‹ Manuel de philosophie ancienne (volume 4)Chapitre 46 sur 94 · MA^U£L · texte numérisé non relu

MA^U£L

çonna de n'énoncer que pour la forme Tintelligence divine pure, cause première et fin dernière sur laquelle le religieux Cusa avait au contraire tant insisté.

S'il fallait donner un nom, suivant les usages et les préjugés reçus en philosophie, au système de Bruno, ce serait celui de panthéisme spiriiualisie ^ car Tâme du monde est tout et fait tout (au-dessous de Tâme divine), et la matière nesi guère énoncée que pour le langage par opposition à la forme des péripatéticiens , tandis que les objets des sens (ou ce qui fait la multitude dans les choses) ne sont ni Têtre ni la cause, mais seulement ce qui apparaît et se présente au sens, à la surface de la chose {i). La vértïé, dit-il ailleurs, n'est dans V objet sensible que comme en un miroir, c'est dans l'àme qu^eUe est avec sa propre et vive forme (2). Nous aurions assez de cette doctrine, sans parler de celle du but final du monde que Bruno avoue expressément, pour distinguer, d'une manière absolue, son système de celui que Spinosa produisit plus tard au sein du mouvement cartésien.

7. Bruno touche de bien près au siècle de Descartes, car c'est en 1 600 seulement qu'il souffrit si courageusement le martyre dû à ses constantes et hardies doctrines qu'il avait prêchées dans l'Europe entière ; aussi sa physique astronomique a-t-elle un caractère déjà bien moderne, surtout à côté de celle de Télésio et de Patrizzi, qui en est à peu près la contemporaine. Télésio se distingua à la vérité par sa vive polémique contre la physique péripatéticienne, et eut par là tant d'influence sur son siècle, qu'il remplaça lui-même Aristote aux yeux d'un grand nombre. D'abord Patrizzi le suivit lorsque, dans sa haine pour Aristote^ il voulut à ses écrits substituer les écrits apocryphes d'Hermès et de Zoroastre dans les écoles, et s'essaya à construire un système où il combinait le néoplatonisme avec les nouvelles idées de Télésio sur la lumière. Puis Campanella imprima à sa physiologie les traces profondes de l'influence que ces mêmes idées avaient exercée sur lui. Enfin, le nom de Télésio devint comme le symbole d'un novateur en physique, et Bacon donna tout un de ses opuscules à la discussion de ses principes.

( f ) Causa princ. , etc. Quel clie appar« che si raprescnla al senso ed è nella .siipcrfi cie délia cosa. DifUog. 2, pag. 209.

(2) DeTinfinito, etc., dinlog, i, pag, f. DeiimlKis ideanim» passim.

DE PHILOSOPHIE MODERNE. 2ù

Il n'y a cependant rien de bien nouveau dans la physique de Télésio : non que cette physique ne soit qu'une pure restauration de celle de Parménide ( la physique de Parménide est, comme celle de tant d'autres anciens, si obscure pour nous, et sujette à tant d'interprétations ! ), ou une amplification du traité de primo frigido de Plutarque, comme le pensait Bacon ; mais elle a des caractères antiques, comme ces suppositions auxquelles elle a donné lieu le témoigneraient suffisamment à défaut d'autres signes. La matière est pour Télésio une pure abstraction comme pour Aristote lui-même, non pas une poisihdiié^ il est vrai, mais un sujet indifférent sans propriétés ni caractères, et qui n'est que le $ub$lratum, de deux principes immatériels qui se disputent sa possession; et ces principes sont, Tun, le principe chaud et lumineux que les astres nous manifestent dans la sphère du feu ; l'autre, le principe froid et ténébreux que nous montre la terre. La lutte de ces deux entités bizarres produit la multiplicité sous toutes les formes dans la nature entière. Cette physique ne contient ni n*explique les faits nouveaux qui se pressaient cependant alors autour du philosophe, elle leur est même antipathique et les repousse loin d'elle. C'est une singulière création, en vérité, que celle d'un principe chaud^ lumineux, rare et mobile^ et il n'est pas merveilleux que les phénomènes de chaleur, de lumière^ de dUalafton et de moucemmt s'expliquent sans difficulté par Faction d'un être créé tout exprès pour les réunir. Télésio, comme le dit Bacon (i), a regardé en lui-même et non dans la nature. Il a bâti une hypothèse, puis il s'est proposé de grouper, bon gré mal gré, tous les faits autour d'elle. Il a fait dans tout cela ce qu'il a voulu ; mais enfin le seizième siècle ne s'est pas fermé sans qu'une physique nouvelle ait été opposée à l'autorité des anciens. Aristote s'est tu, et Ton a pu entendre la voix de Galilée, celle de Bacon, celle de Descartes, et le terrain des sciences naturelles a été définitivement fixé.

