T. IX-XIL —32T. VI. — ST, L —4T. IL — TU
La Liturgie de saint Chrysostome occupe une place importante parmi les liturgies orientales.
2. Homélies pour les féles du Seigneur, et Panégyriques des saints.
Homélie pour la nativilé de Notre-Seigneur, de l’année 386; Homélie sur le baptéme de Jésus-Christ et sur l’'Epiphanie; deux Homélies sur la trahison de Judas; Homélie sur le cimetière et la croix; deux Homélies sur la croix et le larron; Homélie sur la résurrection, le saint et grand jour de Pâques; Homélie sur l'ascension du Seigneur ; deux Homélies sur la Pentecôte.
Entre les Panégyriques des saints, celles de son apôtre favori méritent la préférence :
Sept Homélies sur les louanges de l’apôtre saint Paul, prononcées à Antioche; sur plusieurs saints de l’Ancien Testament : Job, Eléazar, les Maccabées et leur mère; sur des saints du Nouveau Testament : d'abord trois Homélies sur les martyrs en général, savoir : Sermon des saints martyrs; Homélie sur les marlyrs, et Homélie sur tous les saints martyrs. Viennent ensuite d’autres homélies sur des martyrs particuliers : Julien, Barlaam, Juvence, Maxime, etc.; puis sur les saints évêques de
l'Eglise d’Antioche : Ignace, Babylas (et aussi contre Julien et les Gentils), Philogon, Eustathe et Mélèce, sur le prêtre et martyr Lucien ; une Homélie à la louange de Diodore, évéque de Turse; une Homélie à la louange de Théodose le Grand. L’Encomium sancti Gregorii illuminaloris, et plusieurs homelies sont donnés pour apocryphes ou comme interpolés dans l'avertissement qui les précède dans l’édition Gaume, t. XII, p. 1065.
3. Discours moraux pour exciter à la plupart des vertus chrétiennes, détourner des vices grossiers et des mauvaises habitudes, comme la fréquentation du cirque et du théâtre. On y trouve également cinq homélies sur la prière et une sur la pénitence. Les Sermones de conso-
IT. XI, édition Gaume.
latione mortis n'ont été conservés qu’en latin, de même que : Sermones aliquot de terre motu, à l'occasion de fréquents tremblements de terre.
Traités moraux et ascéliques.
Le plus connu et le plus divulgué sont les six livres |
de son traité du Sacerdoce; nous avons dit plus haut à quelle occasion ils ont été écrits. L'auteur, dans un langage magnifique, diffus et déclamatoire en certains passages, décrit l’excellence et la sublimité du sacerdoee, les devoirs et les responsabilités qui y sont attachés: il recommande instamment de les inculquer à tous ceux qui aspirent à l’ordination sacerdotale, dont lui-même se jugeait indigne.
Appuyé sur saint Jean‘, il considère le sacerdoee comme la plus grande preuve d'amour envers Jésus- Christ; il est d’autant plus magnifique qu’il est utile & une foule innombrable d’hommes, puisque le prêtre,
tenant la place de Dieu, dispense aux hommes les rr ! chesses du salut. Quand il compare la dignité sacerdo- . tale avec la dignité royale, il trouve que la première *
l'emporte autant sur la seconde que l’äme est plus excellente que le corps. « Quand vous voyez le Seigneur. immolé et étendu sur l’autel, le prêtre incliné sur la victime et priant, tous les assistants couverts de ce sang précieux , pouvez-vous croire que vous êtes encore ici-bas parmi les hommes?? Mais aussi plus la dignité est élevée, plus la responsabilité est lourde; elle serait trop lourde même pour les épaules des anges. Quelle pureté surtout et quelle crainte de Dieu ne doit pss avoir le prêtre pour offrir le redoutable sacrifice, recevoir dans ses mains le Maitre de l’univers, pendant que les anges se tiennent autour de lui, que le chœur des Vertus célestes acclame le Seigneur et environne l'autel
pour honorer la victime! Que ne doivent pas être, je le |
1 xx], 46. — 3T, INT, 1.
