Comment cela
Lorsque Ton a conçu une haute estime et un amour sincère pour les perfections qui constituent la dignité humaine, dont on a reconnu le mérite intrinsèque, on se sent naturellement porté à estimer et à aimer ces mêmes perfections en Dieu, qui les possède à un degré infini, et, par conséquent, on est porté à l'amour de Dieu pour luimême.
164. La religion chrétienne nous enseigne-t-elle réellement que Dieu possède ces perfections à un degré infini?
Oui, la religion chrétienne nous apprend que Dieu est une intelligence infinie, qui sait tout, qui connaît tout : le passé, le présent et l'avenir, et qui voit lout par une intuition simple, unique, infinie.
Elle nous apprend également que Dieu est un être souverainement libre, dont la volonté n'est jamais entraînée, jamais sollicitée par aucun attrait sensible, puisqu'elle est elle-même la souveraine sagesse, la souveraine raison qui dirige toutes les choses créées.
Cette liberté, cette conformité parfaite de la volonté avec la raison divine constitue la sainteté inQnie de Dieu.
Enfin la religion chrétienne nous apprend que Dieu est un être infiniment 6o/i, qui aime les hommes d'un amour éternel, « charitate perpétua, qui a eu pitié de l'homme déchu jusqu'à lui envoyer son propre fils pour le relever et le sauver « sic Deus dilexit mundum; » enfin qui réserve aux justes un bonheur sans fin. idusti autem in vitam œternam, »
La religion chrétienne nous représente donc Dieu, comme un être infiniment intelligent, libre et bon^ dont l'homme est l'image par son intelligence, sa liberté et sa bonté.
165. Si l'on n'aimait pas la dignité humaine, ou la perfection morale pour ellemême, pourrait-on s'élever à l'amour de Dieu pour lui-même?
Non, car le cœur ne peut ain>er que ce qui lui parait aimable. Rien ne peut le contraindre à aimer ce qui loi inspirerait do mépris et du dégoût. Si donc Thomme n'était pas porté naturellement à aimer rintelligence, la liberté et la bonté, pour elles-mêmes; s'il éprouvait du mépris et du dégoût pour ces nobles facultés, rien ne pourrait le porter à les aimer en Dieu.
166. La religion nous fait donc aussi un devoir de développer en nous l'amour de ces perfections et de les aimer réellement pour elles mêmes, afin de pouvoirles aimer en Dieu ?
Sans doute ; et sous ce rapport la morale chrétienne et la morale rationnelle sont encore d'accord : elles ont radicalement le même motif.
167. Mais le christianisme ne nous enseigne-t-il pas que l'image de Dieu en nous a été dégradée par le péché originel, qui a introduit dans Tâme l'ignorance, la concupiscence et l'égoïsmc?
Oui, mais en même temps le christianisme nous commande de réparer en nous cette image divine, en éclairant notre intel-
ligence par une instruction solide ; en luttant sans cesse contre notre concupiscence, pour soumettre les sens à la raison ; et en développant avec zèle les sentiments généreux de compassion et de bienveillance, dams lesquels consiste Tamour du prochain ; il y a donc un accord parfait entre la morale rationnelle et la morale chrétienne.
468. Que concluez-vous de cet accord admirable entre la morale naturelle et la morale chrétienne?
Que cet accord est une des plus belles preuves de la vérité du christianisme (1).
169 Mais suffit-il queThonime connaisse ses devoirs pour qu'il ait la force de les accomplir?
Malheureusement non. L'expérience nous prouve qu'il y a une triste contradiction entre les facultés de l'homme : entre les lumières de son intelligence qui lui montrent
(1) ♦♦ Tous les Peres de l'Eglise se sont accor- ♦» dés à présenter les vérités de la morale natu- « relie comme les prolégomènes du christianisme ♦» et à chercher les preuves les plus éclatantes du »» christianisme dans sa conformité avec la plus ♦» pure merale naturelle. »» (De Gerando, du perf. moral liv. II Sec. III. ch. VI.
la beauté de la vertu, et la faiblesse de sa volonté qui l'entraîne au vice.