DU POULS
le piston que nous avons imaginé se déplacerait à chaque systole de 0m,199. Quelle est la pression en kilogrammes supportée par le piston ? Une colonne de mercure de i centimètre de hauteur, sur un centimètre carré de base, pèse 0k,01359 ; une colonne de mercure d'une hauteur de 15 centimètres sur 8%04, pèse 0k,01359 X 15 x 8,0/i = lk,639. Le travail d'une systole s'obtient toujours de la môme manière, en multipliant le poids soulevé par la hauteur à laquelle il est porté : lk,639 X 0m,î99 = 0kq,,326. Admettons 70 systoles par minute; comme il y a iû40 minutes en vingt-quatre heures, le travail du cœur gauche en vingt-quatre heures est 0km,326 X 70 x 1/iàO = 32 860 kilogrammètres. La pression moyenne dan3 l'artère pulmonaire étant le tiers environ de celle qui existe dans l'aorte, ou 5 centimètres environ, le cœur droit, qui met en mouvement le même volume de sang à chaque systole, produit un travail trois fois moindre, ou 10 953 kilogrammôtres environ, ce qui donne pour le cœur un travail total de 43813 kilogrammètres en vingt-quatre heures.
Tout ce travail est employé à vaincre les résistances que le sang rencontre dans les vaisseaux, et nous verrons plus loin que ce travail dépensé se convcrtii en elialeur.
b« pool*. — sphyguiographie. — Le doigt qui appuie sur une artère reposant sur un plan osseux perçoit une sensation de soulèvement brusque qui correspond à l'augmentation de pression due à la systole du ventricule et au choc de l'ondée sanguine contre la paroi déformée : ce phénomène a* reçu le nom de pouls. Suhant de très-près le battement du cœur, le pouls coïncide exactement avec les petites oscillations de la colonne de mercure de l'hémodynamomètre appliqué sur une artère.
La fréquence du pouls est déterminée à l'aide d'une montre à secondes ; sa régularité ou son irrégularité est facilement reconnue par le doigt ; on peut aussi reconnaître s'il est plus ou moins fort. Mais ces signes sont insuffisants ou fugaces, et la science médicale est maintenant en possession d'un instrument qui inscrit lui-môme la forme du pouls et fait connaître des caractères importants, des modifications nombreuses de ce phénomène lié aux conditions essentielles et si variées de la circulation : nous voulons parler du sphygmographe.
Tout le monde a remarqué que, dans la position assise, les jambes étant croisées, la jambe supérieure est animée de mouvements que Ton peut compter; l'artère poplitée comprimée soulève la jambe tout entière près de l'articulation du genou et représente un long levier du troisième genre, qui amplifie,
«fRéhast. 7
considérablement le mouvement. M. Vierordt construisit le premier un appareil inscrivant les battements d'une artère à l'aide d'un système de leviers sur un cylindre tournant, semblable à celui du kymographion de M. Ludwig. Ce sphygmographe donne une courbe dans laquelle la partie ascendante et la partie descendante sont semblables et les extrémités aiguës.
Sphygmographe de M. Marey. — M. Marey reconnut que la grande masse à mouvoir dans l'instrument de M. Vierordt déforme le mouvement par son inertie ; pour éviter cet inconvénient, il a pris un levier très-léger, très-mobile, pouvant traduire tous les mouvements qui lui seront communiqués et ne les modifiant point par sa masse. Un ressort courbe R (fig. 106), fixé
Fie. d06.
Principe du sphygmographe de M. Marey. — A, artère. — R, Ressort. — C, tige qui
transmet le mouvement au levier OL.
invariablement à l'une de ses extrémités, appuie par l'autre, qui est arrondie, au-dessus d'une artère qu'il comprime. Une tige verticale C, fixée sur cette extrémité, vient rencontrer un long levier L très-léger de bois et d'aluminium, tout près de l'axe 0, autour duquel il peut tourner. La longueur du grand bras dans ce levier du troisième genre est-elle cinquante fois celle du petit bras, le mouvement vertical de soulèvement du ressort est transformé en un mouvement cinquante fois plus grand à l'extrémité du levier. Telle est la partie essentielle du sphygmograpbe de M. Marey : différentes pièces ajoutées et de légères modifications rendent l'application de cet instrument plus facile. Un cadre métallique, muni de lacets, permet de fixer l'appareil sur le poignet. Sur ce cadre, le ressort R, destiné à comprimer le vaisseau, et un levier très-léger, prennent un appui solide.