demande, les mains qui font un tel office, la langue qui prononce de telles paroles (celles de la consécration)! Combien doit être pure et sainte, plus pure que toutes choses, l’âme destinée à recevoir un tel esprit! Il faut donc que le prêtre l'emporte en vertu sur tous les autres, de même que Saül était au-dessus de tout le peuple d'Israël. Et quels écueils, et quels orages n’a-t-il pas à éviter! « L’äme du prêtre est assaillie par plus de vagues et d’orages que l'Océan lui-même. » Il doit connaitre les choses de la vie humaine autant que ceux qui sont le plus mêlés au monde, et en être en même temps plus dégagé que les solitaires qui vivent dans les montagnes. Quelle vigilance, quelle connaissance des âmes , quelle science théologique ne faut-il pas pour instruire et diriger tous les états, chacun selon ses besoins! « Le même mode ne convient pas pour gouverner tous les esprits, pas plus que les médecins ne prescrivent le même remède à tous les malades. » — Que lui sert-il de bien combattre les Grecs, si les Juifs le volent, ou de vaincre les uns et les autres, s’il se laisse piller par les manichéens? Pour cela, le prêtre doit posséder à un haut degré la force de la parole. « En dehors des œuvres, nous n’avons qu’un instrument, qu'un moyen de salut, la parole et la doctrine; elles nous tiennent lieu de médecine, de feu, de fer : veut-on brûler ou couper, c'est là ce qu'il faut employer; si cela ne sert à rien, tout le reste est inutile. » Cependant, malgré tous les soins qu'il donne au fond et à la forme de sa prédication, le prêtre ne doit point se laisser séduire aux applaudissements de la multitude. Il doit posséder le don de la parole et mépriser la louange. En travaillant ses discours, il ne doit songer qu’à plaire à Dieu. Et quelle n’est pas la responsabilité du prêtre, oblige de répondre non-seulement de ses propres fautes, mais encore de celles d'autrui !
Exhortlatio ad Theodorum lapsum, Libri II; — Adver-
sus oppugnalores vilz monasticæ, libri II], auquel est annexé, dans l’edition Gaume, la Comparaison du roi et du moine; — De compunctione ad Demetrium monachum, libri III; — Ad Stagirium ascelam a dæmone vezxalum, de Providentia, libri III; — De virginilate; — Ad viduam juniorem et De non iterando conjugio, libri II; — Adversus eos (clericos) qui habent virgines subiniroductas, et Quod regulares feminæ viris cohabitare non debeant!; — Liber, quod nemo læditur a se ipso, et Liber ad eos qui scandalisali sunt ob adversitates?.
Letires.
L’edition Gaume en contient deux cent quarantetrois ; elles donnent d’importants renseignements sur la vie et les travaux de saint Chrysostome, et sur l’histoire ecclésiastique contemporaine.
Doctrine et particularités de saint Chrysostome.
La seule énumération de ses œuvres laisse deviner dans quelle large mesure il a dü s'occuper des différentes parties du dogme et de la morale chrétienne. L’education qu’il avait recue à l’école d’Antioche et la tournure naturelle de son génie lui donnaient peu de goût pour l'exposition spéculative des vérités dogmatiques. Il les aborde surtout par le côté pratique. Son importance n'est pas dans le dogme, mais dans la morale; il sait admirablement personnifier les vertus chrétiennes, il les embellitetles recommande puissamment par les exemples qu'il emprunte à l'Ancien et au Nouveau Testament.
4. Aussi sa théodicée n’offre rien de particulier. Ce qui l'intéresse avant tout, c'est qu'on donne un sens divin aux expressions humaines qu'on applique à Dieu et à ses attributs : « Ne vous arrêtez point a l’imperfection des termes, mais expliquez-les d'une manière digne de Dieu. Quand vous entendez dire que Dieu engendre, ne
