Vaquez. De la thrombose cachectique. Th. de Paris
MALADIES DE L'APPAIlEIL CIRCULATOIRE.
veines (crurale), à la compression exercée par le fœtus, à la dégénérescence du muscle cardiaque, à la parésie du cœur (Jaccoud) dans les fièvres graves et dans les pyrexies. D’après les remarquables travaux de Hayem suivis de ceux de Bizzorero, les hémaloblastes, les plaquettes joueraient un rôle considérable dans la coagulation du sang.
Quoi qu’il en soit, la lésion débute par la veine, avec dégénérescence granulo-graisseuse des cellules endothéliales; la tunique interne s'épaissit, bourgeonne, et sur ce bourgeon se déposent des couches stratifiées de fibrine : c’est là l’origine du thrombus. Ce coagulum fibrineux est adhérent. « Toute tentative pour rompre cette adhérence serait inutile; il serait même difficile de délimiter bien exactement la surface de la veine; celle-ci s'épaissit progressivement et présente au point central de la coagulation une sorte de bourgeonnement de coloration rougeâtre qui part de la partie profonde de la veine et va se perdre dans la coagulum. » (Vaquez.) Les choses étant ainsi préparées, l’oblitération partielle ou totale de la veine par coagulation sanguine est facile à comprendre.
b. Thrombus. — Après avoir étudié les lésions de la veine, la pathogénie de la thrombose et la formation du caillot, faisons maintenant l’étude du caillot. Le caillot remplit plus ou moins le calibre de la veine, il est pariétal ou oblitérant; la partie du caillot qui est en contact avec la veine est blanchâtre et très adhérente, c’est un caillot de baltaqe (Hayem); tandis que la partie du caillot qui oblitère le vaisseau est rougeâtre, c’est un caillot par stase. Parfois, l'extrémité centrale du caillot, celle qui regarde le cœur, se termine en s’effilant. Cette extrémité, battue par le courant, ou détachée par l'afflux sanguin d'une veine collatérale, peut devenir une embolie.
Quand un thrombus oblitère une veine principale, des coagulations se forment dans les ramifications veineuses qui aboutissent à cette veine.
MALADIES DES VAISSEAUX
Au point de vue histologique, le thrombus est formé d'un réseau ramifié de fibrine, de globules rouges plus nombreux à la périphérie, et de globules blancs plus nombreux au centre1 2. Ces différents caractères du thrombus ne permettent pas de le confondre avec les caillots de formation récente dus à la coagulation du sang veineux après la mort. Ceux-ci n’occupent qu’en partie le calibre de la veine, ils ne sont pas formés de lamelles concentriques, et ils présentent deux couches : une supérieure blanchâtre et fibrineuse, et une inférieure (relativement à la position du cadavre) qui est cruorique, parce que les globules rouges ont gravité pendant la période de coagulation.
Après sa formation, le thrombus peut subir l’une des transforviations suivantes : a. Ses éléments se désagrègent et disparaissent par résorption, b. 11 est envahi et fragmenté par des végétations vasculo-conjonctives de la tunique interne de la veine, et la veine est parfois convertie en un cordon fibreux, en un tissu caverneux*. c.Les portions périphériques du caillot subissent seules la transformation fibreuse, elles se rétractent, et la circulation se rétablit à travers le centre devenu perméable, d. Le thrombus est morcelé, et le fragment détaché devient une embolie dont l’aboutissant est le cœur droit ou le poumon. Parfois le caillot se ramollit à son centre, il se liquéfie, il a une apparence puriforme qu’on avait prise à tort pour la suppuration du caillot'; c’est une désagrégation du caillot avec métamorphose granulo-graisseuse. Si ces particules sont lancées dans le torrent circulatoire (embolies capillaires), il peut en résulter des infarctus dont l’aboutissant naturel est le poumon, et si le thrombus est associé à des agents pathogènes infectieux, les embolies capillaires portent avec elles le caractère septique et devien-
1. Pitres. Structure du thrombus (Soc. anal., 1875, p. 12). Hutir.cl. Thrombose des veines rénales (Rev. mens., 1877).
2. Troisier. Phlegmalia alba dolens. Paris, Thèse d’agrégation,
DIEULAFOY, rAllIOL. T. F.
MALADIES DE L'APPAREIL CIRCULATOIRE
nent l’origine d’infarctus septiques, d’abcès miliaires, d’accidents pulmonaires, cardiaques1, infectieux, qui ont été décrits au chapitre des Embolies pulmonaires.
Description. — Je vais donner une description générale de la phlegmalia alba dolens, me réservant de revenir ensuite sur les particularités que peut présenter chaque phlébite suivant la cause qui lui a donné naissance.
La phlegmatia alba dolens peut occuper les veines des membres inférieurs et supérieurs, les veines du cou et de la face, mais elle a une prédilection bien marquée pour les veines de la jambe, et c’est habituellement par les veines du mollet qu’elle commence. Elle a un début insidieux, rarement fébrile ; elle s’annonce par des douleurs d’abord disséminées à toute l'étendue d'un membre, puis localisées à certains points. Ainsi, au membre inférieur, qui est le siège le plus ordinaire de la lésion, la douleur est plus vive au mollet et à l’aine; le membre est lourd et engourdi, Y hyperesthésie est parfois excessive. Dans quelques cas, le malade se plaint de douleurs articulaires simulant un rhumatisme; parfois aussi, la douleur peut manquer complètement. Les réseaux bleuâtres qui se dessinent sous la peau indiquent que la circulation, gênée dans les veines profondes oblitérées, tend à se rétablir par les veines superficielles, et les veines profondes sont quelquefois transformées en un cordon dur et flexueux qu’on peut sentir au mollet et suivre jusqu’à l’anneau du troisième adducteur. L'articulation du genou est parfois atteinte d’hydarthrose ; les mouvements de la jambe sont difficiles, comme si les muscles étaient atteints de parésie. On a même signalé une vraie impotence passagère du membre, avec ou sans atrophie musculaire.
L’oblitération des veines provoque un œdème à caractères spéciaux; il est blanc, parce que la peau est exsangue; il est lisse, et dur, parce que les aréoles du derme