Potain. Congrès de Limoges
MALADIES DES REINS. 31 î
un rein déplacé et mobile. Tel autre individu est nerveux, neurasthénique, se plaint de vertiges, de bouffées de chaleur, de maux de tête, d'inappétence, d'anorexie, d'affaiblissement, d'amaigrissement; on l'examine et l'on constate que ce neurasthénique a un rein déplacé. En voici un autre sujet, qui s'est découvert, lui-même, une tumeur dans le ventre ; il n'en éprouve ni gêne, ni douleur ; il vient vous en faire part, on l'examine, et l'on constate un rein flottant. Dans ces différents cas, le rein déplacé était associé à divers états morbides sans provoquer ses propres symptômes.
Le rein flottant détermine deux symptômes principaux : la douleur et une tumeur abdominale avec troubles généraux plus ou moins accusés. L'ectopie rénale se signale quelqueibis par un début brusque et violent : à la suite de fatigues ou d'efforts, ou même sans cause appréciable, le sujet est pris de douleurs très vives dans l'abdomea ; il vient vous trouver et il vous dit : « Il me semble que quelque chose s'est décroché dans le ventre ». On peut remettre le rein en place et le malade guérit. Cette luxation brusque du rein, parfois accompagnée de tendances à la syncope, peut avoir une origine traumatique.
Dans d'autres cas, les symptômes n'ont pas cette brusquerie et surviennent progressivement. La douleur, limitée à l'hypochondre ou à la région lombaire du côté affecté, est souvent accompagnée de tiraillements et de pesanteur. La douleur est sourde, ou pulsatile comme un abcès, rappelée par la marche, par l'équitation, par les exercices, et calmée par la position horizontale. Parfois, surviennent des paroxysmes aigus très pénibles, généralement provoqués par des efforts, par la menstruation, et accompagnés de frissons, de vomissements, de lipothymies (Lancereaux). Le simple repos au lit met fin habituellement à ces crises douloureuses. Chez quelques personnes, les douleurs, par leur caractère, prennent les allures d'une colique hépatique ou d'une colique néphrétique avec irradiations à l'uretère, à la vessie, aux lombes, aux cuisses. Les troubles digestifs, anorexie, gastralgie, ectasie gastro-intestinale, pyrosis,
éructation, nausées, vomissements, sont fréquents chez les malades atteints d'ectopie rénale. J'en dirai autant des symptômes nerveux, neurasthéniques, hystériques, hypo chondriaques.
Le rein déplacé forme une tumeur qu'on sent profondément située sous le rebord costal et vers les parties latérales de l'abdomen. Cette tumeur donne au toucher la forme du rein, elle est douloureuse à ia pression, et généralement assez mobile pour qu'on puisse la déplacer dans tous les sens, la ramener dans sa loge et provoquer le ballottement rénal (Guyon). Toutefois, il est des cas où le rein est immobilisé par des adhérences.
Étranglement rénal. — Je viens de décrire les symptômes du rein déplacé, mais ce n'est pas tout, il faut maintenant nous occuper de ces épisodes aigus, soudains, qui éclatent parfois de la façon suivante: Un individu, ayant un rein déplacé, est pris sans cause appréciable, et tout d'un coup, de symptômes qui rappellent la péritonite aiguë : douleurs vives dans le ventre, irradiations douloureuses, nausées, vomissements, petitesee du pouls, sueurs froides, tympanisme abdominal, faciès grippé, état syncopal; rien n'y manque : c'est bien là le tableau d'une péritonite aiguë par perforation. On pense alors, au premier abord, à la perforation d'un ulcère de l'estomac ou du duodénum, à une péritonite appendiculaire ; mais un examen plus approfondi permet de découvrir, dans le ventre, une tumeur mobile, réductible, très douloureuse, qui est le rein déplacé, tumeur d'autant plus volumineuse, que ce rein est momentanément atteint d'hydronéphrose : car ces accidents-là sont des accidents d'étranglement rénal. La crise douloureuse peut persister plusieurs heures, ou plusieurs jours, avec des paroxysmes et des moments d'accalmie, puis tout rentre dans l'ordre, si l'on a eu soin surtout de recommander au malade l'immobilité dans la position horizontale. La crise cesse brusquement, elle est jugée par l'émission d'urines abondantes, et par la disparition de la tumeur liquide abdominale. Bien que la dénomination d'étranglé-
ment rénal créée par Dietl ne soit pa^ absolument conforme à la vérité, elle rend bien compte de la pathogénie de ces accidents qui sont dus à une torsion ou à une coudure de l'uretère avec hydronéphrose intermittente* et stase veineuse par arrêt momentané de la circulation dans la veine rénale. Ces épisodes, extrêmement douloureux, peuvent se reproduire fréquemment2; ils étaient bien connus de Trousseau, qui en donne au début de sa merveilleuse leçon sur les reins mobiles une description à laquelle il n'y a rien à ajouter.