1 Tous ces traités dans le tome I. — 3 T. III.
songez point à un partage, mais à une communauté d’essence ; ces expressions et beaucoup d'autres, Dieu les a empruntés à nous, et nous les avons empruntées à lui, — pour notre honneur. »
Sur la Trinité, il s’en tient à cette formule de l'Eglise : unité de l'essence, diversité des personnes, qu’il explique par des textes de lEcriture. Il entre d'autant moins dans l’exposition spéculative de cette doctrine, que partout, mais surtout en face des subtilités des anoméens, il insiste énergiquement sur la nécessité de foi. « Si l'homme est incapable de comprendre les choses terrestres qui l’environnent, s’il ignore comment il est né, comment il se nourrit et se développe, à plus forte raison ne peut-il comprendre les choses supra-terrestres, surtout la nature divine, qui surpasse toute conception. »
2. Dans l’anthropologie, au contraire, et dans la doctrine de la rédemption, il entre dans de nombreux et longs éclaircissements ; il est souvent original, surtout dans sa diction. Il enseigne que dans l’origine l’homme élait immortel, même quant à son corps ; « car s’il eût été mortel , il n’aurait pas été condamné à la mort comme à un châtiment. » Ces mots : Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance, ne doivent pas s’entendre d'une égalité de nature, mais d’une ressemblance de pouvoir. Nous devons ressembler à Dieu par la douceur, par la miséricorde, par toute sorte de vertus ; nous devons régner sur nos pensées , sur nos désirs deraisontables et mauvais, et les soumettre à l’empire de la raison. » Le point de vue pratique, comme on le voit, reparait aussitôt dans le cours de ses explications. La chute et ses conséquences spirituelles et corporelles sont
surtout traitées avec de grands détails.
3. Quand saint Chrysostome aborde la personne de Jésus-Christ et l'œuvre de la rédemption, il a grand soin de ne pas séparer les deux natures, la « parfaite nature divine et la nature humaine, » contrairement à ce qu’on
avait coutume de faire dans l’école d’Antioche : « Etre concu par une mère et reposer dans son sein, c’est là, dit-il, un attribut de l’humaine nature ; mais être conçu par une mère qui n’a jamais été reconnue, cela passe la nature humaine en magnificence. » Voilà pourquoi le Christ possède à la fois la nature divine et la nature humaine. « Si la forme divine est un Dieu parfait, la forme d’esclave est aussi un esclave parfait. — Gardons-nous de les confondre aussi bien que de les séparer. Quand je dis un, je dis union des deux, je ne dis pas mélange, ou changement d’une nature en l’autre. » Et comme les anomeens invoquaient les textes de l’Ecriture où le Christ se déclare lui-même et est déclaré par les apôtres inferieur au Père, Chrysostome répond qu'ils ont fait cela pour quatre raisons : 4. pour convaincre les hommes à venir que le Christ a véritablement pris la nature humaine, et non pas un corps fantastique ; 2. à cause de la faiblesse de leurs auditeurs ; 3. pour leur enseigner l'humilité, 4. pour nous empêcher de croire que cette union sublime et ineffable qui a lieu dans la Trinité, ne consti- | tue qu’une personne divine. |
4. La rédemption a eu trois avantages : 1. elle a detruit les maux et les peines de la première chute; 2. elle nous a rendu les biens que nous avions perdus, en sorte que maintenant le Christ est libre tout en étant dans la servitude, ce qui vaut mieux que la première liberté, 3. le Christ nous a promis des biens plus excellents que ceux que nous avions dans le commencement et avant la chute. — La victoire est parfaite, rien ne manque plus à notre triomphe.