8. Si la physique était réduite encore à cette époque à grouper quelques misérables petits faits autour d'une conception à tournure plus on moius antique, la chimie n'était pas plus avancée, car la réforme à laquelle Paracelse et Vanhelniont ont attaché leurs noms, consista moins à bâtir du nouveau qu'à

\\) Bac. de Verul, Purmcnidls cl Telesii et Bemoriti philos. Ainst, 1685, pag. 108.

systématiser, d'une manière assez arbitraire, les faits et les traditions alchimiques à Taide de la cabale ou des idées péripatéticiennes. La chimie cabalistique de Paracelse produisit des écrivains mystiques et des sociétés secrètes, parce qu'elle enfer> mait en elle tout un monde de mystères ; la chimie péripatéticienne, plus sage et plus réglée, marcha lentement, donnant peu à peu entrée à Texpérience et aux faits nouveaux, mais toujours bien loin derrière les autres sciences, et occupée sans cesse à lutter contre les atomistes et les cartésiens : art plutôt que science; en un mot, toujours en disgrâce auprès des physiciens et des philosophes. Ce fut Vastronomie nouvelle qui donna le branle aux esprits dans le seizième siècle; c'est elle qui féconda l'érudition platonicienne et pythagoricienne de Bruno, lui permit de donner une forme pins saisissable à la philosophie de Cusa, et servit aux développements les plus beaux de ce système qui, précurseur de celui de Descaiies, pourrait être appelé physique de l'infini,

9. Le platonisme , adoptant ouvertement, après dix -huit siècles, la doctrine du mouvement de la terre, attacha à Giordano Bruno ces ailes qui le portèrent si haut; mais up homme vint aussi qui éleva l'aristotélisme à une gloire rivale encore de celle de Platon. Cet homme est un autre Italien, Césalpin d'Arezzo (1). Ce système si abstrait d'Âristote, qui ne procède que par divisions et distinctions rationnelles, devint entre ses mains un panthéisme spiritualiste bien déterminé, comme le platonisme entre les mains de Bruno. Césalpin remarqua d'abord que la m att <?re d'Aristote n'étant rien par elle-même, et devant tout à la forme, la forme seule est une substance. Cette substance peut être considérée comme éternelle, immuable et rationnelle : elle est alors le sujet de la métaphysique ; ou éternelle, mobile et sensible ( mathématique} ; ou enfin périssable, mobile et sensible (physique). La forme, qui est l'âme universelle, élevant dans tout l'univers la matière au rang de substance, se divise entre tous les êtres animés qui ont amsi la divinité en eux, et par suite n'ont pas besoin d'être conservés extérieurement ; ce qui fait que la forme, en tant qu'une, est

(1) Il appartenait h bon droit h nn disciple d'Ariitote de porter dans l'histoire natn* reUe resprit^scientifique qui ordonne et rJgnlariâe. Césalpin fut Tauteur de la première mélliode,de la première clauificalion botanique, et il la funda sur des caraclèrM toujouri reconnus depuis lui, ceux de la graine et du fruit.

immobile, inactive et sans bot ; elle nVst ni fînie ni infinie , ridée de grandeur ne lai étant pas applicable ; elle est le désirable, cause et fin de tous les êtres. En tant que mobile et multiple, elle est, dans Tespace, douée d'un but, et mue par le désir, depuis les corps les plus altérables, jusqu'aux sphères qui ne changent pas de lieu en tournant sur eUes-mémeM, et imitent ainsi Fimmobilité du premier moteur.

