvent autour des bronches de moyen calibre, au niveau même du hile, d’où elle semble irradier dans le parenchyme pulmonaire. Le tissu de nouvelle formation forme ainsi un manchon fibreux, parfois chondroïde, autour des bronches ou des artérioles qui les accompagnent. Il entoure enfin l'alvéole, puis le lobule pulmonaire lui-même, et constitue, par sa répartition, une broncho-pneumonie véritable. La prolifération conjonctive exerce une action déformante sur les bronchioles, qui peuvent être dilatées ou diminuées de volume. Quant aux alvéoles, ils sont tassés les uns contre les autres, et leur épithélium est souvent en dégénérescence graisseuse.
D'après Porter, le tissu conjonctif nouvellement formé présente, dans sa texture, les variations suivantes : Tissu fibreux, blanchâtre, ne renfermant que fort peu d'éléments embryonnaires. Tissu moins dense que le précédent, farci de nombreux petits éléments arrondis et présentant, en d’autres points, des éléments fusiformes. Tissu renfermant des éléments nucléaires ressemblant tout à fait â des éléments de sarcome. Tissu offrant au microscope un aspect granuleux, comme s’il subissait un
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processus dégénératif. On n’observe presque jamais de pigmentation, ce qui prouve bien qu’il ne s’agit pas de pneumokoniose.
Dans quelques cas les lésions syphilitiques bronchopulmonaires sont accompagnées de pleurésie chronique avec épaississement de la plèvre et épanchement pleural; l’épanchement peut même être la lésion dominante.
Les symptômes de la syphilis pulmonaire sont très variables; aussi, afin de mettre un peu d’ordre dans cette importante question, je propose la classification suivante, que j’ai adoptée dans mon cours à la Faculté1.
PNEUMOPATfflE SYPHILITIQUE SIMULANT LA BRONCHO-PNEUMONIE TUBERCULEUSE AIGUil.
Description. — Dans certains cas, la syphilis du poumon offre le tableau presque fidèle de la broncho-pneumonie tuberculeuse aiguë : début assez brusque, fièvre vive, toux incessante, dyspnée violente, expectoration muco-purulente, amaigrissement rapide, sueurs profuses; matité à la percussion; râles et souffle à l’auscultation; tels sont les signes et les symptômes qui peuvent être communs à la broncho-pneumonie syphilitique et à
Ila broncho-pneumonie tuberculeuse aiguë ou subaiguë. Dans quelques cas, au milieu des symptômes que je viens d’énumérer, une expectoration fétide se déclare et la syphilis simule une gangrène du poumon 2.
On a dit, je le sais, que la pneumonie syphilitique s’installait, sans fièvre, sans amaigrissement, sans aucun phénomène d’hecticité. Cela est vrai pour un certain nombre de cas, à marche lente, que nous allons étudier plus loin, mais non pour les formes aiguës. Ce sont précisément ces formes aiguës dont le diagnostic est extrêmement difficile. Est-ce que des malades chez lesquels on
1. Dicutafoy. Syphilis du poumon et de la plèvre. Gaz. hebdam. 1880. 2. Feulard. Annales de syphiligraphie, 1803.
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constate des signes de ramollissement pulmonaire ou de caverne, qui expectorent des crachats sanguinolents, qui sont tourmentés par des sueurs nocturnes et qui vont à une consomption rapide, le tout évoluant en quelques semaines, est-ce que ces malades, ne ressemblent pas à des gens atteints de phthisie aiguë?
Chez eux, il est vrai, la dyspnée est souvent intense, hors de proportion avec la lésion, mais ce symptôme ne suffit pas à mettre sur la voie du diagnostic. Les signes physiques, râles, souffles, gargouillement, sont ceux de la phthisie aiguë. La localisation des lésions, a-l-on dit. peut révéler l’existence des lésions syphilitiques, parce que la lésion syphilitique siège souvent à la partie moyenne du poumon, surtout à droite, au niveau des troisième et quatrième espaces intercostaux. Cette topographie spéciale est en effet importante à connaître; elle peut faire penser à la syphilis, mais elle n’est pas constante, puisque dans l’observation de M. Raymond et dans un cas qui m’est personnel, et dans bien d’autres, la lésion siégeait au sommet du poumon.
On ne peut donc faire le diagnostic de la syphilis pulmonaire aiguë, que si le malade présente en même temps d’autres lésions syphilitiques, une ostéite ou une périostite douloureuse, une gomme ulcérée, une éruption syphilitique, un testicule syphilitique. Parfois il suffit de découvrir un stigmate syphilitique, une exostose du tibia, une périostose du frontal (obs.Hayem) de la clavicule, il suffit de la présence de cicatrices syphilitiques et de l’absence plusieurs fois constatée des bacilles de la tuberculose dans les crachats, pour nous engager à porter le diagnostic de pneumopathie syphilitique aiguë. En un mot, s’il n’existe pas de symptômes pathognomoniques de la broncho-pneumonie syphilitique aiguë, il faut du moins s’entourer de tous les renseignements qui peuvent mettre sur la voie du diagnostic. Alors, même