5. L'Eglise est une avec le Christ. « De même que le corps et la tête constituent un homme, de même le Christ et l'Eglise ne font qu'un. » L'Eglise est donc unique par toute la terre, parce qu'elle n’a qu'un maître qui est commun à tous. Elle est fondée par le Saint-Esprit, qui est venu sous forme de langues de feu, afin de purifier de
es souillures le monde qui avait été désuni par la c5nusion des langues. »
6. Sur les sacrements, considérés comme signes senibles de la grâce invisible, saint Chrysostome enseigne que «le Christ ne nous y donne rien de sensible, mais eulement des choses spirituelles sous des éléments viibles. » — « Si vous étiez sans corps, il aurait pu vous ommuniquer ses dons d'une manière tout incorporelle; nais votre âme étant unie à votre corps, il vous donne les choses spirituelles sous des formes sensibles ?, » Il lit en parlant des effets des sacrements : « C’est par les acrements que le Christ s’unit aux fidèles. »
1. L'Eucharistie, saint Chrysostome le répète en divers passages, est «le corps et le sang du Christ,» — «un sacrifice saint et redoutable. » — « Ne regardons pas à qui est devant nous, mais demeurons fermement attaches à la parole du Christ. Sa parole est infaillible , tandis que nos sens sont sujets à l'illusion. Et puisqu'il a dit: Ceci est mon corps, soumettons-nous et considéronsle avec les yeux de notre esprit. » Aussi exhorte-t-il les fidèles, de toute la puissance de son âme, à se bien préparer à la réception du corps et du sang de Jésus-Christ : «‘J'exposerais plutôt ma vie, dit-il, que de donner le corps du Seigneur à un indigne ; » — car « s’il n’est personne qui osât recevoir un roi avec irrévérence, ni même toucher son vêtement avec des mains impures, comment pouvons-nous traiter avec tant d’irrévérence le corps de ’Homme-Dieu, qui est au-dessus de tout, ce corps pur etimmacule qui est uni à la nature divine, et par qui nous avons la respiration et la vie? Ah! je vous en prie, le nous précipitons pas nous-mêmes dans la mort, mais ıpprochons-nous de lui avec respect et une grande putele. Et quand vous le verrez là étendu, dites-vous : Grâce à ce corps, je ne suis plus cendre ni poussière, je de suis plus un captif, mais un affranchi. Par lui, j’es-
!Hum. 11 in Pent.; Hom. xxxV in I Cor. —% Hom, LxxxIu in Matth.
père la vie éternelle, la condition des anges, le commerce de Jésus-Christ. Ce corps percé d’épines et flagelle, la mort n'a pu le retenir. Devant lui, le soleil s’est voile de ténèbres quand il l’a vu suspendu à la croix. — Voilà ce corps qui a été inonde de sang, percé d'une lance et qui a ouvert pour l'univers entier deux sources de salut d'où l’eau et le sang ont jailli. — Voulez-vous encore éprouver sa vertu d’une autre manière : interrogez cette femme affligée d’un flux de sang et qui toucha, non pas sa personne, mais seulement la frange de son habit. Interrogez la mer qui le porta sur ses vagues. Demandez aux mauvais esprits d'où vient que leur puissance a été brisée , à l'enfer ce qui lui a ravi sa victoire : ils ne vous nommeront pas autre chose que ce corps crucifié. Demandez aussi à la mort : D'où vient que ton aiguillon est émoussé et ta force abattue? autrefois si redoutable à tous, comment es-tu devenue douce même aux enfants? Et elle sera contrainte d’en attribuer la cause à ce corps. En effet, dès qu'il fut attaché à la croix, les morts ressusciterent, les sépulcres s’ouvrirent et les morts revinrent à la vie. Et ce corps, il ne l'a pas seulement livré à nos embrassements, mais, pour nous prouver toute l’intimité de son amour, il nous l’a encore donné à manger. Mais aussi, plus le bienfait est grand, plus grand sera notre chätiment, si, par notre indifference ou par nos sentiments impurs, nous nous rendons indignes d’un tel bienfait. »
8. Les explications aussi developpees qu’attrayantes sur les rapports de la liberté et de la grâce, servent de transition entre le dogme et la morale, qui est le veritable terrain de saint Chrysostome.
9. Parmi les différents moyens de salut, saint Chrysostome recommande surtout la prière : « Un roi, dans son. vêtement de pourpre, a moins d'éclat que n’en donne à l’homme en prière son entretien avec Dieu. Si, en présence de toute l’armée, des généraux et des princes, un
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOMÉ. 391
homme s’avance et s’entretient en particulier avec le prince, il attire aussitöt sur lui tous les regards et acquiert par là une plus grande considération. Ainsi en est-il de celui qui prie. Reflechissez, en effet, à ’importance de cette action : un homme, en présence des anges, des archanges, des séraphins, des chérubins et de toutes les puissances célestes, ne craint pas d'approcher en toute joie et confiance le Roi des rois, et de s’entretenir avec lui! Quel honneur peut égaler celui-là? Mais ce n'est pas seulement un honneur, c’est encore un grand profit que nous retirons de la prière, avant même d’avoir reçu ce que nous demandons.
