AVERTISSEMENT
Celui qui entreprend de connaître la philosophie des anciens , est d'abord ébloui à l'aspect d'une lumière assez différente de celle qui nous éclaire aujourd'hui. Mais bientôt , s'il persiste , et s'il se dégage des termes et des préjugés des écoles récentes, il participe aux spéculations des génies primitifs et libres qui cherchaient la réalité dans les choses , ou la vérité dans Tâme , au lieu de se complaire au futile arrangement des parties d'un système politiquement étudié. C'est ainsi qu'une multitude de pensées nettes et hardies semblent prêtes à s'emparer de son esprit; mais la diversité, l'opposition de ces pensées l'eiifcwirassii)/ e'tiVd^civacertent. Il se détourne enfin de tous* les jphîlospphès; 'if pense par lui-même , et voilà qu'un io'ijirHà^mîràble lui est révélé dans la succession de ces jioctnnç^ où il ,ne voyait tout^à-l heure qu'incohérencê-et cHïàiaiicjtîcmss
Un caractère me irappe surtout dans la philosophie grecque la plus ancienne , c'est-à-dire antérieure à Socrate : c'est qu'elle se partage en autant de doctrines qu'il est possible de poser de principes généraux et contraires pour expliquer la nature et la cause des êtres. Je conclus de là que la recherche de la science univer-
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selle a été spontanée' dans la pensée des Grecs ; et cette vérité , dont il existe d'autres preuves , on ne saurait l'établir mieux qu'en faisant voir que l'esprit humain a été f pour ainsi dire , épuisé tout entier par un seul peuple à une même époque.
Je conclus encore de ce fait , et de ce peuple ainsi mis en .expérience , que l'esprit humain , livré à luimême, s'est trouvé conduit à créer plusieurs philosophies, plusieurs sciences de la science, et de l'être, et du monde, et de l'homme, et de Dieu, tandis qu'il ne fondait qu'une seule géométrie. D^autrcs fois, depuis lors, chez d'autres peuples , en d'autres temps , les choses ne se sont point autrement passées.
Je continue à fixer mes regards sur la Grèce , et je vois qu'à Texpiration des premiers temps de la recherche , la philosophie , réduite à avouer son impuissance ou mise en demeure d* expliquer sa multiplicité, se trouble, engendre la sophistique, oppose enfin à la science et à la sophistique à la fois un système critique et une doctrine morale fondés sur une nouvelle méthode. Telle est, en deux mots , la réforixifè'jicS(îcrÀte;.'^ttel:ijôis apparaît le plus grand moment d^JanteUigenjO© roumaine.
Mais la méthode aussi p^ .QÉré^ïniçe *én doute ; d'ailleurs l'objet du savoir, (Juélt^pi'Ji st:fS;,;8DÎt ftre atteint ou déclaré impossible à atteindre •: c\&i nîi impérieux besoin de la pensée sous l'empire de toutes les méthodes. Alors les anciennes doctrines reparaissent ; l'esprit plus libre et plus incertain les analyse dans toutes leurs parties, les rejette ou les accueille , les compare , les étend et les mêle : ainsi naît l'éclectisme. Les épicuriens , les stoïciens , les académiciens , toutes les sectes sont éclecti-
AVERTfSSEMKNT. vu
ques dans ce sens ; et Téclectlsme existe aussi sous son propre nom , et il existe dans les écoles syncrétiques , qui prennent le parti de réduire, en quelque sorte de force et malgré les philosophes , la philosophie à l'unité.
Cependant le problème de la certitude est de plus en plus agité , et les penseurs ne s'accordent pas à en présenter une solution. La contradiction se perpétue entre les écoles : elle porte sur la méthode , sur le fond de la connaissance , sur tout ce qui paraît Tobjet du savoir. Alors le scepticisme, qui depuis long-temps a paru, combattant toutes les doctrines , semble triompher : il est la fin logique de la philosophie des anciens. A moins d'en appeler à la croyance pour établir les principes de la philosophie, à moins de reconnaître qu'il existe pour l'esprit des principes essentiels et contraires, il est impossible d'accorder à quelque philosophie que ce puisse être une réalité autre qu'individuelle ou que relative à la personne du penseur ; celui-ci, dès qu'il en affirme et en prétend imposer la certitude, ne paraît plus alors qu'un fou à tous autres yeux que les siens.
Telle est , ce me semble , l'unité de la philoso[Aie des anciens ; j'écris donc à la fois sur l'histoire et sur la méthode. Je traite par la philosophie l'histoire de la philosophie , et réciproquement. Et voilà pourquoi je donne à ce livre le titre de Manuel de philosophie ancienne, et non point de Manuel d'histoire de la philosophie an-cienne. C'est par la même raison que , il y a trois ans , j'appelais Manuel de philosophie moderne un autre petit traité dont la base était un mémoire sur le cartésianisme , et dont l'objet était de déterminer, en mêlant l'histoire à la spéculation , quels sont les résultats où