Voilà ce que devint la doctrine, quoi qu'on en puisse dire, sensualiste et logique d' Aristote, dans ce siècle où les philosophes, placés an point de vue exclusif de Dieu, oubliaient un monde qui devait bientôt les rappeler à lui par Timportance de plus en plus grande qu*y prenait Thomme, et par les découvertes qui fillustraient. Déjà la philosophie de Bruno qui, dans sa partie métaphysique, a d'assez grands rapports avec celle de Gésalpin, présentait cependant une autre face que celuin^i avait ignorée, celle du monde infini que Descartes transforma en indéfini, et qui forme une des bases essentidles de la philosophie du siècle suivant.

10. En effet, dans Thypothèse des sphères célestes concentriques que toute Fantiquité a suivie au moins dans les doctrines communes et publiques, Têtre fini s'anéantit complètement devant Tétre immobile et parfait; mais il n'en est pas nécessairement ainsi dans cette hypothèse renouvelée par Copernic, et que l'humanité moderne a si complètement adoptée et faite sienne en quelque sorte. Cette hypothèse ouvre un univers infini à notre croyance et presque à nos investigations. Elle fait l'œuvre de Dieu plus grande et plus digne de lui, elle nous place dans un tout parfait constitué par des parties qui sont isolément imparfaites, et que Dieu a dû régler éternellement dans son ensemble ; en un mot, elle change complètement la nature des relationsdu fini et de l'infini en créant une échelle indéfinie dans Tintervalle qui les sépare. C'est une opinion assez répandue parmi nous que le sys tème astronomique des anciens donnait bieil plus d'importance à l'homme qui se trouvait ainsi placé au centre de la création. Cela peut être vrai pour la religion judaïque, où tout d'ailleurs tendait au même résultat; mais, dans les systèmes philosophiques des Grecs, cet être si mobile, si altérable, placé au point le plus reculé (1) et

(1) D'après les iddes communes » tcas les philosophes anciens ou an moins à Pitl:«>

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le moins divin du monde entier, n*était-il pas au contraire sacrifié à la beauté, à la pureté, à Finaltérabilité des dernières sphères et des premiers moteurs? Mais si la terre se meut, autour du soIeU, si le soleil lui-même se meut autour de quelqu'une des étoiles, ce mouvement réglé qui embrasse Tindé- (ini ne devient- il pas préférable au repos lui-même? les petits mouvements, les altérations continuelles de la terre ne disparaissent-ils pas devant son mouvement total, comme les erreurs des hommes devant la vie providentielle de l'humanité ? Tous ces mouvements, qui semblaient si confus, te^dent versun but, toutes ces inégalités restent enfermées dans des limites, et chaque être fini, variable, mortel , est ennobli par ce prodi- ' gieux ensemble de tous les êtres avec lesquels la vie le met en relation, depuis le moindre animal de la terre jusqu'aux derniers des astres des cieux qui gravitent avec lui dans Tinfini.

11. C'est une des raisons pour lesquelles Taristotélisme, qui est si fortement lié à la doctrine des sphères, dut tomber dans le plus grand discrédit aux yeux des savants de ce temps, de ceux du moins qui pressentaient Tavenir. D'autres lui restèrent fidèles, et sans doute en attendant mieux, comme TaurrelldeMontbéliard, qui, assez froid d'ailleurs pour Aristote, attaqua Gésalpin, et n'eut pas de peine à relever les limites du véritable aristotélisme, et à rebâtir la matière, la privation, et les attributs des substances qu'il avait renversés. Ce fut là le dernier éclair de la philosophie d' Aristote. Désormais, les temps étaient passés pour elle, il ne lui resta plus qu'à se fortifier dans les écoles, où l'on ne devait pas tarder beaucoup à l'assiéger.