En effet, sitôt qu’un homme élève ses mains au ciel et invoque le Seigneur, il déprend son cœur de toutes les choses terrestres et s'élève en esprit dans la vie future. Il ne pense plus qu'aux affaires du ciel, et pendant qu'il prie, si toutefois il prie bien, il n’a rien de commun avec la vie d’ici-bas. Si sa colère s’enflamme, elle est facilement apaisée par la prière. De même qu'au lever du soleil, toutes les bêtes féroces prennent la fuite et se cachent dans leurs repaires, de même, quand la prière sort de notre bouche et de nos lèvres comme un rayon du soleil, et que notre âme est illuminée, toutes les pensées impures et animales disparaissent et se cachent, pourvu que nous priions avec ferveur, avec un esprit attentif et une âme vigilante. La prière est un port au milieu de la tempête, une ancre au sein des flots tumultueux ; pour celui qui chancelle, c’est un soutien, pour le pauvre un trésor, pour les riches un gage de sécurité, un préservatif contre les maladies et une garantie de la santé. — La prière est le refuge de la douleur, la source de la gaîté, une cause de joie incessante, la mère de la Vraie sagesse. — « Cependant, je ne parle pas d’une prière faite du bout des lèvres, mais d'une prière qui sort du fond du cœur. Comme les arbres qui ont de profondes racines résistent aux assauts des vents mille
fois répétés, ainsi la prière qui jaillit des profondeurs de l'âme, ayant de vigoureuses racines, s’élève tranquillement dans les hauteurs et n’est troublée par l'orage d'aucune pensée. De là, cette parole du prophète : «Du sein de l’abime, j'ai crié vers vous, Ô mon Dieu. »
Mais la prière qui monte le plus haut est celle qui s'élève d'un cœur oppressé, mais fervent; de même que les eaux qui traversent la plaine et qui se répandent au loin ne peuvent s'élever dans les airs, tandis que, contenues et poussées dans des canaux, elles s’élancent dans l’air plus rapides qu'une flèche; ainsi l’äme humaine, tant qu'elle jouit d’une grande liberté, se dissout en quelque sorte. Si, au contraire, elle est opprimée par le malheur, elle envoie au ciel de pures et harmonieuses prières, et c'est ce qui fait dire au prophète: « Dans ma détresse, j'ai crié vers le Seigneur, et il m'a exaucé !! »
Tout bien pesé, nous trouvons que la qualité qui domine au milieu des œuvres si diverses de saint Chrysostome, c'est une éloquence douce et gracieuse, quoique dans le goût du temps, une exégèse assez méthodique, et un zele vigoureux, couronné souvent de grands succès, pour la discipline ecclésiastique.
Omnia opera, edit. emend. et aucta, 26 vol. in-8°, 2 col., ap. Gaume, fratres. Cette édilion, qui est la reproduction de celle de Montfaucon, est la meilleure : 400 fr. — Edit. Salvilius, Etonæ, 1619, in-fol., 8 vol.; græc. et lat., ed. Fronto Ducæus et Morellus, Par., 1609-1633, in-fol., 42 vol., recus. Paris, 1636. Venet:, 13 vol. in-fol. Cf. Tillemont, t. X]; Dupin, t. II, p. 1; Ceillier, t. IX, ed. 2%, t. VII; Neander, Jeun Chrysostome et l’Eglise à son époque, surtout ’Eglise d’Orient, 3° éd. Augsb., 1848, 2 vol. ; Héfelé, Postilles de saint Chrysostonie, soixautequatorze sermons tirés de ses Œuvres, 3° édit., Tubing., 1857.
1 Orat. de incomprehens., contra anom., V.
S 56. Synésius, évêque de Ptolémaïs (mort vers 414).
Cf. Notitia historica ex Petavii notis ad Synes. Opera. Notitia litteraria ex Fabricii Bibl. græc., t. IX ; et l’article Synésius de Krabinger dans le Dictionn. encyclop. de la théol. cath., &d. Gaume.