Le diagnostic de l'ectopie rénale, facile dans quelques cas, présente parfois de réelles difficultés. Bien des tumeurs abdominales, rénales, mésentériques, hépatiques, ovariques, peuvent simuler le rein déplacé. Le diaguostic de Y étrangle-' ment rénal est simplifié par la connaissance du rein déplacé ; il faut toujours y penser quand il s'agit de ces pseudo-péritonites qui simulent l'appendicite, l'étranglement interne et les perforations gastro-intestinales.
Le pronostic de l'ectopie rénale n'est pas grave ; néanmoins, sa durée indéterminée, son retentissement fâcheux sur l'organisme, et les complications qu'elle peut entraîner (néphrite), méritent d'être pris en sérieuse considération.
Lésions rénales. Albuminurie. Néphrite. — On a cru pendant longtemps que le rein mobile ne modifie en rien la composition des urines; on avait pensé que le rein flottant est exempt de lésions. Ces idées doivent être modifiées, ainsi que Tuffier l'avait déjà fait remarquer. Chez un sujet atteint de rein mobile, l'albuminurie n'est pas très rare (14 fois pour 100 d'après Schlilling). Parfois, outre l'albuminurie, on constate la présence de cylindres. J'ai dans mon service une femme qui avait présenté des phénomènes de rein mobile au quatrième mois d'une grossesse. Au moment de l'accouchement, elle fut atteinte d'infection puer-
1. Terrier et Baudoin. Rev. de chir., septembre et octobre 1891. — Voizot, Hydronéphrose intermittente par déplacement du rein. Th. de Paris, 1900.
2. Trousseau. Clin, médicale de t'Hôtel-Dieu} 1. III. p, 750.
pérale avec phlébite, cystite et néphrite ascendante qui se greffa surtout sur le rein mobile (locus minoris resistentix). Trois mois plus tard, cette femme avait repris son service d'infirmière, mais elle avait encore quelques douleurs lombaires à droite et une légère pyémie. Il était intéressant de connaître l'analyse de l'urine de chaque rein, ce qui a été facile grâce à l'appareil séparateur de Luys. Cette analyse concernant la petite quantité d'urine recueillie dans la vessie en vingt minutes, a été faite par mon interne Gouraud.
Quantité
Urcé
Chlorures ....
Albumine ....
Cellules rénales. .
Cylindres
Cellules vésicales.
Globules rouges .
Globules blancs .
Streptocoques . .
ftein droit mobile
Rein gauche
or,«i
abondante
notable
absentes
absentes
absents
absents
nombreuses
nombreuses
nombreux
nombreux-
nombreux
nombre ux
abondants
absents
Ce tableau indique que la fonction du rein mobile est diminuée de moitié et c'est de ce rein encore infecté par le streptocoque que vient presque toute l'albumine.
Les travaux de ces dernières années ont montré que les reins mobiles sont assez souvent atteints de lésions légères ou intenses allant jusqu'à la néphrite chronique. J'ai longuement insisté sur cette néphrite unilatérale au chapitre VI; elle a été souvent constatée par les chirurgiens, notamment par Edebohls.
Le traitement médical du rein mobile a surtout pour but de maintenir le rein, au moyen de bandages appropriés. Le massage peut donner de bons résultats. La fixation du rein est souvent nécessaire (néphropexie). Cette opération consiste à provoquer des adhérences entre le rein et la paroi lombaire.
Voici la statistique rapportée par Tuffier1 :
Guérison absolue 86
Amélioration persistante 23
Sur 163 cas { Résultats satisfaisants 24
Amélioration temporaire 8
Insuccès 20
Si l'on veut bien se reporter au chapitre VI, on verra quels ont été les résultats obtenus par Edebohls au cas de rein placé compliqué de néphrite. Dans plusieurs cas, l'ectopie rénale et la néphrite coexistante ont été simultanément guéries