Pour transmettre le mouvement du ressort au levier, on emploie une tige courbée a angle droit, dont la grande branche Tourne autour d'un axe fixé au cadre en E (fig. 107), tandis que La petite branche verticale se termine par un couteau. Une vis verticale T est maintenue par un écrou pratiqué dans le levier
SPHYGMOGRAPHE lit M. MÀHKY.
coudé intermédiaire ; quand on lu tourne dans un sens a
uable, elle touche par son extrémité le ressort appliqué s
laisseau, tandis que le couteau vient
rencontrer le grand levier, tout près
de son point d'appui. A l'extrémité a decette tige légère construite en bois et en aluminium se trouve une plume imbibée d'encre. Les mouvements du levier sont inscrits sur une feuille de papier portée par une plaque que meut uniformément et avec une vitesse connue un mouvement d'horlogerie fixé au cadre. Les oscillations amplifiées qui représentent le pouls otTrentdes caractères importants qu'il faut apprendre à reconnaître.
Examen d'un tracé. — Le tracé présente une série de courbes ; chacune correspond à un battement du pouls :
(■est une pulsation. Nous représentons ici la courbe fournie par l'artère radiale chez un homme bien portant tfg. 108). Chaque pulsation offre trois parties bien distinctes ; l'ascension, le commet et la descente. La partie ascendante est produite par le début 'le l'afflux du sang et l'augmentation de la pression ; le sommet correspond à la durée de l'afflux et au main- 'îen de la pression la plus grande ; la partie descendante correspond à l'écoulement du sang dans les vaisseaux capillaires et à la diminution de la pression.
U durée de chacune de ces parties el des phénomènes qu'elles représentent est exactement marquée sur la courbe. Le sang pénètre-t-il brusquement dans les artères, le tracé l'indiquera par une ligne verticale; pendant le temps très-court qui est nécessaire pour que la tension doyenne maximum, la plaque mobile
aura été déplacée à peine. Si l'ondée sanguine pénètre lentement dans les artères, la courbe ascendante sera oblique. Le sommet dans le tracé normal est aigu, et la pression diminue aussitôt; mais il peut être plus ou moins élargi. La courbe descendante est en général oblique, et plus ou moins oblique, suivant que l'écoulement du sang est plus ou moins rapide ; elle offre normalement un rebondissement qui correspond au phénomène du dicrotisme.
Il faut considérer encore la ligne d'ensemble du tracé que l'on obtient en joignant tous les sommets : cette ligne reste-t-elle
Fus. 108.
Pouls normal.
horizontale dans tout le tracé, la tension maximum est restée constante; avec elle s'élève ou s'abaisse cette tension la plus grande.
La forme du pouls, si bien saisie par le sphygmographe, présente de grandes variations dans des conditions physiologiques déterminées et dans les maladies. Nous renverrons pour cet objet à l'ouvrage remarquable de M. Marey sur la physiologie médicale de la circulation du sang.