Synésius, issu d’une famille noble et illustre, naquit à Cyrène, dans la Pentapole égyptienne, entre 370 et 375. Il fit ses études à Alexandrie, fut initié aux mathematiques et à la philosophie (néoplatonicienne) par les leçons d’Hypatie, cette fille spirituelle du mathématicien Théon , cette femme en manteau de philosophe, à laquelle il donne encore dans sa dernière lettre les noms de mère, de sœur et d’institutrice, et qui fut assassinée dans une insurrection populaire (415). La force remarquable d’eloquence où il atteignit après ses premières années d’études, décida ses concitoyens à l'envoyer à Constantinople, quoique très-jeune encore, porter une couronne d'or à l’empereur Arcadius (390). Il attendit un an avant d'obtenir audience. Il y prononca un discours sur la royauté, qui, malgré sa franchise et sa hardiesse, fut mieux accueilli que la couronne. Après avoir passé à Constantinople trois années malheureuses et tourmentées, il retourna à Cyrène, mélant au goût des lettres et des sciences la passion de la chasse et de l'agriculture. Cependant, au milieu de ses travaux philosophiques, la solitude lui pesait?, et comme on ne cessait de lui répéter de toutes parts « qu'il devait aller à Athènes, » il s’y rendit enfin; mais le désenchantement ne se fit pas attendre. « De tant de magnificences, disait-il, les Athéniens n’ont plus que le nom, la philosophie elle-même les a quittés; c'est l'Egypte qui est : maintenant le foyer de la philosophie, dont les semences y ont été répandues par Hypatie®.» ll résida de nou-
1 Edition grecq. et allem., par Krabinger, Munich, 1825. — ? Ep. ci. — 3 Ep. cXXXVI.
F- — LaNTI IE PAYRHOCE-
Dar ı Axa oem 2 jesquaun commenctmec 0: sie le om epugmr de probablement sa TES rss agaele» ’’archesèque d'Alexandre, Tbargécs ont : wur use dent d eut trois fils. Rap: Cam Crremsiqme où à se livra derechef ass rage sv es ja vorı de peuple et du clergé + drmumöa QUEÇDE mar. pour évèque de Ptolemais ‘49 Some reprassa d'aburd ces offres, d'une parti case Ôe ia ke de cfa : car « D me voulait ni se sépsrer de sa em ur vivre fartivement avec elle comme un aebvre - 'astre part parce qu'il ne croyait ps ane Que Ses <GinuRs sur la preexisience de l'âme, sr ds mad et la resarrection des morts fussent aa kurmier- avec la évrtrme de l'Eglise. Cependant les Biss <oeravmt qu la eräne divine, qui déjà avai pere en nc da 3 zramdes choæs acheverait son ouvrase. et. en ‘ai meimirami la pleine vérité, lui donnerait ia fre de » resemer. Cet espoir ne fut point déçu‘. . Promu à lvèche de Piolemais, et investi par Théophix de la jersbrtion metropolitaine sur la Pentapok, Stmsus. masre la difficulie des temps, remplit fidèle ment sa char et «int de grands succès. Il réconcilia ks parts reirwux. mainkınt la discipline ecclésiastique, notamment en fa» des cruautes du gouverneur Andronique. mourut probablement en 414, attristé par les frequentes incursions des Barbares dans sa patrie, que ni son courage militaire. ni ses connaissances mathématiques et strategiques, ni surtout la mort de ses trois fils ne purent sauver. La mort de cet homme éloqueni - termine l'histoire de la Pentapole lybienne, où le christianisme avait penetre de bonne heure?, et dont les monuments grandioses font encore aujourd'hui l’étonnement du voyageur.
" Cf. Evagr., Hist. eccl., I, xv. — ? 4ct., u, 10 et 13, 1; Marc., X,
sn atunhibe à.
Travaux littéraires de Synesius.
De ses nombreux travaux littéraires, nous. possédons seulement :
4. Cent cinquante-cing Lettres (cent cinquante-six avec ‘e supplément de Possinus). Elles témoignent de la richesse de son génie, de sa grandeur d'âme, de son activité universelle et de ses progrès dans les idées chrétiennes; on y trouve aussi de nombreux détails sur la situation politique et religieuse du temps. — Nous avons cité plus haut son Discours sur la royauté.
2. Traités : Dio, vel de ipsius vitæ institulo; De insomniis. Pétau trouve que l'esprit païen domine encore entièrement dans l’une et l’autre : Liber de somnüs, dit-il, merum culiorem deorum redolet, neque vel pilum christiani habet nominis... nec aliud de Dione judicium est. L’Eloge de la calvitie (calvitii enconium) est évidemment une satire dirigée contre les sophistes!; Æogypiius seu de providentia ?. Dans la lettre cinquième, Synésius exhorte les prêtres de son diocèse à ne rien négliger pour expulser la secte des eunoméens qui s’etait glissee dans son diocèse. De doro astrolabii dissertatio.