goK, & Platon et aux Stoïcieiis» la terre, centre de rnniven, pouvait très-bien être regardée oomme le point le plus reaiié de l'univers dans la pensëe de ceux qui prennent leur point de départ dans le divin et dans l*in«llérable; en elle est le rojaume de la nutière et de l'opinion ; tout y est variable et mortel ; rhomme j serait exile et oublié parla Providence, n'était l'esprit qui l'élève au-dessus d'elle. La même remarque s'applique aux sectes néoplatoniques « nëopjtbagoriques. et enfin au cbristianisme. Quant ii la doctrine d' Aristote, c'est d'elle qu'on peut dire surtout : EUe fait de la terre un lien d'exil et le dernier de l'univers. Enfin, il ne peut être ici question des Epicuriens qui livrent toutes ces choses an hasard. Mais comment se fait-il alors que ce point de rue historique ait échappé II tons nos écrivains, et qu'un préjugé tout contraire ait prévalu ? C'est qu'on a pris pour la pensée de l'antiquité celle du vulgaira dans Umu les teinp. Le marquis de La Place n'a pas manqué de donner dans ce lieu commun. Expos, du système du niondff sixième édition, tom. 2, pag. 431.

DB PHILOSOPHIB MODEHNE. 2T

12. L'entreprise de Campanella doit clore Tépoque dont nous nous occupons. Il est impossible de considérer comme un réformateur en philosophie, on comme un homme doué d'un esprit vraiment nouveau, à la façon d'un Bacon ou d'un Des-cartes, l'homme dont le plus grand mérite est d'avoir senti la nécessité d'une révolution philosophique et de l'avoir tentée. C'est beaucoup sans doute ; mais ses ouvrages, si Ton met à part le côté critique qui est très- remarquable, ne présentent qu'un tissu d'idées formé par l'imagination d'un érudit, nais où paraissent aussi l'exaltation d'esprit et l'ignorance du monde, d'un moine et d'un prisonnier. On y rencontre souvent des sentiments élevés, des vues fines et justes, mais l'ensemble de son œuvre forme un mélange mal lié de toutes sortes d'éléments.

Un point capital dans la philosophie de Campanella, c'est la critique acharnée d'Âristote, et, sous ce rapport, il peut être placé à côté de Ramus et de Gassendi. 11 dévoile dans Aristote les dogmes de l'éternité du monde et de l'insouciance de Dieu à l'égard des hommes | il cite les Pères de l'Église qui ont attaqué sa doctrine, et, d'après Launoy, son ami, les arrêts des papes qui Tout proscrite. Il dénonce enfin les commentateurs fidèles d'Âristote, Pomponazzi, Crémonini, Simon PorU, Zabarella, etc., qui ont dépassé la digue pieuse élevée par Albert et saint Thomas ; tous ceux, en un mot, dont on peat dire avec Melchior Canus : Habent Ariiiotelem pro ChrUto^ Àverroem pro Petro , Àlexandrum pro Paulo, Il rapporte à Aristote l'origine de toutes les hérésies, et finit par réclamer à grands cris une philosophie chrétienne (1).

Campanella prit son pœnt de départ dans le doute comme Descartesf et étala même, avec de grands développements, les raisons des sceptiques anciens ; mais en prenant pôurcriterium decertitudel'observâtion desapparences sensiblesetl'histoiredu genre humain, il fit un bond trop rapide et sans pouvoir s'appuyer sur de bien bonnes raisons. C'est ainsi qu'il ramena tout d'un coup dans son esprit des milliers de préjugés philosophiques on physiques, et, en outre, le principe de l'autorité, et il redevint le vieil homme tout comme s'il n'eût jamais doute.

(1) C»tnp»ne]U, fjiodromus instauiatarum scientiarum ad scolas chhslianat f/rtrcipiie parisiensci.