vite»«e du gang dans le* artères. —M. Volkmann a mesuré cette vitesse à l'aide d'un instrument particulier qu'il appela hémodromomètre. Sur un tube court métallique ab (fig.109) on a mastiqué un long tube de verre en U, qui a, comme le premier, le même diamètre que le vaisseau sur lequel on doit opérer ; à chaque point de jonction des tubes se trouve un robinet à trois voies, qui permet d'établir une communication directe du point a au point b par le tube court, ou une communication avec le môme point par le tube en U. Tout l'appareil est rempli d'eau. Pour faire une expérience, on découvre une artère, on la lie en deux points distants de quelques centimètres, et l'on introduit dans le vaisseau une canule à un centimètre environ de la ligature et de chaque côté. On engage chaque extrémité a et b dans la canule correspondante ; les ligatures provisoires sont déliées, et le sang passe directement dans le vaisseau, les robinets étant en première position. Lorsque la circulation est bien rétablie, on tourne les deux robinets en sens inverse par un mécanisme
VITESSE 1)1' SAN' particulier qui produit leurs
particulier qui produit leurs mouvements simultanés à l'aide d'un seul mouvement de rotation ; on compte le temps : le gang parcourt aussitôt le long lube, et la coloration rouge qui indique la séparation du sang et de l'eau permet de mesurer le chemin parcouru, ot l'on évalue mmi te Icmpî employé A le par-
courir. M. Volkmann a trouvé que la vitesse moyenne du sang dans l'artère carotide du chien est 29 centimètres par seconde ; celte vitesse est la même chez les mammifères ; à mesure que . l'on s'éloigne du cœur, la vitesse diminue.
YlteHO dn uni dans les tflveraes ri-Klonn de l'nrbre clreu-
la taire — Une considération Irès-simple permet de donner une idée de la vitesse du sang dans les différentes régions. Puisque le sang ne sort pas des vaisseaux qu'il parcourt, la même quantité
iili PESANTEUR.
de liquide passe dans le môme temps par le cœur droit, par le cœur gauche, par l'aorte à son origine, par toutes les artères et par tous les capillaires qu'elle fournit, de même que par l'ensemble des veines; partout la dépense est la môme. Mais la section de l'aorte est plus petite que les sections ajoutées de ses branches; et, si l'on ajoute toutes les sections des vaisseaux capillaires de la grande circulation, la somme représente une section beaucoup plus grande que celle de l'aorte. Il en résulte que la vitesse du sang est beaucoup moindre dans chaque vaisseau capillaire que dans l'aorte. Les veines ont un calibre plus grand que les artères ; aussi le sang les traverse avec une vitesse moindre.
Si l'on veut avoir une idée nette de la lenteur du cours du sang dans les capillaires, que l'on examine au microscope, à un grossissement de soixante fois, ce phénomène dans la membrane interdigitale d'une grenouille. On peut placer dans le champ une artériole et une partie du réseau capillaire ; dans cette artériole très-éloignée du cœur, la vitesse du sang paraît trèsgrande auprès de celle des globules qui se pressent un à un dans les vaisseaux capillaires, dont souvent le diamètre est très-peu supérieur au diamètre transversal des globules elliptiques. 11 faut réfléchir que, dans cette observation, nous rendons la vitesse soixante fois plus grande qu'elle n'est en réalité.
Effet du changement de dimension de» vaisseaux. — M.Claude Bernard, mon illustre maître, a démontré par une expérience célèbre l'action du système nerveux sur les dimensions des vaisseaux. Si l'on coupe chez le lapin le filet cervical du grand sympathique, aussitôt les vaisseaux artériels du môme côté se dilatent, l'oreille devient plus rouge et plus chaude que du côté opposé : on a produit une paralysie des fibres musculaires que contiennent les parois des artères ; celles-ci se sont élargies aussitôt. La résistance que le cours du sang rencontre dans les petits vaisseaux diminue, les parties reçoivent plus de sang et sont, par suite, plus échauffées. Si l'on excite par l'électricité les nerfs sympathiques, au lieu de la tonicité dans laquelle ils tiennent les muscles des vaisseaux, une véritable contraction a lieu, le calibre des vaisseaux diminue, les parties reçoivent moins de sang. Les expériences de M. Poiseuille nous donnent une idée des variations de vitesse du cours du sang avec les changements du calibre des vaisseaux ; la pression et la longueur du vaisseau restant les mômes, si le diamètre devient double, la quantité de sang qui s'écoule devient 24, ou seize fois plus grande dans le môme temps ; c'est-à-dire que Je tissu