3. Homélies et sermons. De ses deux homélies, nous n'avons que des fragments. Nous n’avons également que deux sermons sous le titre de Catastasis (1. dicta in maximam barbarorum excursionem; 2. Constilulio, seu Elogium Anysii).
4. Hymnes. Hymni decem, lyrico carminis genere. Les cinquième, sixième et neuvième attestent nettement les vues orthodoxes de Synésius, car il y invoque le Fils de la Vierge et chante un hymne à la Trinité, animarum medico, medico corporum, Patri simul excelso, Spirituique sanclo.
1 Edit. grecque et allemande, par Krabinger, Stuttg., 1834. 3 En grec et en allemand, par Krabinger, Solisb., 1835,
Photius a dit d'une partie de ses écrits que « le style en est sublime et grandiose, mais qu'il incline vers la diction populaire (d'autres écrivent poétique). Ses lettres sont pleines Je charme et de douceur, avec des pensées fortes et abondantes : » Stylus ille sublimis quidem el grandis, sed qui ad popularem (alii poeticam) simul dictionem inclinet. Epistole venustate et dulcedine fluentes cum sententiarum robore et densilate.
Contenu des écrits de Synésius.
Les écrits de Synésius offrent fréquemment le mélange d'idées paiennes et chrétiennes, exprimées dans un style tout païen et avec les formes du néo-platonismet. En général, la période chrétienne offre plus d’un ouvrage qui demande à être apprécié au même point de vue que diverses productions de la renaissance au quinzième siècle. On trouverait, surtout en Italie, même chez les plus hauts dignitaires de l'Eglise, un pareil amalgame d'expressions paiennes et chrétiennes, malgré l’incontestable orthodoxie de ceux qui s’en sont servis. Du reste, dans les écrits que Synésius a composés comme prêtre et comme évêque, on remarque un progrès sensible vers la foi chrétienne. « L’enthousiasme un peu fanatique disparaît insensiblement devant la précision dogmatique, et la fantaisie du poète finit par se confondre avec la croyance de l’évêque. » Déjà, avant son épiscopat, il écrivait à un certain Jean qui, après une vie orageuse, voulait se retirer dans la solitude du cloitre : « Je loue tout ce que vous ferez pour l’amour du ciel; — je me réjouis donc avec vous que vous soyez heureusement arrivé au but où je touche à peine après de si longs efforts. Priez pour moi, afin que pareil bonheur m’echoie, que je retire quelque profit de mes travaux philosophiques, et que je n’aie point consumé inutilement ma vie dans les livres. » La plus touchante
* Cf. Huber, Philosophie des Pères de l'Eglise, p. 315.
expression de ses sentiments religieux se trouve dans le chef-d'œuvre de son éloquence, la première catastasis, qu'il termine ainsi, en faisant allusion à la ruine prochaine de Ptol&mais : « Il approche le jour de la tempête, ce jour où les prêtres, en présence des dangers qui les menaceront, devront se réfugier dans le temple de Dieu. Pour moi, je resterai à mon poste dans l’église; je placerai devant moi les vases sacrés, j'embrasserai les colonnes du sanctuaire qui soutiennent la table sainte; jy resterai vivant, j'y tomberai mort; je suis ministre de Dieu, et peut-être faut-il que je lui fasse l’oblation de ma vie; Dieu jettera quelques regards sur l’autel arrosé par le sang du pontife. » Cependant, peu de temps auparavant, dans le même discours, ses souvenirs païens s'étaient réveillés, et il les mêlait à ses pensées chrétiennes avec une touchante naïveté : « O Cyrène, s’ecriaitil, dont les registres publics font remonter ma naissance jusqu’à la race des Héraclides! Tombeaux antiques des Doriens, où je n’aurai pas de place ! Malheureuse Ptolémais, dont j'aurai été le dernier évêque! Je ne puis en dire davantage; les sanglots étouffent ma voix. »