Sa métaphysique ou philosophie première (préambule de la physiologie^ science de la nature) est, dans sa partie positive, une série de pcincipes que rien n'éta'blit suffisamment et qui ont ordinairement leur source dans la doctrine chrétienne ; ainsi, la division des primalitates entiumen potentia essmdi, sapieniia essendi, amor essendi^ pouvoir, savoir, aimer d'être, n^est qu'une trinité philosophique. Prises absolument, ces primaiités constituent la triple essence de Dieu ou de^'être, et de Thonime en tant qu'être (1). Mais en tant que finis, nous avons aussi pour essence Fimpuissance, Tignoranceet le non amour (disamor). De là sortent trois facultés limitées : pouvoir, savoir et vouloir. La métaphysique traite de ces primaliléê et de l'eisentiaiion; des principes (principium est unde aliquid est) et de la principiatiofij etc., etc. Le voilà lancé saas boussole dans Tocéan métaphysique. Où est cette méthode forte et sévère avec laquelle Descartes régla les élans de son esprit ? Ici nous ne voyons pas une philosophie nouvelle, qui naît et grandit dans la tète d'un homme, mais un savoir formé de pièces et morceaux recueillis dans le passé.

£n vient-il à la physique, il la remplit de qualités occultes ; il attribue la sympathie et la vie à la nature entière, et considère le monde comme un grand animal dans le ventre duquel nous vivons comme des vers (2). En regardant tous les phénomènes comme des actes vitaux, il donne entrée à toutes les explications tirées de la constitution vitale particulière ou de rinstinct de chaque chose. Ainsi, il combat Galilée qui, pour ne pas user d'une qualité occulte, refusait de rapporter àla lune la cause des marées, et il prétend quelalune croissante augmente toutes les humeurs, décroissante les fait baisser. 11 regarde, suivant Télésio, le froid et le chaud comme deux êtres, deux substances positives, et arrive ainsi à nier le mouvement annuel de la terre, par la raison que le froid terrestre est immobile et passif, tandis que les globes célestes, qui sont des feux condensés, doivent, plus mobiles et plus légers, tourner autour de la masse inerte de la terre (3), et il s'appuie sur Fautorité de la Bible, qu'il fait ainsi intervenir dans la physique. La matière lui paraît n'être pas divisible à l'infini, et se

(1) Campanella, Ad lectorem pt-œliicidarium in disputai., Ub. 4.

(2)Id.. De stmu rerum et magiâ. C'est une idée Mir laquelle il refienl souvent.

(3) Id. Philosophlœ realis part physiologie a

composer de ces particules qu'on voit tourbillonner dans un rayon de soleil. Deux principes actifs, doués de puUsancef sentiment et amour, et capables de communiqiier leur vertu, se disputent la possession de la matière, qui devient ainsi plus pesanteou légère^ selon les propensions et appétits de chaque chose.

Les Sotiens^ qui sont les citoyens de la république philosophique de Gampanella (1), croient fermement à tous ces principes physiqMeé, au soleil notre père, à fa terre notre mère et au monde animal. Us ne dépendent pas cependant de la Providence du soleil et des astres^ mais de celle de Dieu qui les a créés pour une grande fin ; et alors, faisant tout à coup volteface, il leur fait reconnaître les deux principes métaphysiques ( Yens qui Deus est summus et le niMlum quod est defecius entitatis et terminus quo aliquid fit p/iyncè),la trinité divine, (amour qui esta la fois puissance et sagesse), et le péché qui vient du défaut d'être dans le fini. Voilà déjà bien des éléments divers mêlés dans celte philosophie et perdant toute valeur par ce mélange même ; mais ce n'est pas tout, nous y trouvons la république de Platon avec sa constitution guerrière et sa communauté des femmes, transportée de la manière la plus bizarre dans le' dix-septième siècle, et unie à cet esprit monacal qui fixe et prévoit tout mouvement de Tindividu et détruit ainsi toute liberté. Enfin, le tout est réglé par les prescriptions les plus étranges de cette astrologie qui sert à Campanella à expliquer la découverte du nouveau monde et de la poudre à canon, et à prédire, pour une future période, une grande révolution dans les Étals et dans les opinions religieuses.

On peut doiic considérer la philosophie de Campanella comme un irpmense éclectisme, réalisé sans tact et sans méthode; Platon, le christianisme, la cabale, Télésio, Tastrologie, tout se retrouve dans ce mélange qui clôt une époque plutôt qu'il n'en commence une autre. La foi, l'enthousiasme, un fougueux appétit de Tavenir, pour ainsi dire, y sont partout, mais la vérité avenir elle-même ne s'y développe pas encore.

§ IV

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