Da Cunha, Lisbonne
NÉVROSES DU CŒUR
supérieure précèdent ou accompagnent fréquemment la saillie oculaire (Wecker). L 'exophthalmie est double, et l’œil devient parfois si saillant que les paupières peuvent à peine le recouvrir, ce qui donne au regard et à la physionomie une expression étrange. Au moment des paroxysmes, l’exophthalmie augmente à tel point qu’on a plusieurs fois constaté la luxation des globes oculaires (Pain). La conjonctive est souvent injectée, et la cornée, continuellement à découvert, même pendant le sommeil, peut s’enflammer et s’ulcérer. La vue est intacte, c’est par exception qu’on a noté la myopie ou la presbytie. A l’ophthalmoscope, la choroïde a paru quelquefois congestionnée (Withuisen) ; on a noté la dilatation des vaisseaux rétiniens. Nous avons observé avec Jl. Galezowski des hémorrhagies rétiniennes. La pupille est normale ou plus souvent dilatée que rétrécie.
Chez les malades atteints de maladie de Basedow, avec ou sans hystérie, on constate parfois une paralysie bilatérale des muscles moteurs du globe de l’œil, paralysie qui atteint principalement les mouvements volontaires, les mouvements réflexes étant partiellement conservés. Tous les muscles qui forment la musculature externe, les droits, les obliques, innervés par les 3°, 4”, 6” paires, sont paralysés; aussi les mouvements du globe oculaire, élévation, abaissement, adduction, abduction, rotation, sont abolis ; seule, l’élévation de la paupière supérieure est généralement conservée. Cette impossibilité de mouvoir les yeux donne au regard une étrange fixité ; le malade ne peut suivre du regard un objet situé à droite ou à gauche; il est obligé de tourner la tête. On donne le nom A' ophlhalmoplégie externe à cette paralysie de la musculature externe. La musculature interne qui comprend le muscle ciliaire et les fibres radiées ou circulaires de l’iris, et qui préside à l’accommodation et aux mouvements de dilatation et de resserrement de la pupille, cette musculature interne est respectée dans la maladie de Basedow. L'ophthalmoplégie externe peut s’observer
MALADIES DE L'APPAREIL CIRCULATOIRE
chez des gens atteints à la fois de goitre exophlhabnique et d’hystérie, d’hystérie seule, ou de goitre exophlhalmique seul *.
5° Corps thyroïde. — L’accroissement du corps thyroïde vient de la dilatation de ses nombreux vaisseaux : aussi l’auscultation de la glande fait-elle percevoir des bruits de souffle, simples ou doubles, avec renforcement diastolique comme dans un anévrysme cirsoïde. A la palpation on sent des battements et des mouvements d'expansion analogues à ceux d’une tumeur anévrysmale. Le lobe droit est plus souvent envahi que le reste de l’organe, et, bien que la tumeur n’atteigne pas les dimensions du goitre ordinaire, elle peut, par la compression de la trachée, ou par l’excitation des nerfs récurrents, produire des altérations de la voix, des spasmes glottiques et, au moment des paroxysmes, des accès terribles de suffocation.
4“ Tremblement. — Le tremblement4 est un signe presque constant de la maladie de Basedow, mais il est parfois si léger, qu’il faut le rechercher avec soin pour le découvrir. Ce tremblement est surtout fréquent aux membres supérieurs ; il atteint 8 et 9 oscillations par seconde ; les bras et les mains, même à l’état de repos, sont le siège d'une trémulation qui est fort gênante pour l’écriture et pour toutes les fonctions délicates de la main et des doigts. Aux membres inférieurs, la trémulation existe au repos aussi bien que pendant la marche; au repos, les jambes sont animées d’une sorte de mouvement de pédale. Dans quelques cas exceptionnels le tremblement envahit tout le corps, même la face et la langue. On observe habituellement des mouvements fibrillaires de tous les muscles.
5° Troubles nerveux. — Après avoir étudié les principales manifestations de la maladie de Basedow, passons en revue les symptômes multiples et parfois très impor-
1. Ballet. Ophthalmoplégie externe, Rev. de m(d.. mai cl juillet
2. Marie. Formel frustes de la mal. de Basedow. Th. de Paris, 1SS5.
NÉVROSES DU CŒUR. G01
tants qu’on peut englober sous la dénomination un peu vague de troubles nerveux : troubles psychiques, troubles moteurs, troubles vaso-moteurs, trophiques, sécrétoires, troubles sensitifs; ils jouent dans cette maladie un rôle si prépondérant qu’on en retrouve les manifestations à chaque instant.
Les troubles pstjchiques se traduisent par un sorte de torpeur intellectuelle, inaptitude au travail; certains malades deviennent maussades, irascibles, impatients, fantasques, peu sociables; ils sont incapables d’attention, leur caractère s’assombrit, ils perdent le sommeil, et après des nuits d’insomnie ils se lèvent accablés de fatigue. Parfois les troubles psychiques revêtent les caractères de la manie : excitation violente, lypémanie, hypochondrie, hallucinations, délire de persécution, délire chronique. Ces derniers troubles psychiques ne sont pas directement imputables au goitre exophthalmiquc, ils sont les manifestation des diverses psychoses (hystérie, épilepsie', etc.) qui sont associées au goitre. Le facteur étiologique qui joue dans l’évolution de ces délires le rôle prépondérant, c’est l 'hérédité nerveuse*.
Les troubles moteurs sont également très fréquents; tantôt ce sont des phénomènes d’excitation, le malade ne peut tenir en place, il marche indéfiniment, il rentre, il sort, il s’assied, il se lève, il est dans une continuelle agitation. Tantôt ce sont les phénomènes paralytiques qui dominent : paralysie des nerfs moteurs bulbaires, de la branche motrice du trijumeau, du facial, de l'hypoglosse, paralysie des muscles moteurs de l’œil, ophthalmoplégie externe. C’est en partie sur le compte de l'hystérie qu’il faut mettre les hémiplégies, les paraplégies passagères et l'hémi-anesthésie qui ont été signalées dans le cours de la maladie de Basedow1 2 3.