Opera omnia, ed. H. Turneb., Paris, 1555; græc. et lat., ed. D. Petavius, Par., 1612; augmentées des Œuvres de Cyrille de Jérusalem, éd. 1633. La meilleure édit. est celle de 1640 ; ad codd. mss. fidem recognovit et annot. crit. adjecit Krabinger, Landesh., 1850 (tom. I, ne contient que les discours et des fragments d’homélies); Migne, ser. gr., t. LXVI. La meilleure reproduction des Hymnes se trouve dans le Sylloge poetarum græcor., de Boissonade, Paris, 1825, t. XV. On trouve de nouveaux secours pour la critique si nécessaire du texte dans les Odservaliones criticæ in Synes. epist., ed. Kraus, Solisb., 1863. Cf. Tillemont, t. XII; R. Ceillier, t. X ; ed. 24, t. VIII; Clausen, de Synesio philosopho, Lybiæ Pentap. metropolita, Hafn., 1831 ; Toussaint, Etudes (société littér. de l’univ. de Louvain, 1840, vol. 4); Druon, Etudes sur la vie et les œuvres de Synésius, Paris, 1859 ; Dr Kraus, Etudes sur Synésius de Cyrène (Revue trim. de Tub., 1865, livr. 3 et 4; 1866, livr. Are). Ce travail fournit des renseignements sur la vie et les écrits de Synésius , sur son sacre, sur ses progrès
dans la foi chrétienne et donne l’énumération complète des ouvrages qui ont paru sur Synésius.
S 57. Eerivains secondaires de cette époque.
Asterius, Nemesius, Nonnus et Proclus.
I. Saint Asterius, métropolitain d'Amasée, dans le Pont, vivait dans la seconde moitié du quatrième siecle. Il reste encore vingt et une de ses homélies recueillies par Photius!; on y trouve plusieurs panégyriques de martyrs et de saints.
Ses œuvres ont été éditées par J. Brontius, Antwerp., 1615; Combefis, dans son Auctuarium, les a augmentées de six homélies, Paris, 1648; Migne, ser. gr., t. XL.
II. Némésius. Tout ce que nous savons de lui, c’est qu’il fut évêque d’Emese en Phénicie, probablement vers le commencement du cinquième siècle. On lui doit un traité philosophique Sur la nature de l’homme, passablement étendu et qui n’est pas sans importance. Il y traite de la physiologie et de la psychologie, et y critique les opinions des anciens en bon philosophe. S’il incline fortement vers le néo-platonisme et s'il soutient la préexistence des âmes, il n’en dit pas moins ailleurs, au point de vue chrétien, une foule d'excellentes choses, par exemple, lorsqu'il parle de la dignité de l’homme et de son rang dans l’ensemble de la création, de l’immortalité de l’âme et de la liberté. |
Ses œuvres ont été éditées à Anvers, 1565; dans l’Auctuarium Bibl. Patr., Paris, 1691 ; Oxon., 1671 ; Migne, ser. gr.,t. XL. Cf. Ritter, Hist. de la philos. chret., 2° vol., p. 461.
III. Nonnus de Panopolis, auteur de poésies profanes (les Dionysiacu), a fait aussi, en vers hexametres, une description poétique de l'Évangile de saint Jean, sous le titre de : Merabodh voù xara ‘Loavynv äyiou eûæyyehtou 2.
IV. Proclus, d’abord secrétaire d’Atticus, patriarche de Constantinople, fut promu par lui au diaconat et à la prêtrise, et nommé sous son successeur évêque de
1 Biblioth., cod. 271. — 3 Migne, ser. gr., t. XL.
Cyzique; mais il fut empêché de prendre possession de son siege par un contre-parti qui voulait établir un autre évêque. Plus tard, en 434, il devint patriarche de Constantinople, et comme tel combattit avec zèle le nestorianisme. Il mourut en 447. Nous avons de lui un grand nombre de lettres et d’ecrits synodaux, vingt-cinq homélies pour les fêtes du Seigneur et de différents saints. Parmi ces dernières se trouve le fameux discours prononcé contre Nestorius, où il revendique le titre de mère de Dieu, que Nestorius refusait à la sainte Vierge.
Editeurs de ses œuvres : Combéfis, Auctuarium, t. I; Gallandi, Bibl., t. IX; Migne, ser. gr., t. LXV.