Mais la raison prescrit-elle réellement des devoirs
Après avoir reconnu avec une complaisance pleine de gratitude sa propre dignité, rhomme ne peut se défendre d'éprouver un vif désir de conserver cette dignité pure, et même de la perfectionner et, par conséquent, il se sent porté à vouloir tout ce qui peut augmenter ou ennoblir en lui, et dans les autres, cette dignité humaine et à omettre tout ce qui pourrait la dégrader.
17. La raison fait-elle à Thomme un commandement, ou lui donne-t-elle seulement des conseils à cet égard ?
Quiconque interroge sincèrement sa conscience, trouve que la raison lui tait un commandement formel de conserver au moins la dignité humaine en soi-même et dans ses semblables, et lui défend positivement de la perdre ou de Tavilir. Mais, quant à l'obligation de perfectionner toujours de plus en plus cette dignité, on sent que ce n'est qu'un conseil.
18. Cette prescription de la raison n'estelle pas une loi vaine et sans aucune sanction?
Non : car CiBtle voix de la raison est la voix de Dieu en nous : elle est tellement impérieuse qu'elle méprise, condamne et réprouve Thomme libre qui lui résiste. Elle impose ainsi à Fhomme un but nécessaire, une sorte de nécessité non physique mais morale d'agir suivant les prescriptions de la raison.
Il est toutefois à remarquer que cette voix de la conscience est d'autant plus impérieuse, que l'homme est doué de plus heureuses qualités naturelles, et qu'il a reçu une éducation plus complète.
19. Quelle différence trouvez-vous entre un commandement et un conseil de la raison ?
Lorsque la raison n'exprime son but que comme un conseil, elle n'exige pas que ce but soit atteint sous peine de la réprobation, de l'avilissement ou du mépris de nous-mêmes ; elle déclare seulement que nous faisons mieux, que nous agissons d'une manière plus parfaite , lorsque nous élevons la nature humaine à un état plus parfait.
phie du droit, ou le droit naturel, et la philosophie de la Religion, ou la religion naturelle, qu'on appelle aussi la morale philosophico-théologique.
24. a) Quels sont les rapports de la philosophie morale avec la philosophie du droit ou avec le droit naturel ?
Par droit naturel (1) nous entendons la faculté naturelle (qui appartient à Thomme en vertu de la dignité de sa nature) de faire ou d'omettre tout ce qui ne blesse pas les droits d'autrui : la faculté d'exiger que personne ne nous entrave par contrainte dans notre action ou omission, par conséquent la faculté, en cas de besoin, de repousser par la force^ toute action injuste à notre égard. La réalité de ce droit se manifeste évidemment dans la conscience qui atteste à l'homme les lois de la raison, et la dignité de la nature humaine. En effet, comme c'est la raison qui reconnaît la
(1) «* Le droit est la règle des actions des « hommes par rapport aux hommes, comme la « Religion est la régie des actions des hommes « par rapport à Dieu. » (Descuret, La médecine des passions, pag. 197.)
dignité de la nature humaine, et qui en ordonne le développement dans lequel consiste la morale, c'est aussi la raison qui m'accorde la faculté ou le droit d être et d'agir en être moral, c'est-à-dire, avec une pleine liberté, aussi longtemps que je ne blesse pas les droits rationnels de mes semblables, ou comme on dit, aussi longtemps que je ne traite pas mon semblable comme un simple moyen soumis à mes caprices.
D'où il suit que la morale et le droit ont la même source et sont deux branches distinctes de la même philosophie pratique, dont la morale est la première, et le droit, la seconde partie.
Ces deux sciences diffèrent par rapport à leur objet.
L'objet de la morale comprend tous les actes humains, tant intérieurs qu'extérieurs qui se rapportent à la conservation et au perfectionnement ou à Tavilissement de la dignité humaine.
L'objet propre de la philosophie du droit ne comprend que les actes extérieurs par lesquels une personne serait traitée avec
mépris, comme an simple moyeiij soumis au caprice d*autrui, et la répression, en cas de besoin, appuyée par la force de ces mêmes actes injustes à son égard.